It Might Get Loud, de Davis Guggenheim
Par Anansi le dimanche 17 janvier 2010, 17:33 - Canard sur canapé - Lien permanent

Vous aimez le rock ? Les guitares électriques, ça vous parle ? Bon, alors vous devriez être intéressés par It Might Get Loud, documentaire de Davis Guggenheim sur la guitare électrique telle qu'elle est vue par The Edge (U2), Jimmy Page (The Yardbirds, Led Zeppelin), et Jack White (The White Stripes, The Raconteurs, et The Dead Weather depuis cette année). Le film organise ainsi une réunion entre ces trois ténors de la gratte, tout en retraçant leurs parcours pour mieux comprendre leurs psychologies et leurs approches de la musique... C'est un certain monsieur Du Bain qui m'a signalé l'existence de ce documentaire pas encore sorti en France, et je l'en remercie : c'est tout simplement fascinant.
Trois hommes, trois visions.
L’idée est formidable : réunir Jimmy Page, The Edge et Jack
White dans une salle, leur guitare dans les mains, et les laisser parler. De
tout, et de rien : leur technique, leur histoire, leur rapport à la musique.
Une sorte de réunion au sommet de la gratte, où trois guitar heroes (même si,
personnellement, The Edge ne m’a jamais impressionné ; on y reviendra) se
rencontrent simplement. Voilà le point de départ de It Might Get Loud,
documentaire formidable de Davis Guggenheim, précédemment oscarisé pour un
autre docu, le An Inconvenient Truth mené de front avec Al Gore.
Le film se charge ainsi de retracer le parcours des trois
guitaristes, avec toujours cette réunion en fil rouge. Le résultat est
simplement fascinant, d’une part grâce au charisme et au talent des trois
bonshommes en question, mais aussi parce que It Might Get Loud permet
d’approcher leur psychologie par des images très souvent jamais vues. En gros,
si vous appréciez un tant soit peu le rock et/ou la guitare électrique, ce
documentaire est une perle rare, à ranger à coté de Don’t Look Back et
autres No Direction Home (oui, je cite deux docu sur Dylan, mais je
vous enquiquine).
On retourne ainsi à Détroit avec Jack White (qui n’a de
cesse de me montrer que j’ai raison de l’adorer beaucoup plus que n’importe
quel rockeur actuel ; Jack, I LOVE YOU), à Dublin avec The Edge, et à Londres
avec Jimmy Page… Trois générations, trois styles radicalement différents, trois
approches individuelles d’aborder la guitare électrique, qui font toute la
profondeur et l’intérêt du film. Chacun apporte une pierre à l’édifice, en
faisant partager son expérience et les coulisses du spectacle. Comme si It
Might Get Loud était un immense pass backstage dans la vie de trois
guitaristes.
Le bout de la page blanche (blague foireuse
inside).
D’un coté, Jack White a une relation extrêmement viscérale
avec ses guitares, très roots, sans s’enquiquiner de fioritures. Il explique
qu’il doit livrer un combat perpétuel avec l’instrument, faire hurler la
machine pour mieux la prendre aux tripes. Cela est évidemment en rapport avec
le blues, qu’il vénère plus que tout, et qui l’a poussé à former The White
Stripes avec son ex-femme, Meg White. Le moment où il fait écouter son morceau
fétiche – Grinnin’ In Your Face, de Son House -, en pleine
introspection presque transcendantale, est d’ailleurs formidable.
Par contre, The Edge est dans une approche complètement
opposée : lui ne jure que par les effets, les reverbs, les bidules et autres
machins permis par tous ces jolis boutons sur les amplis. Ca a donné tous ces
riffs caractéristiques des morceaux de U2, mais je n’en suis pas
particulièrement fan : c’est un peu comme si le musicien reconnaissait qu’il
jouait mal de son instrument, et qu’il devait donc se cacher derrière des
effets de toutes sortes pour sortir quelque chose de convenable. Bon, malgré
tout, il faut admettre que retracer la vie de The Edge, depuis les tout débuts
de son groupe, est très agréable.
Et puis, nous avons Jimmy Page, le mentor, l’homme qui a
plus ou moins inventé le heavy-metal avec Led Zeppelin, le créateur de ce qui a
été élu comme meilleur guitar solo de tous les temps (dans Stairway to
Heaven)… En gros, une légende, que Davis Guggenheim nous présente sous
toutes les coutures, grâce à des tonnes d’archives live de Led Zep et des
Yardbirds, précédent groupe de Page (il prit la succession d’Eric Clapton). On
visite également la Headley Grange, immense manoir dans le comté d’Hampshire où
Led Zep a enregistré des passages de Led Zeppelin III et IV,
House of the Holy et Physical Graffity.
La passion avant tout.
Mais, au-delà des reportages, des images des lives de tous
ces groupes ou des discussions animées autour de la guitare électrique, le plus
jouissif est quand même les moments où les bonshommes jouent véritablement de
leurs instruments. It Might Get Loud offre ainsi des moments de
musique fantastiques, comme lorsque Page joue la ligne de guitare de The
Battle of Evermore devant la Headley Grange avec son banjo un peu bizarre,
ou quand Jack White écrit, compose et interprète un tout nouveau morceau en
quelques minutes devant la caméra. Ce sont des moments rares, des instants où
les musiciens ne sont guidés que par leur amour pour leurs instruments, en
oubliant tout ce qu’il peut y avoir autour.
Dans le même sens, voir ces trois guitaristes jouer ensemble
Dead Leaves and the Dirty Ground des Stripes ou In My Time of
Dying de Led Zep est tout simplement fabuleux. Cela donne toute son
importance au film : permettre de créer des moments d’alchimie qui n’auraient
jamais pu arriver ailleurs. C’était là toute la volonté de Guggenheim, qui
désirait mettre dans une même pièce The Edge et son Explorer, Jack White et sa
Kay Hollowbody, et Jimmy Page et sa Stratocaster, et voir ce qui pourrait se
passer. Laisser les maestros à l’œuvre, ne pas intervenir ; simplement poser
les caméras et attendre.
It might Get Loud est donc un condensé de ce que
tout fan de rock’n’roll peut attendre : une entrée intimiste et sincère dans la
vie de trois guitar heroes, assortis de séances de jams où la guitare
électrique est reine. L’idée de raconter l’histoire de cet instrument mythique
par le biais de trois générations différentes est excellente, et est en plus
sacrément bien réalisée. En résulte un documentaire passionnant, fascinant à
beaucoup d’égards (même pour des personnes pas forcément fanatiques de rock,
d’ailleurs), et qu’on espère voir un jour arriver en France. En attendant, vous
savez quoi faire.


