Kaamelott - Livre VI, de Alexandre Astier
Par Anansi le mercredi 21 octobre 2009, 10:39 - Le coin-coin des séries - Lien permanent

Hééééé bah, on l’aura attendue, cette dernière saison de Kaamelott. Certains en ont vu un bout en mars dernier au Grand Rex, mais le commun des mortels a dû attendre 7 mois de plus pour enfin voir sur petit écran ce fameux dernier chapitre de la série d’Alexandre Astier, racontant la jeunesse d’Arthur à Rome. En tout cas, les trois premiers épisodes diffusés samedi dernier nous font dire qu’on n’a pas attendu pour rien, tellement le résultat est bluffant.

Retour sur un bébé qui a
grossi.
Le temps où Kaamelott arrivait sur M6, avec ses
pastilles de 3min30 et ses caméras fixes, est désormais loin. Ce n’était alors
qu’une petite série plutôt confidentielle, créée à partir de Dies
Irae, court-métrage multi-primé réalisé par Alexandre Astier, produit par
sa mère Joelle Sevilla et joué par ses amis de théâtre, qui jouent encore
aujourd’hui dans la série. Les années ont passé, la petite bête est montée, le
nombre de sites de fans et de téléspectateurs a grimpé et les finances aussi.
Alors, la petite case de quelques minutes est vite devenue trop petite, et le
gros bestial (si, si) s’en est échappé pour mieux grandir en prime-time.
Le ton a changé, aussi. Du comique de dialogues très «
Audiardien » du premier Livre, ont succédé des passages plus sérieux au fur et
à mesure des années. L’auteur expliquait qu’il voulait instiller de la noirceur
dans son œuvre pour mieux en expliquer les tenants dramatiques, même si le
comique était toujours une part importante du processus de création. Le
résultat est très variable en qualité et certains livres sont beaucoup mieux
que d’autres, tout ça pour en arriver au Livre V et son ton très triste,
surtout dans sa deuxième partie qui ne m’avait franchement pas convaincu.
Le Livre VI, qui a débuté samedi dernier et qui est
constitué de neuf épisodes de 40 minutes, tient une place a part dans l’œuvre
générale. Plutôt que de continuer là où s’arrêtait le livre précédent (ce sera
ici le rôle de la future trilogie cinématographique), il constitue un immense
flash-back racontant la jeunesse d’Arthur à Rome, où il a fait son éducation.
Un scénario qui tient à cœur à Alexandre Astier, qui avait hâte de pouvoir
narrer sa propre vision de la construction du personnage mythique d’Arthur, un
petit bâtard orphelin qui gouvernera le Royaume de Logres, empire breton.
Beaucoup moins de pathos, plus de
légèreté.
Et très franchement, ces trois premiers épisodes du Livre VI
m’ont collé une belle baffe. Tout est maîtrisé, des sublimes décors (j’y
reviendrai) jusqu’aux personnages, en passant par les costumes, les dialogues
et l’intrigue passionnante. Ce nouveau chapitre marque aussi un retour à un ton
beaucoup plus léger qu’auparavant, et ça en devient infiniment plus agréable,
l’auteur n’étant pas obligé d’en rajouter des caisses pour faire du
mélodramatique (le passage du Phare dans le livre V était particulièrement
chiant). Tout n’est pas parfait évidemment, la faute à quelques longueurs et
des errements artistiques, mais l’essentiel est plus qu’assuré.
Cette première trilogie d’épisodes débute alors que le jeune
Arturus n’est qu’un simple soldat de la milice urbaine romaine. N’ayant aucun
souvenir de la Bretagne dans laquelle il est soit-disant né, il constitue un
membre lambda de l’armée, sans rien à se rattacher si ce ne sont ses quelques
amis, dont le fameux Caius Camillus qu’on connaît (le toujours excellent Bruno
Salomone), et Manilius, joué par Emmanuel Meirieu qui montre qu’en plus d’être
un très bon metteur en scène de théâtre (sa pièce Mojo (Baby King),
adaptée de Butterworth, est fantastique), il est aussi un très bon acteur. A
noter pour l’anecdote-qui-sert-à-rien que le bonhomme est aussi le directeur
artistique de la série.
Mais très vite, Arturus aura beaucoup plus d’importance, car
les bras droits de César ont décidé de mettre fin à l’insurrection en Bretagne.
A cet instant, Rome ne gouverne que la partie sud de l’île, sous le mur
d’Hadrien. Alors, le gouvernement cherche à mettre un romain d’origine bretonne
à la tête de la partie nord de l’île, pour fédérer les clans et en finir. A qui
va-t-on penser, je vous le donne en mille ? Arturus, oui m’sieur. Mais pendant
ce temps, une coalition d’ennemis menée par le Roi de Carmélide cherche à
attaquer Rome, parce qu’il faut bien faire passer le temps…
"Moi, ils m'ont mis poulet..."
L’intrigue est très bien ficelée, et l’immersion est
d’autant plus facilitée que les décors sont splendides. Là, je vous avoue, je
suis immédiatement convaincu, sans aucune notion d’objectivité. Forcément,
quand on tourne à la Cinecitta dans les décors de la meilleure série
ever (Rome, en l’occurrence), je fonds immédiatement. Les
rues pavées, le forum et son activité, les grandes villas immaculées, le Sénat
et ses grandes colonnades… Argh, c’est foutrement beau. Les costumes sont eux
aussi splendides, en particulier les armures romaines, enfin crédibles et
parfaites.
Par contre, certains choix artistiques sont clairement
discutables, voire ridicules. Citons par exemple Ketchatar, Roi d’Irlande, dont
la coupe de cheveux n’a rien à envier à Jimi Hendrix ! Pourtant, beaucoup
d’efforts ont été faits sur les personnages pour les rajeunir, tout cela se
déroulant (je le rappelle) 15 ans avant le début de la série ; Alexandre Astier
en est le premier concerné, lui qui a beaucoup maigri et a perdu ses longs
cheveux de roi de Bretagne. Au chapitre des critiques, citons aussi un début un
poil moins bien rythmé que le reste, la vie du troufion Arturus n’étant pas
toujours stupéfiante. Pour ma part, cela ne m’a pas gêné, mais ça peut rebuter,
même si le rythme lent participe à l’entrée dans l’univers mis en place.
Mais au final, le plaisir au visionnage de ce premier tiers
de la saison est total. On admire les décors, on rigole (très souvent) devant
les dialogues et les répliques qui rappellent les meilleurs moments de
Kaamelott, on prend plaisir à retrouver des personnages passionnants
et hilarants – les réunions des chefs de clan orchestrés par Léodagan et Loth
sont géniales -, on découvre de nouveaux héros (Pierre Mondy en César fait une
apparition courte mais formidable, Patrick Chesnais en sénateur est très fort,
et même Manu Payet est drôle, c’est dire !), on s’intéresse à un scénario
passionnant qui ne montre pas des conséquences mais des causes… Bref, tout ça
est rondement mené et, si le reste est au moins aussi bon, on ne pourra
qu’applaudir. Un final qui s’annonce grandiose.

