Fantastic Mr Fox, de Wes Anderson
Par Anansi le dimanche 21 février 2010, 21:19 - Pellicule aviaire - Lien permanent

En ce moment, c'est la mode des adaptations de livres pour enfants chez les cinéastes branchouilles des Etats-Unis. Après Spike Jonze s'attaquant (avec beaucoup de talent) à Where The Wild Things Are, voici Wes Anderson racontant l'histoire de Fantastic Mr Fox, bouquin de Roald Dahl. On connait toute la maestria du réalisateur, et le fait qu'il s'agisse ici d'un film d'animation ne change rien ; la classe de Wes Anderson transparait à l'écran, offrant un conte burlesque à la créativité incroyable, magnifique sur le fond comme sur la forme.
Le scénar'
Mr et Mrs Fox mènent une vie peinarde dans leur trou avec leur fils, Ash, et leur neveu en visite, Kristofferson. Mais, après douze ans de petite vie rangée et bucolique, la situation devient trop pesante pour Mr Fox, dont les instincts d'animal sauvage reviennent. Se remémorant sa jeunesse à voler des poulets aux voisins, il décide d’aller piller Boggis, Bunce et Bean, les trois fermiers du coin. Mais cela n’est pas du gout des industriels, qui vont tout faire pour mettre fin aux agissements de Mr Fox ; et tuer tous les animaux par la même occasion.
Mon n'avis
En quelques films, Wes Anderson a
réussi à rejoindre la grande locomotive des cinéastes influents dans la machine
hollywoodienne. Il fait partie de ces hommes en marge, aux allures décalées,
qui secouent tout le média tout en s’autoproclamant (à raison) indépendants. De
Rushmore en 1998 et surtout La Famille Tenenbaum, jusqu’au
mythique La Vie Aquatique (Steve Zissou, respect éternel) et le récent
(et toujours excellent) The Darjeeling Limited, Wes Anderson a
définitivement pris une place à part dans les comédies. Alors, évidemment,
quand lui est venu l’idée d’adapter en stop-motion l’un des classiques de Roald
Dahl, on se demandait ce qui avait bien pu lui passer par la tête.
Et pourtant, à la vision de Fantastic Mr Fox, il apparait évident qu’il s’agit ni plus ni moins que d’une continuité parfaite de l’œuvre du réalisateur, qui n’avait pourtant jamais encore fait de films d’animation. L’homme est simplement encore dans sa bulle de créativité, qui lui fait découvrir de nouveaux horizons, de nouvelles façons d’aborder le cinéma. Tous ses thèmes chers sont là – la famille, les personnages dandys, les héros ne trouvant pas leur place dans la société, la musique -, mais transposés dans le monde britto-chic de Roald Dahl, rendu avec une justesse toute particulière. Ainsi, malgré ses apparats de films d’animation adapté à un public jeune, on est ici très loin des prods Dreamworks, Wes Anderson oblige.
On est en fait très proche de Wallace & Gromit, par l’ambiance et le ton mais également par la méthode ; celle des marionnettes et décors faits à la main, et retranscrits en stop-motion. Un travail de titan, qui donne un rendu splendide à l’écran, magnifié en plus par une animation volontairement saccadé pour laisser transparaitre une touche « artisanale », offrant un cachet unique à l’œuvre. J’avoue avoir été complètement conquis par l’originalité du graphisme, même si j’ai normalement tendance à être facilement rebuté par les animations volontairement grossières (South Park, je te conchie). D’une manière générale, tout l’aspect visuel du film est d’une beauté sidérante, car il parvient à mêler l’élégance décalée de Wes Anderson avec le raffinement de Roald Dahl. Le mélange donne un film d’animation aux allures de conte subtil et délicat, magnifié par les musiques franchement splendides d’Alexandre Desplat. Sans hésiter, on tient très certainement l’une des meilleurs BO de films de ces dernières années, tant Desplat parvient à s’emparer de l’âme du film, pour mieux l’accompagner : pianos sautant, violons virevoltants, flutes de pans et traversières, comptines aériennes… Rien n’est laissé au hasard.
Mais outre l’aspect visuel ou les musiques, ce sont les personnages qui donnent son âme au film. Il est d’ailleurs intéressant de voir à quel point ces animaux, créations de plastique, poils et autres tissus, sont caractéristiques des héros de Wes Anderson, du journaliste dandy à la classe désabusée (Mr Fox, doublé par un George Clooney absolument parfait), jusqu’au fils incompris écœuré par tout ce qui l’entoure (Jason Schwartzman, présent dans tous les films d’Anderson). Le réalisateur emprunte donc des sentiers différents mais ne se trahit pas, et c’est tant mieux. Parce que la recette de Wes Anderson est définitivement magique, avec ces répliques toujours drôles et intelligentes, ces dialogues rythmés qui font mouche et ces situations absurdes.
Plus qu’une simple parenthèse naïve dans la filmographie de Wes Anderson, Fantastic Mr Fox est donc un film d’animation subtil et fin, comme un bon conte. Les enfants trouveront leur compte dans les aventures de Mr Fox pour voler les marchandises des trois fermiers, tandis que les adultes verront une fable plastiquement superbe, contée avec un rythme toujours bien temporisé, dont les thèmes sont très nombreux et toujours pertinents. Reste un scénario manquant d’imagination car directement adapté d’un livre, mais Wes Anderson s’en empare avec tellement de brio que l’on ne peut que le féliciter.
Dans une coquille de noix

Fantastic Mr Fox
De Wes Anderson
Avec les voix de George Clooney, Meryl Streep, Jason
Schwartzman, Bill Murray
Sortie en salles le 17 février 2010

Fantastic Mr Fox - Trailer

Commentaires
Film excellent!
Merveilleux dialogues, scènes amusantes, humour décallé, émotions au rendez-vous et des animaux qui font preuve de plus d'humanité que les humains.
Et la scène avec le loup est magique (musique, couleurs, Mr Fox AKA George Clooney qui parle en français)
Vive Mr Fox