Commentaires
oui, j'avoue! c'est ma faute...

Je te l'avais bien dit que ça pouvait être bien...
The Edge est peut-être pas un grand soliste, un virtuose comme les deux autres, mais ça n'empêche qu'il aura laissé quelques riffs mémorables! Tout guitariste se cache derrière des effets. Que ce soit d'une pédale ou de toute une console haute comme une armoire normande!
J'ai adoré le passage où Page fait écouter ses disques à Davis (pas David) Guggenheim. On dirait un gamin! Quand on pense qu'il a failli finir chercheur en biologie! On a eu du bol. La recherche moins!
Les entendre jouer à trois restera un grand moment. C'est un des rares documentaires que je rerereregarde de temps à autre...
PS : Si John Boorman avait, comme toi, confondu banjo et mandoline, Delivrance n'aurait certainement pas été aussi réussi!
Ouais oh banjo, mandoline... Des petits trucs à cordes quoi XD
Le passage où Page fait écouter ses disques et se met à faire du air guitar, c'est carrément formidable, ouais. Tout comme l'instant où il se met à faire quelques accords de Whole Lotta Love et que White et The Edge le regardent avec des étoiles dans les yeux !
Et c'est clair que tout guitariste se cache derrière des effets (c'est d'ailleurs là le but de la guitare électrique par rapport à une sèche, après tout), mais il n'empêche que certains les utilisent beaucoup plus que d'autres... Ce qui n'empêche pas The Edge de sortir de gros riffs ravageurs, c'est vrai.
En tout cas, le gros plus du docu c'est aussi qu'on peut entendre The Edge et Jimmy Page parler d'eux et de leur musique, eux qui ont toujours plus ou moins évolué derrière l'ombre d'un lead singer.
(et merci pour la correction du prénom du réalisateur !)