Avatar, de James Cameron
Par Anansi le mercredi 30 décembre 2009, 13:04 - Pellicule aviaire - Lien permanent
Oubliez tout ce qui vous a été dit : le film de l'année, vous l'avez là. Car, si Avatar est bien la "révolution du cinéma numérique" qu'on annonçait, le "blockbuster visionnaire" et tutti quanti, c'est surtout beaucoup plus que ça. En empruntant le sentier d'une histoire simple, James Cameron donne vie à une fable d'une beauté époustouflante, à la mise en scène exceptionnelle. Pandora s'ouvre devant nos yeux pendant 2h40, nous emplissant le cerveau de somptueuses visions, pour mieux nous narrer un conte engagé, et profondément triste sur la nature humaine.

Le projet un poil fou d'un
mégalomane.
On le sait maintenant depuis une quinzaine d’années : James
Cameron est un homme obsessionnel, un réalisateur se posant sans cesse de
nouveaux défis techniques pour mieux faire exploser les limites du réel et du
virtuel. Avec Terminator, son premier film (excusez du peu), il
marchait sur les pas de Kubrick, Lucas et Spielberg, et transformait Schwarzy
en cyborg par des techniques de maquillages apportant un réalisme alors
inédites. Aliens continuait sa passion pour les hybrides
hommes-machines, tandis que Abyss marquait une étape charnière
puisqu’il montrait les réelles obsessions dévorantes de Cameron pour les fonds
marins, véritables espaces de néants d’où tout peut surgir, et qui le hantent
depuis sa jeunesse.
Ce n’est donc pas par hasard qu’il s’est plus tard attaqué à
retranscrire l’histoire du Titanic. Un projet dingue dans sa
conception, où Cameron était venu rappeler un état de fait fondamental : les
images de synthèse doivent servir le récit, et pas l’inverse. Titanic
constituait ainsi une étape fondamentale dans l’histoire du réalisateur, une
histoire dont il convient de se rappeler lorsque nous en venons à évoquer
Avatar. Car le dernier film du canadien constitue une formidable
œuvre-somme, cristallisant en son sein tous les désirs et névroses d’un homme
un peu fou : écologie, interface homme-machine, contrôle d’esprits, science,
défis technologiques et narration rythmée.
Cela a pris du temps, évidemment ; 12 années se sont passées,
durant lesquelles les studios de Cameron se sont occupés à perfectionner les
techniques de motion capture, à mettre au point de nouvelles caméras virtuelles
pour pouvoir s’autoriser des libertés infinies dans l’espace, et à intégrer la
3D directement dans la réalisation. Les poncifs et déclarations marketées du
genre « Cameron avait le film dans sa tête, mais il dut attendre que les
technologies soient prêtes » n’ont pas manqué d’émailler les pubs à la con pour
le film, mais il faut admettre que le défi technologique est bien là.
Le Bon
Dieu est dans les détails.
Les limites entre êtres vivants et de pixels étant
pulvérisées par un process de motion capture poussé à l’extrême, James Cameron
crée un monde entier. Celui de Pandora. Et là, comment dire… Là, c’est la
claque. Parce que, bien au-delà de la performance numérique, Pandora est un
monde fabuleux d’une beauté stupéfiante, pensé dans les moindres détails pour
plonger le spectateur dans un univers parallèle. Des gigantesques arbres
dominant le monde, jusqu’à la multitude de petites plantes exotiques, la
somptueuse végétation s’illuminant la nuit, ou encore les montagnes volantes
(merci Miyazaki), tout concourt à créer un monde vivant, dans lequel on
voudrait se perdre des heures durant.
Tout le travail sur la flore est simplement stupéfiant,
offrant un écrin splendide à l’intrigue. L’histoire est ainsi celle de Jake
Sully, marine paraplégique faisant partie de l’opération sur Pandora visant à
expulser la population locale pour exploiter le minerai de leur terre. Pour
cela, Jake doit se mêler à la population par le biais de son avatar, hybride
créé génétiquement à partir d’ADN d’humain et de Na’Vi, et tenter de convaincre
diplomatiquement la population de partir… Sans quoi, ce sera l’armée qui se
mettra en route. L’histoire est ainsi carrément simple (voir simpliste) dans
ses grandeurs, prenant la forme d’un melting-pot de Pocahontas, des
films de Miyazaki (encore lui), ou des fables écologistes classiques.
Et alors que cela pourrait être un clair rebutoir, on se rend
en fait vite compte que, lorsque l’on est plongé au cœur de Pandora, l’intrigue
va à l’essentiel parce qu’elle n’est pas l’élément-clé. Ici, c’est le
parcours du héros qui compte, et la quête initiatique qu’il entreprend pour
comprendre la culture et les coutumes de ces indigènes. On suit ainsi avec
émerveillement le parcours de Jake, sa découverte des merveilles de ce nouveau
monde, son apprentissage de la monte des créatures terrestres et volantes, son
acceptation au sein de la tribu… Le film se fait quasi-documentaire, n’hésitant
pas à se faire très lent et à utiliser les voix off, pour mieux nous faire
profiter de l’univers créé pour nos beaux yeux (écarquillés).
Explosion des barrières.
En outre, là où le numérique se fait véritablement fabuleux,
c’est qu’on ne le distingue justement pas. On voit Pandora et ses habitants
défiler devant nos yeux, comme si Cameron était parti en voyage filmer ses
aventures, et l’on ne se rend compte qu’après coup que tout est virtuel, tout
est créé. Les Na’Vi paraissent réels, crédibles, humains même, le fantastique
(et je pèse mes mots) bestiaire créé avec tant d’imagination par les équipes de
Weta Digital ne choque pas au milieu des humains… Le suspension of
disbelief est complet, tellement le réalisateur parvient à nous faire
croire à son monde, et à nous y emprisonner.
Mais, et c’est là où le film parvient à trouver une alchimie
rare, Avatar n’est pas seulement un exceptionnel « film d’aventure SF
virtuel », c’est aussi un film d’action d’une efficacité rageuse. Avec
Aliens, Cameron avait montré qu’il avait une affection toute
particulière pour les figures militaires archétypales, et les grosses scènes
d’action. Cela se retrouve au centuple dans Avatar, dans des scènes
d’action magistrales opposant les Na’Vi aux marines terriens pour la
gouvernance du territoire, et dans le personnage du colonel Miles Quaritch,
stéréotype du « méchant qui ne meurt jamais » (peut-être trop caricatural
justement, c’est peut-être le seul gros défaut du film).
Avatar est donc un monument du cinéma numérique 3D,
oui, mais c’est bien plus encore. C’est un joyau d’une beauté folle, où les
images de synthèse quittent leurs apparats ostentatoires pour se mettre au
service d’un monde qu’elles façonnent avec amour, nous laissant bouche bée.
C’est un film d’aventure à la mise en scène d’une excellence rarement vue, où
les spectaculaires scènes d’action n’hésitent pas à laisser place à des scènes
lentes uniquement dédiées à la contemplation. C’est un brûlot contre l’humanité
destructrice, et sa salvation (im)possible. C’est un pamphlet contre la volonté
toujours humaine de détruire son paradis. C’est Avatar. C’est Pandora.
C’est formidable.
