Eclosion célesto-cosmique. Ou pas.
    Cosmic Egg. L’œuf cosmique. Ouahou, tout un programme. Un nom bizarre pour un album, vous ne trouvez pas ? Selon le leader Andrew Stockdale, c’est une figure de yoga, pour atteindre la sérénité et tout ça. Bon, pourquoi pas. Mais cette notion d’œuf Cosmique se retrouve également chez les astrophysiciens, pour résumer la conception de l’univers. En gros, le paradigme du big bang ne serait pas totalement vrai, l’univers ayant « éclot » (métaphoriquement parlant) d’un élément subatomique. Alors, on peut faire plein de comparaisons possibles avec ce deuxième album de Wolfmother, dont la création fut compliquée.
    Sauf que, pour n’importe quelle théorie cosmogonique (ah ah, j’adore employer des termes à la con) qu’on utilise, il reste un point commun : au départ tout n’est que chaos. Un immense vide originel, où il fait bien froid et où même la grippe H1N1 ne ferait pas sa grosse maline. Le néant le plus total. Puis, l’ordre intervient, provenant de ce qu’on veut : un Dieu, des Dieux, le hasard… On choisit. Toujours est-il que, dans le cas qui nous intéresse, Stockdale n’est franchement pas un Dieu, tellement son Œuf Cosmique est dépourvu de toute âme et reste à l’état de néant. Ca bouge fort, ça s’écoute pas mal en voiture, mais bordel, qu’est-ce que c’est vide !
    Le problème majeur de ce Cosmic Egg est qu’il veut trop être ancré dans une période révolue, où le rock explosait à grands coups de Black Sabbath et de Led Zeppelin. Dans l’absolu, l’idée n’est pas mauvaise, et le premier album du groupe marquait par son ambiance qui ramenait directement aux années 70. Sauf qu’ici nous sommes plus dans le plagiat qu’autre chose, et que le groupe est incapable de proposer quelque chose de fondamentalement personnel, qui le démarquerait de ses aînés spirituels ou même de la scène rock actuelle. C’est simplement creux, un néant dans lequel on tombe pendant une heure.

Petit copieur !
    Tout démarre avec California Queen, à la basse lourde et sèche. La guitare électrique vient ensuite poser son riff, derrière un Andrew Stockdale au phrasé d’abord fluide puis plus incisif dans les refrains. Un morceau tout en changement de rythmes, pas désagréable mais qu’on a déjà l’impression d’avoir entendu des dizaines de fois. Une impression que l’on retrouve également sur New Moon Rising qui suit. C’est ici très inspiré par les White Stripes, lors des couplets entièrement formés sur les cymbales, mais sans en avoir le génie.
    Plus loin, nous retrouvons Back Round, qu’on a entendu depuis un moment déjà. Une autre piste où Stockdale se prend pour Jack White. Et ça ne marche pas trop mal. Les guitares se font presque mystiques, pour ensuite faire tout exploser, jusqu’à une abrupte et totale rupture de tempo. Tout ça annonçait un bon album, mais c’est simplement dommage que le reste ne soit pas de la même teneur. Ne soit tout simplement pas au niveau du premier album, qui était un disque agréable, qui n'allait pas chercher bien loin, mais qui apportait quelques passages mémorables qui nous faisaient apprécier l’ensemble.
    Cosmic Egg n’a aucun moment majeur, comme l’album éponyme pouvait en avoir ; Woman était certes reprise dans tous les jeux vidéos parlant vaguement de musique, mais elle était franchement jouissive, Love Train avait un sacré groove, Joker & The Thief et Dimension faisaient tout péter… Ici rien de tout ça, et même les morceaux qui partent bien (Sundial est son air presque funky) sont gâchés par des refrains trop fades, où l’on retrouve la même association : Stockdale gueule devant un parterre de guitares. Voilà voilà.

Date de péremption dépassée.
    Même la chanson centrale, Cosmic Egg, est insipide et calquée sur du Black Sabbath. Il faudra prévenir le pauvre Andrew que les choses ont changé, que Ozzy Osbourne raconte sa vie sur MTV maintenant, et a fini de manger des chauve-souris sur scène. Il faut passer à autre chose. Bon, en même temps, les essais de morceaux plus calmes se révèlent être à la limite du catastrophique ; In The Morning dure 6 minutes mais saoule au bout de 2, tandis que Far Away est simplement lourdingue au possible, avant que Cosmonaut finisse de nous tuer. On sent vraiment que ce n’est pas le point fort du bonhomme.
    Après, c’est clair que ce ne sont pas vraiment les chansons douces qu’on vient chercher quand on écoute du Wolfmother. On attend que ça pète de partout, que le rock vintage exsude du CD. Pour le coup, on est servi. Mais encore faut-il que la qualité soit au rendez-vous. On a bien quelques bons moments, comme avec Back Round déjà cité, ou Pilgrim et son rythme sautillant franchement pas dégueulasse, mais tout ça fait bien peu au milieu du marasme général. Alors, après, il s’agit de savoir ce qu’on veut, et ce qu’on attend du disque.
    Si on veut du rock qui casse tout sans vraiment réfléchir, on peut y trouver son bonheur. Après tout, les guitares offrent parfois de beaux solos plutôt jouissifs, la batterie suit bien, et ça permet de temps en temps de beaux passages. Mais, pour ma part, il y a trop d’albums de bonne qualité dans le marché pour que je m’attarde sur ce deuxième essai de Wolfmother, qui se contente de faire du copier-coller sans y ajouter un élément personnel qui le ferait se démarquer. Ca ne me convient tout simplement pas. L’innovation est la clé les gars, souvenez-vous-en ! Après tout, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs… cosmiques. HA HA ! Ha.