Futurama, de Matt Groening : la résurrection d'une merveille
Par Anansi le dimanche 8 novembre 2009, 15:05 - Le coin-coin des séries - Lien permanent

Des films en DVD qui sortent tous les deux jours, 26 nouveaux épisodes prévus sur Comedy Central pour 2010, de régulières rediffusions… Futurama n’a jamais été aussi vivant que depuis qu’il est mort. Alors, pour fêter la renaissance de « l’autre cartoon de Groening », et parce qu’un très beau coffret regroupant tous les épisodes et tous les films arrive le 18 novembre, faisons un retour sur ce qui est peut-être le meilleur dessin animé de l’Histoire de l’Univers.
Retour vers le futur.
Nous sommes le 10 août 2003, et le monde est triste. Il aura
eu l’occasion de se réjouir un peu plus tôt, c’est sûr, en voyant Roger Federer
remporter son premier Wimbledon et entamer sa grande marche en avant pour
devenir le plus grand tennisman de tous les temps qu’il est maintenant. Mais
cette date très symbolique du 10 août marque la fin de Futurama, que la Fox a
décidé d’annuler après 4 ans et 88 épisodes. Et le monde est triste, donc.
Parce que, comme beaucoup de séries annulées sur la Fox, Futurama disposait
d’une énorme base de fan, acquise grâce à sa qualité irréprochable.
Pour mieux comprendre, on va se remettre dans le contexte.
Futurama est évidemment l’œuvre de Matt Groening, qui eu envie en 1999 de se
sortir un peu la tête des Simpsons, et de créer un autre cartoon, qui n’avait
rien à voir. Avec David X. Cohen, il met sur pied l’histoire de Philip J. Fry,
petit livreur de pizza qui, lors de la nuit du passage à l’an 2000, tombe
accidentellement dans une machine à cryogénisation, pour se réveiller 1000 ans
plus tard. Ce sera ainsi le point de départ idéal pour un cartoon qui, s’il
garde plusieurs points communs avec les Simpsons, est évidemment plus versé
dans la science-fiction.
C’est aussi l’occasion pour Groening de peindre toute une
galerie de personnages originaux, et franchement fantastiques. Parce que dans
le 31ème millénaire, Fry trouve de l’emploi dans le Planet Express, où il fait
équipe avec Leila, capitaine à un œil du vaisseau et objet de tous les désirs
de Fry, Hermes le bureaucrate jamaïcain, Professeur Hubert Farnsworth le
propriétaire du Planet Express et vieux descendant de Fry, ou encore (et
surtout) Bender, robot alcoolique, fumeur de cigare, kleptomane, égocentrique
et meilleur ami de Fry. Citons aussi le formidable Dr. Zoidberg, médecin naïf à
moitié raté et accessoirement crustacé originaire de la planète Decapod 10.
Innovation, maître mot.
A cela, viennent s’ajouter des personnages récurrents comme
le héros péteux Zap Brannigan ou l’amphibien Kif… En fait, et c’est la grande
force de Futurama, chaque personnage apporte quelque chose, et est comique par
lui-même. Le fait de balancer l’histoire dans le futur offre un terrain de jeu
formidable aux auteurs, qui ne se gênent pas pour inventer des personnages
complètement absurdes (les robots mafieux, quel bonheur) qui pourraient être
ridicules mais qui s’intègrent à merveille dans l’univers mis en place, si bien
que rien ne choque, tout semble logique.
Cet univers, justement, est marquant également parce qu’il
est d’une profondeur dantesque. Tout au long de ces 88 épisodes (puis des 4
films), les auteurs sont parvenus à développer un véritable monde, en ajoutant
au fur et à mesure de nombreux détails. Les robots, les technologies souvent
absurdes, le gouvernement unique du monde par la tête de Richard Nixon, les
différentes races d’aliens, les planètes… Tout comme pour le Disque-Monde de
Pratchett, ce qui n’a l’air que d’un grand n’importe quoi comique est en fait
d’une extrême rigueur.
Là où Groening est également à remercier, c’est qu’il n’a
pas cherché à faire un « Simpsons 2 », qui aurait pourtant été beaucoup plus
facile à faire. C’est d’ailleurs le reproche qu’on peut faire à un autre grand
monsieur des cartoons de la Fox, Seth McFarlane : ces séries, Family Guy, puis
American Dad et maintenant The Cleveland Show, ont chacune leurs personnalités
mais se ressemblent fortement, parce qu’elles mettent en scène toujours le même
stéréotype de la famille modeste, d’Amérique moyenne. Avec Futurama, Groening a
forgé une vraie rupture.
Juste retour des choses.
Mais le bonhomme n’oublie pas pour autant de continuer à se
foutre gentiment de plusieurs aspects de la société actuelle, par de très
nombreuses références et un humour satirique. L’invention géniale qui consiste
à préserver les têtes des gens dans des bocaux permet également de faire
intervenir des stars actuelles, histoire de trouver une excuse pour pouvoir
s’en moquer. Malgré tout, Futurama est finalement moins « grand public » que
les Simpsons, par son univers et son humour. Faut pas se leurrer : c’est
surtout un truc de geeks. Des gens qui gueulent beaucoup, mais qui sont moins
importants pour les networks que la fameuse ménagère de moins de 50 ans.
C’est sans doute pourquoi les audiences n’étaient pas du
niveau voulu par la Fox, et qui a abouti à son annulation. Mais heureusement,
Comedy Central (surtout reconnue pour diffuser South Park) a flairé le bon
coup, et a racheté les droits de diffusion aussitôt la série annulée. Les
rediffusions commencèrent et, interpelée par les bons chiffres d’audience, la
Fox (qui reste producteur) a décidé en 2006 de produire quatre longs-métrages
en direct-to-dividi. Histoire de voir les ventes, tout comme les grosses ventes
de DVD de Family Guy avait permis sa renaissance.
Hé ben, les chiffres ont justement été bons, et c’est avec
un bonheur presque orgasmique qu’on a appris que 20th Century Fox avait accepté
la production de 26 nouveaux épisodes, qui seront diffusés mi-2010 sur Comedy
Central. En bref, c’est la résurrection de Futurama. Une œuvre qui, par son
univers passionnant, ses épisodes toujours très drôles, ses personnages
fantastiques et son constant désir d’originalité, est l’un des meilleurs
cartoons qui j’ai pu voir. Le meilleur ? Hum… Sans doute. Alors, franchement,
si vous ne l’avez jamais vu en entier, demandez
l’intégrale 1999-2009 au Père Noel, et rappelez-vous que le Show Goes On.
Toujours.
