Retour sur un bébé qui a grossi.
    Le temps où Kaamelott arrivait sur M6, avec ses pastilles de 3min30 et ses caméras fixes, est désormais loin. Ce n’était alors qu’une petite série plutôt confidentielle, créée à partir de Dies Irae, court-métrage multi-primé réalisé par Alexandre Astier, produit par sa mère Joelle Sevilla et joué par ses amis de théâtre, qui jouent encore aujourd’hui dans la série. Les années ont passé, la petite bête est montée, le nombre de sites de fans et de téléspectateurs a grimpé et les finances aussi. Alors, la petite case de quelques minutes est vite devenue trop petite, et le gros bestial (si, si) s’en est échappé pour mieux grandir en prime-time.
    Le ton a changé, aussi. Du comique de dialogues très « Audiardien » du premier Livre, ont succédé des passages plus sérieux au fur et à mesure des années. L’auteur expliquait qu’il voulait instiller de la noirceur dans son œuvre pour mieux en expliquer les tenants dramatiques, même si le comique était toujours une part importante du processus de création. Le résultat est très variable en qualité et certains livres sont beaucoup mieux que d’autres, tout ça pour en arriver au Livre V et son ton très triste, surtout dans sa deuxième partie qui ne m’avait franchement pas convaincu.
    Le Livre VI, qui a débuté samedi dernier et qui est constitué de neuf épisodes de 40 minutes, tient une place a part dans l’œuvre générale. Plutôt que de continuer là où s’arrêtait le livre précédent (ce sera ici le rôle de la future trilogie cinématographique), il constitue un immense flash-back racontant la jeunesse d’Arthur à Rome, où il a fait son éducation. Un scénario qui tient à cœur à Alexandre Astier, qui avait hâte de pouvoir narrer sa propre vision de la construction du personnage mythique d’Arthur, un petit bâtard orphelin qui gouvernera le Royaume de Logres, empire breton.

Beaucoup moins de pathos, plus de légèreté.
    Et très franchement, ces trois premiers épisodes du Livre VI m’ont collé une belle baffe. Tout est maîtrisé, des sublimes décors (j’y reviendrai) jusqu’aux personnages, en passant par les costumes, les dialogues et l’intrigue passionnante. Ce nouveau chapitre marque aussi un retour à un ton beaucoup plus léger qu’auparavant, et ça en devient infiniment plus agréable, l’auteur n’étant pas obligé d’en rajouter des caisses pour faire du mélodramatique (le passage du Phare dans le livre V était particulièrement chiant). Tout n’est pas parfait évidemment, la faute à quelques longueurs et des errements artistiques, mais l’essentiel est plus qu’assuré.
    Cette première trilogie d’épisodes débute alors que le jeune Arturus n’est qu’un simple soldat de la milice urbaine romaine. N’ayant aucun souvenir de la Bretagne dans laquelle il est soit-disant né, il constitue un membre lambda de l’armée, sans rien à se rattacher si ce ne sont ses quelques amis, dont le fameux Caius Camillus qu’on connaît (le toujours excellent Bruno Salomone), et Manilius, joué par Emmanuel Meirieu qui montre qu’en plus d’être un très bon metteur en scène de théâtre (sa pièce Mojo (Baby King), adaptée de Butterworth, est fantastique), il est aussi un très bon acteur. A noter pour l’anecdote-qui-sert-à-rien que le bonhomme est aussi le directeur artistique de la série.
    Mais très vite, Arturus aura beaucoup plus d’importance, car les bras droits de César ont décidé de mettre fin à l’insurrection en Bretagne. A cet instant, Rome ne gouverne que la partie sud de l’île, sous le mur d’Hadrien. Alors, le gouvernement cherche à mettre un romain d’origine bretonne à la tête de la partie nord de l’île, pour fédérer les clans et en finir. A qui va-t-on penser, je vous le donne en mille ? Arturus, oui m’sieur. Mais pendant ce temps, une coalition d’ennemis menée par le Roi de Carmélide cherche à attaquer Rome, parce qu’il faut bien faire passer le temps…

"Moi, ils m'ont mis poulet..."
    L’intrigue est très bien ficelée, et l’immersion est d’autant plus facilitée que les décors sont splendides. Là, je vous avoue, je suis immédiatement convaincu, sans aucune notion d’objectivité. Forcément, quand on tourne à la Cinecitta dans les décors de la meilleure série ever (Rome, en l’occurrence), je fonds immédiatement. Les rues pavées, le forum et son activité, les grandes villas immaculées, le Sénat et ses grandes colonnades… Argh, c’est foutrement beau. Les costumes sont eux aussi splendides, en particulier les armures romaines, enfin crédibles et parfaites.
    Par contre, certains choix artistiques sont clairement discutables, voire ridicules. Citons par exemple Ketchatar, Roi d’Irlande, dont la coupe de cheveux n’a rien à envier à Jimi Hendrix ! Pourtant, beaucoup d’efforts ont été faits sur les personnages pour les rajeunir, tout cela se déroulant (je le rappelle) 15 ans avant le début de la série ; Alexandre Astier en est le premier concerné, lui qui a beaucoup maigri et a perdu ses longs cheveux de roi de Bretagne. Au chapitre des critiques, citons aussi un début un poil moins bien rythmé que le reste, la vie du troufion Arturus n’étant pas toujours stupéfiante. Pour ma part, cela ne m’a pas gêné, mais ça peut rebuter, même si le rythme lent participe à l’entrée dans l’univers mis en place.
    Mais au final, le plaisir au visionnage de ce premier tiers de la saison est total. On admire les décors, on rigole (très souvent) devant les dialogues et les répliques qui rappellent les meilleurs moments de Kaamelott, on prend plaisir à retrouver des personnages passionnants et hilarants – les réunions des chefs de clan orchestrés par Léodagan et Loth sont géniales -, on découvre de nouveaux héros (Pierre Mondy en César fait une apparition courte mais formidable, Patrick Chesnais en sénateur est très fort, et même Manu Payet est drôle, c’est dire !), on s’intéresse à un scénario passionnant qui ne montre pas des conséquences mais des causes… Bref, tout ça est rondement mené et, si le reste est au moins aussi bon, on ne pourra qu’applaudir. Un final qui s’annonce grandiose.