The Big Machine, d'Emilie Simon
Par Anansi le dimanche 4 octobre 2009, 15:54 - Le canard et la musique - Lien permanent

Pour avoir été à un bon nombre de ses concerts (j'ai un autographe, oui madame) et avoir usé jusqu'à la lie ses précédents albums, je vous le dis : Emilie Simon, j'en suis fan. Donc croyez-moi quand je vous dis que, malgré toute la bonne volonté du monde, je ne pourrais pas sauver son dernier disque, The Big Machine. Voix criarde insupportable, musique électro kitschissime, production sans âme... Les raisons du désastre sont nombreuses.

Histoire d'une révolution.
Tout commence par une envie de nouveauté. Compréhensible.
Pour écrire ce quatrième album studio, Emilie Simon est allée se réfugier à la
grande pomme de New-York, après avoir passé de longs mois à se balader au
Canada et aux Etats-Unis. L'idée était de prendre du large et de se fondre dans
une nouvelle façon de vivre. Forcément, The Big Machine est le fruit
de ses découvertes, et le changement musical est radical. La Montpelliéraine y
est beaucoup plus énergique, imprégnant un sentiment de vitesse brute qui
écrase tout sur son passage. Une Grosse Machine.
Et le problème, c'est que tout tombe à plat. Coincée entre
Kate Bush, Patti Smith et Depeche Mode (oui, ça fait peur), la
chanteuse-interprète en fait des caisses, autant dans sa voix qu'elle fait
crier dans chaque morceau, que dans les arrangements dont la poésie
électro-acoustique a laissé place à la ringardise type 80's. Contrairement à
Végétal qui faisaient s'entrechoquer des instruments de natures différentes
(allant du Mac à la botte de foin), toutes les compositions ont ici été formées
à partir d'un squelette piano-voix, donnant un aspect très brut à l'ensemble,
voire sec et cinglant, où l'on va à l'essentiel.
The Big Machine est donc déroutant dès sa première
écoute, en particulier lorsque l'on connaît les premières œuvres de la miss.
Son premier album éponyme, sa splendide BO de La Marche de l'Empereur
et (dans une moindre mesure) Végétal prenaient des airs
d'intellectuelles et timides confessions nocturnes, des poèmes écrits à la
lueur d'une bougie vacillante et dictés avec réserve par une petite voix qui
aimait à créer un cocon musical vaporeux. Tout ça est ici écrasé, écrabouillé,
malaxé et éventré par un rouleau compresseur sans pitié. Le petit oisillon est
sorti de sa cage en pain d'épice, et s'est transformé en faucon mangeur
d'hommes. Ou gros ours poilu, vous choisissez la métaphore que vous voulez.
Erreurs et mauvais goût.
Il faut dire qu'on voyait le choc venir, lorsqu'était arrivé
Dreamland, premier single. Les beats kitsch un peu bizarres assortis
d'une voix qui se prend pour Kate Bush, tout nous rappelait que le petit coté
« je fais de la musique dans ma cave à Montpel pour me faire mon
trip » avait glissé vers un « je vais à New-York pour faire mon
disque, je mets quatre ans à le sortir et je me la joue Patti Smith parce que
je le vaux bien ». Et tout le disque va suivre cette voix toute tracée,
comme Nothing To Do With You, dont la mélodie au piano – tout en
contretemps et saccade - aurait pu être belle sans les envolées vocales d'une
Emilie qui est décidée à se lâcher.
Plus tôt, Rainbow a introduit l'album en posant les
bases d'emblée : synthé crissant suivi d'une rythmique basse-batterie toute en
pulsation, donnant un résultat loin d'être génial mais plutôt bon comparé au
reste, Emilie ne cherchant pas à crier. Les ruptures de tempo donnent un coté
imprévisible au morceau, et le piano analogique mêlé aux trompettes et aux
choeurs renvoient une imagerie SF vintage, qu'on va retrouver un peu plus tard
sur Chinatown et ses grosses pulsations. Un morceau (médiocre, encore
une fois trop Kate Bush-ien) évidemment dédié au quartier de New-York, dans
lequel l'interprète était installée et qui a servi d'inspiration à tout
l'album.
Ballad of the Big Machine est la seule vraie bonne
chanson du disque. Débutant par des bruits sourds accompagnant un piano léger,
le titre sera entièrement construit autour du piano, qui va ensuite imprégner
un rythme dansant à l'aide de quelques batteries. Un morceau léger, acidulé,
dans lequel les refrains en chœurs rappellent des fêtes foraines un brin
étranges. Pour le coup, la mélodie est réfléchie et est beaucoup moins
brouillon que le reste. Et le reste commence avec The Cycle, dont le
titre est révélateur : c'est redondant, répétitif, et les enchaînements de
boites à rythmes sont rapidement décourageants.
Vite écouté, vite oublié.
Plus tard, Emilie s'essaiera à de nouvelles
expérimentations, comme avec Rocket To The Moon qui se fait presque
jazzy. Claquements de doigts, saxophones, et instrumentation épurée malgré
quelques apparitions électroniques ça et là ; tout ça est rondement mené,
franchement étonnant mais réussi. Fools Like Us qui suit n'est pas mal
non plus, notamment grâce à ses couplets, où Emilie chante doucereusement
devant un parterre de voix fantomatiques et nappes de synthés. Le rythme se
fait très agréable, marqué par des clappements de mains à la manière de la très
pop Fleur De Saison du précédent album.
Oui, finalement, ce sont ces quelques chansons honorables
qui sauvent The Big Machine de la catastrophe ultra-nucléaire. Malgré
tout, les morceaux suivants comme The Way I See You nous rappellent à
quel point l'album est faible ; on a encore droit à des instrus électroniques
franchement cheaps et des mélodies absentes de toute âme. Que sont devenues
Il Pleut, Le Vieil Amant, Chanson de Toile,
Opium ? Elles ont été mangées par un tourbillon pop dévastateur. Un
changement qu'on avait déjà commencé à entrevoir sur certaines chansons de
Végétal, mais qui est ici plein et entier.
Alors, peut-être que certains aimeront, je ne sais pas. En
ce qui me concerne, la déception est réelle, car The Big Machine porte
malheureusement bien son nom. On a affaire à une grosse machine virevoltante,
crachotante, qui se contente plus de faire beaucoup de bruit que de transmettre
des émotions. Pourtant digne représentante d'une électro-acoustique poétique et
intellectuelle sans être élitiste, Emilie Simon a ici basculé vers une grosse
pop qui flirte parfois goulûment avec le mauvais goût. Alors bon, tant pis.
M'en vais réécouter la BO de la Marche de l'Empereur, tiens.

Commentaires
Je connais presque rien d'elle.
Le peu que je connaisse, je le tiens de toi : une itw dans un taxi, 2, 3 extraits sonores.
J'ai eu l'occasion d'écouter cet album, et je suis pas fan du tout non plus!
bon, en même temps, à l'inverse de toi, mon canard, je ne tombe pas en pâmoison devant tout ce que ce joli minois peut donner en pâture à nos oreilles, mais étant néanmoins curieux de nature, je m'intéresse, j'observe et j'écoute... mais celui-là a été vite effacé.
En parlant de machine : as-tu entendu parler de Florence and the Machine? J'aime plutôt bien le single, j'essaierais bien de me trouver l'album...
Oui Florence & the Machine ça a l'air bien effectivement, en tout cas ça cartonne en grande-bretagne, après je n'ai pas écouté suffisamment pour savoir si c'est réellement bon ou seulement un énième buzz par les anglais
Il doit
sans doute être sur Deezer, je vais voir ça tiens !