Them Crooked Vultures
Par Anansi le mercredi 25 novembre 2009, 18:21 - Le canard et la musique - Lien permanent

Prenez Josh Homme, leader des Queens of the Stone Age, guitariste et producteur de son état. Ajoutez-y Dave Grohl, batteur de Nirvana et leader des Foo Fighters. Mettez ces deux-là à coté. Déjà, il y a de quoi s'y intéresser. Bon, maintenant saupoudrez-y un peu de John Paul Jones, modeste bassiste de Led Zeppelin. En toute simplicité. On comprend donc bien vite que ce premier album du "supergroup" Them Crooked Vultures était attendu à mort. Et vous voulez que je vous dise ? Ca ne déçoit pas. Le rock viscéral à tendance bluesy qui en ressort est franchement jouissif et, s'il est imparfait, il mérite bien que l'on s'y attarde.

Naissance des vautours.
Au commencement étaient deux millionnaires, qui voulaient
passer le temps ensemble. Ils auraient pu faire des parties de mini-golf à
Malibu sous le soleil couchant, ou faire une croisière autour du monde à bord
d’un yacht plaqué or, mais ces deux millionnaires-là sont musiciens. Alors, ils
décidèrent de faire de la musique ensemble. L’un est Josh Homme, guitariste et
leader de Queens of the Stone Age, et qui a participé à de nombreux autres
projets, dont Eagles of Death Metal, ou encore les Arctic Monkeys dont il a
produit le dernier album.
L’autre est Dave Grohl, batteur de Nirvana, et qui a formé
un autre groupe, Foo Fighters. Un beau petit couple de talents était né. Il ne
manquait plus qu’à trouver un bassiste et, pour remplir cette fonction, Joshy
et Davy s’acoquinèrent avec rien de moins que John Paul Jones, bassiste des Led
Zeppelin. Celui donne toute sa force à Immigrant Song, qui constitue
le squelette de Kashmir, qui a écrit Black Dog ! Un homme
bien, sans doute, qui voulut bien rejoindre les deux inséparables pour monter
un plan à trois de tous les diables. Them Crooked Vultures était né, sans que
personne ne le sache.
Et puis, un beau jour d’août où le soleil miroitait, le site
internet du festival américain Lappalooza afficha une page étrange, avec pour
seul affichage le code « Metro – 8/9 – Midnight » qui surmontait les logos de
Queens of the Stone Age, Foo Fighters et celui de JPJ dans le Led Zeppelin
IV. Les places s’écoulèrent en trois minutes. Alors, quand les spectateurs
virent débarquer sur scène ces trois mastodontes du rock, ils explosèrent de
joie, tiraillés entre la surprise d’un secret si bien gardé, et l’envie de les
entendre très vite. Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de les voir
sur scène, alors ce supergroup-là était le projet rêvé.
Everybody loves them.
Passionnant comme histoire, hein ? Oui, je sais, je les
raconte comme personne. Toujours est-il que, trois mois après ce premier
concert, l’album des Them Crooked Vultures est arrivé dans les baccalauréats,
et il est temps de se poser la vraie question : ce groupe aux allures de
fantasme du rock est-il aussi bon qu’on pourrait l’espérer ? Après les Dead
Weather, on est en droit de se poser la question. Hé bien, figurez-vous que
oui. Ce premier album livre une partition excellente, offrant un rock bluesy
brut, viscéral et sexy. Ça explose, ça se dandine, les solos très
led-zeppeliniens sont légion, les guitares saturent, la batterie
implose… Fantastique.
La première moitié du disque est parfaite. No One Loves
Me & Neither Do I (tout un programme) est un blues-rock jouissif où
les guitares se font vicieuses, tandis que Homme affirme que « tu peux garder
ton âme, je ne veux pas d’une âme-sœur ». Construit sur les changements de
rythme, le morceau vite du tout-au-tout en son milieu, pour être beaucoup plus
brut. Tout comme le reste de l’album, cette ouverture parait immédiate et très
simple, mais il faut en réalité beaucoup d’écoutes pour en distinguer les
contours, et s’en imprégner.
Mind Eraser (No Chaser) est elle une explosion de
guitares, au tempo presque épileptique, tandis que New Fang qui suit,
s’ouvre une belle batterie manœuvrée par un Grohl en belle forme. Les guitares
et la basse ne tarderont pas à se joindre à la fête, offrant un bel écrin à
Homme, au chant rythmé foutrement efficace. Tout cela continue à exploser de
plus belle, les différentes strates d’instruments apportant chacune leur pierre
à l’édifice. Dead End Friends et surtout Elephants suivent le
même créneau, tout en étant plus sombre, plus proches des QOTSA.
Elephants est particulièrement spectaculaire, un immense défouloir de
sept minutes, ouvrant sur des guitares et une batterie à la limite de
l’explosion.
Inconstance est mère des vertus (non
?).
La deuxième moitié de ce premier album des Them Crooked
Vultures est toutefois un brin plus faible, parce que plus inconstante. Si
Bandoliers et ses allures franchement Nirvaniennes sont efficaces,
Interludes With Ludes ne sert pas à grand-chose si ce n’est à casser
le rythme effréné depuis le départ, et Warsaw Or The First Break You Take
After You Give Up est un sympathique délire instrumental à la Led Zep mais
c’est bien trop long pour qu’on daigne s’y attarder (presque 8 minutes !). En
live ça peut faire un beau petit solo, mais ce n’est pas assez révolutionnaire
pour valoir le coup sur l’album.
Caligulove est par contre un morceau fantastique.
Nous ramenant aux belles heures des Doors (même le chant de Homme rappelle
celui de Jim Morrisson), tout est un peu fou, du riff de Homme qui constitue «
le plus débile » qu’il ait jamais fait, au piano-orgue des années 60 de John
Paul Jones, qu’il détestait à l’époque. A noter également un final explosif, où
Grohl se déchaîne sur sa batterie, avant d’enchaîner sur Gunman, titre
mid-tempo où Homme joue beaucoup sur les effets de voix. C’est sombre, on est
vite plongés dans l’ambiance et l’univers en place ; ça marche bien.
Ce premier essai des Them Crooked Vultures est donc une
réussite, un joyau certes imparfait mais plus que beau à voir. Aussitôt le
supergroup annoncé, on avait peur d’être déçus. Il faut dire que les attentes
étaient énormes. Mais les trois amis ont parfaitement su y répondre, en mettant
sur pied un album réfléchi, sans précipitation. En résulte un rock aux
multiples influences, dont l’immédiateté apparente créée par la force des
instruments cache en fait une profondeur qui ne s’offre qu’aux plus méritants,
qui auront passé du temps dans le monde de Ces Vautours Véreux. Ils ne le
regretteront pas.

Commentaires
Même si certaines chansons sont un peu faiblardes en effet, elles ont toutes un charme malgré tout, ça tue les ours
C'est vrai qu'elles ont un certain charme, surtout parce que c'est très souvent du bon gros délire instrumental. Donc, même si ça manque parfois de profondeur, on a un peu l'impression d'être dans un concert live : c'est le trip qui compte. Et ça marche !