Retour vers le futur.
    Nous sommes le 10 août 2003, et le monde est triste. Il aura eu l’occasion de se réjouir un peu plus tôt, c’est sûr, en voyant Roger Federer remporter son premier Wimbledon et entamer sa grande marche en avant pour devenir le plus grand tennisman de tous les temps qu’il est maintenant. Mais cette date très symbolique du 10 août marque la fin de Futurama, que la Fox a décidé d’annuler après 4 ans et 88 épisodes. Et le monde est triste, donc. Parce que, comme beaucoup de séries annulées sur la Fox, Futurama disposait d’une énorme base de fan, acquise grâce à sa qualité irréprochable.
    Pour mieux comprendre, on va se remettre dans le contexte. Futurama est évidemment l’œuvre de Matt Groening, qui eu envie en 1999 de se sortir un peu la tête des Simpsons, et de créer un autre cartoon, qui n’avait rien à voir. Avec David X. Cohen, il met sur pied l’histoire de Philip J. Fry, petit livreur de pizza qui, lors de la nuit du passage à l’an 2000, tombe accidentellement dans une machine à cryogénisation, pour se réveiller 1000 ans plus tard. Ce sera ainsi le point de départ idéal pour un cartoon qui, s’il garde plusieurs points communs avec les Simpsons, est évidemment plus versé dans la science-fiction.
    C’est aussi l’occasion pour Groening de peindre toute une galerie de personnages originaux, et franchement fantastiques. Parce que dans le 31ème millénaire, Fry trouve de l’emploi dans le Planet Express, où il fait équipe avec Leila, capitaine à un œil du vaisseau et objet de tous les désirs de Fry, Hermes le bureaucrate jamaïcain, Professeur Hubert Farnsworth le propriétaire du Planet Express et vieux descendant de Fry, ou encore (et surtout) Bender, robot alcoolique, fumeur de cigare, kleptomane, égocentrique et meilleur ami de Fry. Citons aussi le formidable Dr. Zoidberg, médecin naïf à moitié raté et accessoirement crustacé originaire de la planète Decapod 10.

Innovation, maître mot.
    A cela, viennent s’ajouter des personnages récurrents comme le héros péteux Zap Brannigan ou l’amphibien Kif… En fait, et c’est la grande force de Futurama, chaque personnage apporte quelque chose, et est comique par lui-même. Le fait de balancer l’histoire dans le futur offre un terrain de jeu formidable aux auteurs, qui ne se gênent pas pour inventer des personnages complètement absurdes (les robots mafieux, quel bonheur) qui pourraient être ridicules mais qui s’intègrent à merveille dans l’univers mis en place, si bien que rien ne choque, tout semble logique.
    Cet univers, justement, est marquant également parce qu’il est d’une profondeur dantesque. Tout au long de ces 88 épisodes (puis des 4 films), les auteurs sont parvenus à développer un véritable monde, en ajoutant au fur et à mesure de nombreux détails. Les robots, les technologies souvent absurdes, le gouvernement unique du monde par la tête de Richard Nixon, les différentes races d’aliens, les planètes… Tout comme pour le Disque-Monde de Pratchett, ce qui n’a l’air que d’un grand n’importe quoi comique est en fait d’une extrême rigueur.
    Là où Groening est également à remercier, c’est qu’il n’a pas cherché à faire un « Simpsons 2 », qui aurait pourtant été beaucoup plus facile à faire. C’est d’ailleurs le reproche qu’on peut faire à un autre grand monsieur des cartoons de la Fox, Seth McFarlane : ces séries, Family Guy, puis American Dad et maintenant The Cleveland Show, ont chacune leurs personnalités mais se ressemblent fortement, parce qu’elles mettent en scène toujours le même stéréotype de la famille modeste, d’Amérique moyenne. Avec Futurama, Groening a forgé une vraie rupture.

Juste retour des choses.
    Mais le bonhomme n’oublie pas pour autant de continuer à se foutre gentiment de plusieurs aspects de la société actuelle, par de très nombreuses références et un humour satirique. L’invention géniale qui consiste à préserver les têtes des gens dans des bocaux permet également de faire intervenir des stars actuelles, histoire de trouver une excuse pour pouvoir s’en moquer. Malgré tout, Futurama est finalement moins « grand public » que les Simpsons, par son univers et son humour. Faut pas se leurrer : c’est surtout un truc de geeks. Des gens qui gueulent beaucoup, mais qui sont moins importants pour les networks que la fameuse ménagère de moins de 50 ans.
    C’est sans doute pourquoi les audiences n’étaient pas du niveau voulu par la Fox, et qui a abouti à son annulation. Mais heureusement, Comedy Central (surtout reconnue pour diffuser South Park) a flairé le bon coup, et a racheté les droits de diffusion aussitôt la série annulée. Les rediffusions commencèrent et, interpelée par les bons chiffres d’audience, la Fox (qui reste producteur) a décidé en 2006 de produire quatre longs-métrages en direct-to-dividi. Histoire de voir les ventes, tout comme les grosses ventes de DVD de Family Guy avait permis sa renaissance.
    Hé ben, les chiffres ont justement été bons, et c’est avec un bonheur presque orgasmique qu’on a appris que 20th Century Fox avait accepté la production de 26 nouveaux épisodes, qui seront diffusés mi-2010 sur Comedy Central. En bref, c’est la résurrection de Futurama. Une œuvre qui, par son univers passionnant, ses épisodes toujours très drôles, ses personnages fantastiques et son constant désir d’originalité, est l’un des meilleurs cartoons qui j’ai pu voir. Le meilleur ? Hum… Sans doute. Alors, franchement, si vous ne l’avez jamais vu en entier, demandez l’intégrale 1999-2009 au Père Noel, et rappelez-vous que le Show Goes On. Toujours.