« This is a story of boy meets girl.
But you should know upfront: this is not a love story. »



Rayon de soleil par temps froid.
    Tom Hansen est un homme fondamentalement idéaliste. Il croit au coup de foudre immédiat, à l’amour parfait éternel, à l’âme-sœur. Il l’attend, persuadé qu’il rencontrera un jour la femme parfaite qui est née pour lui. Le con. Summer Finn, elle, pense tout le contraire, déteste toute notion « d’amour » et ne veut pas réfléchir. Ce qui n’empêchera pas Tom de partir à sa conquête, persuadée que c’est elle. Le film raconte ainsi 500 jours de leur relation (d’où le titre, et son jeu de mot avec le prénom de l’héroïne qui disparaît en français), des premiers jours aux disputes, en passant par le sexe, les ballades à Ikea, les séparations, les rendez-vous…
    Premier élément original du film, ces 500 jours ne sont pas racontés linéairement, mais de façon complètement déconstruite. La mise en scène fait des allers-retours incessants entre le passé, le présent et le futur, ajoutant une plus-value non négligeable à une intrigue qui aurait pu être très classique. L’intérêt est ainsi constamment présent, nous montrant un passage de la relation entre Summer et Tom au 125ème jour, puis revenant au 32ème, et ainsi de suite. Une touche de Tarantino au royaume des comédies romantiques, c’est pas beau ça ? C’est en tout cas original, et ne relève pas d’un simple gimmick du réalisateur mais d’une vraie manière de traiter l’histoire entre les deux personnages.
    Ces deux héros, justement, sont la clé de voute du film, et ils lui donnent absolument tout son charme. Joseph Gordon-Levitt, que j’ai découvert avec beaucoup de plaisir et qui n’a pas volé sa nomination aux Emmys, et Zooey Deschanel, ma chérie dont je vous parle depuis un moment (notamment pour le groupe She & Him qu’elle forme avec le folk-singer M. Ward, qui sort son deuxième album en avril) crèvent littéralement l’écran, formant un couple magnifique, plein de grâce. Ils rayonnent du début à la fin, sans trop en faire : simplement en étant là, ensemble. Que ce soit le naïf Tom ou la légère et désabusée Summer, chacun joue son rôle avec une justesse qui force le respect.

Un couple à croquer.
    Mais, au-delà de la beauté de son couple, 500 Days of Summer est une belle réussite car il combine la tendresse, l’esprit, la justesse des propos et l’humour. Un humour en effet omniprésent, offrant des répliques parfois géniales, et des séquences originales comme celle où l’écran est coupé en deux, mettant en parallèle la situation rêvée par Tom et la réalité telle qu’elle est. Les personnages secondaires sont également à saluer, en particulier les amis de Tom (mention spéciale à Matthew Gray Gubler, vu dans Esprits Criminels), qui sont certes caricaturaux mais qui n’en restent pas moins drôles.
    C’est donc un film avant tout léger, qui joue beaucoup sur la simplicité et ne se prend pas au sérieux. Sans morale romantique ou dialogues cul-culs comme je les déteste, il capture avec beaucoup de justesse la sensibilité des relations de notre temps, une époque cynique, compliquée, ou les stéréotypes n’ont plus leur place. C’est d’amour adulte dont il est question ici, à son sens le plus païen, et cela est rendu de très belle manière. C’est d’ailleurs marrant de voir que les films indépendants sont les seuls à traiter des sentiments sans mélodrame ni guimauve… Juno y parvenait déjà plutôt pas mal.
    Il y a chez les longs-métrages indés une volonté de dépeindre une galerie de personnages très ordinaires, à la fois dans leur physique, leurs sentiments et leurs réactions. D’où une facilité à se projeter dans ses protagonistes (attention à l’atterrissage, quand même), qui nous ressemblent, nous sont proches à beaucoup de niveau. Ici, certaines personnes se verront en Tom, tandis que d’autres comprendront plus Summer ; dans tous les cas, la barrière entre héros et spectateurs est très fine. C’est pourquoi des œuvres modestes comme Little Miss Sunshine, Thank You For Smoking (dans un autre genre) ou le pré-cité Juno rencontrent pas mal de succès.

Une touchante honnêteté.
    Et tiens, puisque j’en viens à parler du sympatoche film de Jason Reitman, un autre élément est en commun entre les deux films : un goût prononcé du réalisateur pour la bonne musique. Pour 500 Days of Summer, la « British music » prend même une place plus qu’importante, puisqu’elle est au cœur du récit : les deux protagonistes se rencontrent grâce aux Smiths, passent leur premier soirée ensemble au karaoké (avec un beau passage où Zooey Deschanel chante du Lee Hazlewood), et ont des discutions animées à propos de Sid Vicious (formidable) ou du supposé talent de Ringo Starr.
    En bref, Marc Webb est un gros fan de musique, et ça se sent. Ça n’étonnera ainsi personne que l’homme ait réalisé pas mal de clips et de documentaires musicaux… On est en face d’un connaisseur, et ce même s’il nous inflige Carla Bruni (Quelqu’un M’a Dit) dans un passage du film ! Notons par contre que la BO contient une reprise du Please, Let Me Get What I Want des Smiths par She & Him, et que Deschanel et Gordon-Levitt ont tourné un nouveau clip pour le morceau Why Do You Let Me Stay Here dudit groupe de Deschanel, réalisé par Marc Webb… La boucle est bouclée.
    500 Days of Summer est donc une comédie pleine de charme, portée par un couple d’acteurs formidables. On a affaire à un film original, léger, et très maîtrisé pour un premier film, qui est rempli de bonnes idées. L’histoire a en plus la décence d’aller là où on ne l’attendait pas forcément, ce qui la rend encore plus attachante... Ce n’est pas non plus révolutionnaire, mais si vous voulez vous offrir un rayon de soleil au milieu de cet hiver bien glacial, faites-vous plaisir et commandez-vous ce film, vous passerez deux heures avec le sourire aux lèvres.