"A Bittersweet Symphony" : (500) Days Of Summer, de Marc Webb
Par Anansi le jeudi 7 janvier 2010, 11:24 - Pellicule aviaire - Lien permanent

Je vous préviens directement : 500 Days of Summer (500 Jours Ensemble en bon français) est une comédie romantique. Argh. Croyez-moi, ce sera la première et (sans doute) dernière fois que j’évoquerai ce type de cinéma. Mais si j’en viens à parler de ce film-là, sorti en septembre dernier, c’est parce qu’il est intelligent, drôle, jamais cul-cul et original sur le fond comme sur la forme. Il est en plus bercé par une bande originale de folie (la musique y prend une place primordiale), et par un couple d’acteurs croquignolet comme pas permis : Zooey Deschanel et Joseph Gordon-Levitt.
« This is a story of boy
meets girl.
But you should know upfront: this is not a love story. »

Rayon de soleil par temps
froid.
Tom Hansen est un homme fondamentalement idéaliste. Il croit
au coup de foudre immédiat, à l’amour parfait éternel, à l’âme-sœur. Il
l’attend, persuadé qu’il rencontrera un jour la femme parfaite qui est née pour
lui. Le con. Summer Finn, elle, pense tout le contraire, déteste toute notion «
d’amour » et ne veut pas réfléchir. Ce qui n’empêchera pas Tom de partir à sa
conquête, persuadée que c’est elle. Le film raconte ainsi 500 jours de leur
relation (d’où le titre, et son jeu de mot avec le prénom de l’héroïne qui
disparaît en français), des premiers jours aux disputes, en passant par le
sexe, les ballades à Ikea, les séparations, les rendez-vous…
Premier élément original du film, ces 500 jours ne sont pas
racontés linéairement, mais de façon complètement déconstruite. La mise en
scène fait des allers-retours incessants entre le passé, le présent et le
futur, ajoutant une plus-value non négligeable à une intrigue qui aurait pu
être très classique. L’intérêt est ainsi constamment présent, nous montrant un
passage de la relation entre Summer et Tom au 125ème jour, puis revenant au
32ème, et ainsi de suite. Une touche de Tarantino au royaume des comédies
romantiques, c’est pas beau ça ? C’est en tout cas original, et ne relève pas
d’un simple gimmick du réalisateur mais d’une vraie manière de traiter
l’histoire entre les deux personnages.
Ces deux héros, justement, sont la clé de voute du film, et
ils lui donnent absolument tout son charme. Joseph Gordon-Levitt, que j’ai
découvert avec beaucoup de plaisir et qui n’a pas volé sa nomination aux Emmys,
et Zooey Deschanel, ma chérie dont je vous parle depuis un moment (notamment
pour le groupe She & Him qu’elle forme avec le folk-singer M. Ward, qui
sort son deuxième album en avril) crèvent littéralement l’écran, formant un
couple magnifique, plein de grâce. Ils rayonnent du début à la fin, sans trop
en faire : simplement en étant là, ensemble. Que ce soit le naïf Tom ou la
légère et désabusée Summer, chacun joue son rôle avec une justesse qui force le
respect.
Un couple à croquer.
Mais, au-delà de la beauté de son couple, 500 Days of
Summer est une belle réussite car il combine la tendresse, l’esprit, la
justesse des propos et l’humour. Un humour en effet omniprésent, offrant des
répliques parfois géniales, et des séquences originales comme celle où l’écran
est coupé en deux, mettant en parallèle la situation rêvée par Tom et la
réalité telle qu’elle est. Les personnages secondaires sont également à saluer,
en particulier les amis de Tom (mention spéciale à Matthew Gray Gubler, vu dans
Esprits Criminels), qui sont certes caricaturaux mais qui n’en restent
pas moins drôles.
C’est donc un film avant tout léger, qui joue beaucoup sur
la simplicité et ne se prend pas au sérieux. Sans morale romantique ou
dialogues cul-culs comme je les déteste, il capture avec beaucoup de justesse
la sensibilité des relations de notre temps, une époque cynique, compliquée, ou
les stéréotypes n’ont plus leur place. C’est d’amour adulte dont il est
question ici, à son sens le plus païen, et cela est rendu de très belle
manière. C’est d’ailleurs marrant de voir que les films indépendants sont les
seuls à traiter des sentiments sans mélodrame ni guimauve… Juno y
parvenait déjà plutôt pas mal.
Il y a chez les longs-métrages indés une volonté de
dépeindre une galerie de personnages très ordinaires, à la fois dans leur
physique, leurs sentiments et leurs réactions. D’où une facilité à se projeter
dans ses protagonistes (attention à l’atterrissage, quand même), qui nous
ressemblent, nous sont proches à beaucoup de niveau. Ici, certaines personnes
se verront en Tom, tandis que d’autres comprendront plus Summer ; dans tous les
cas, la barrière entre héros et spectateurs est très fine. C’est pourquoi des
œuvres modestes comme Little Miss Sunshine, Thank You For
Smoking (dans un autre genre) ou le pré-cité Juno rencontrent pas
mal de succès.
Une touchante honnêteté.
Et tiens, puisque j’en viens à parler du sympatoche film de
Jason Reitman, un autre élément est en commun entre les deux films : un goût
prononcé du réalisateur pour la bonne musique. Pour 500 Days of
Summer, la « British music » prend même une place plus qu’importante,
puisqu’elle est au cœur du récit : les deux protagonistes se rencontrent grâce
aux Smiths, passent leur premier soirée ensemble au karaoké (avec un beau
passage où Zooey Deschanel chante du Lee Hazlewood), et ont des discutions
animées à propos de Sid Vicious (formidable) ou du supposé talent de Ringo
Starr.
En bref, Marc Webb est un gros fan de musique, et ça se
sent. Ça n’étonnera ainsi personne que l’homme ait réalisé pas mal de clips et
de documentaires musicaux… On est en face d’un connaisseur, et ce même s’il
nous inflige Carla Bruni (Quelqu’un M’a Dit) dans un passage du film !
Notons par contre que la BO contient une reprise du Please, Let Me Get What
I Want des Smiths par She & Him, et que Deschanel et Gordon-Levitt ont
tourné un nouveau clip pour le morceau Why Do You Let Me Stay Here
dudit groupe de Deschanel, réalisé par Marc Webb… La boucle est bouclée.
500 Days of Summer est donc une comédie pleine de
charme, portée par un couple d’acteurs formidables. On a affaire à un film
original, léger, et très maîtrisé pour un premier film, qui est rempli de
bonnes idées. L’histoire a en plus la décence d’aller là où on ne l’attendait
pas forcément, ce qui la rend encore plus attachante... Ce n’est pas non plus
révolutionnaire, mais si vous voulez vous offrir un rayon de soleil au milieu
de cet hiver bien glacial, faites-vous plaisir et commandez-vous ce film, vous
passerez deux heures avec le sourire aux lèvres.