Commentaires
Même si j'ai lâché un peu, j'ai jeté un coup d'œil curieux à cette ultime livre.

Et ce que je peux en retirer, c'est que je suis définitivement un gros gros fan du perso de Merlin dans cette série. Chambon confine au génie, tout simplement!
Restent ces passages inutiles où Astier est filmé seul, au ralenti, avec des effets grotesques.
Mais bon, on ne peut pas plaire à tout le monde!
Je regarderai sûrement les autres!
Ah je suis bien d'accord pour Merlin, une merveille ! Mon fanatisme pour Merlin n'atteint pas celui que j'ai pour Loth, mais quand même, respect quoi.
Et après, c'est vrai que les fameux ralentis sont problématiques :D Ce sont les fameux essais mélodramatiques dont je parlais, qui sont certes encore soûlants mais qu'on retrouve quand même beaucoup moins ici que dans le livre V, qui se transformait en véritable purge.
oui, mais l'imposant le dispute à la majesté, alors faut pas venir chouigner!

C'est vrai que Loth est un phénomène à lui tout seul. J'aime bien Rollin d'habitude, et là, on peut dire qu'on sent qu'AA l'aime aussi et l'a très bien compris : ses textes et son rôle colle tout à fait à l'image qu'il se donne habituellement!
Dans la tente, lorsqu'il explique sa traîtrise par sa "peur d'aimer", c'est magistral!