Humbug, des Arctic Monkeys
Par Anansi le dimanche 20 septembre 2009, 11:56 - Le canard et la musique - Lien permanent

Après Whatever People Think I Am, That's What I'm Not et Favourite Worst Nightmare, voici Humbug, dernier album des Sheffieldoissien de Arctic Monkeys. Des titres de plus en plus courts, pour une qualité générale qui va décroissante elle aussi. Alors que le groupe nous avait habitués à du pop-rock jouissif sautillant, Humbug se fait beaucoup plus noir et atmosphérique. Le résultat ne convainc pas vraiment, même si la volonté de changer de cap (au risque de faire hurler les fans) est louable et augure du bon pour l'avenir du quatuor.

Grandeur et décadence.
Il y a quelques semaines, la nouvelle a fait l'effet d'une
bombe dans le paysage musical mondial. Une révolution, d'une ampleur sans
précédent, un choc pour l'âme et l'esprit, plus peut-être que la mort de Philip
des 2B3. Le NME n'a mis qu'un 7/10 à Humbug, le dernier album des
Arctic Monkeys. L'hebdo musical anglais est pourtant connu pour être des
fanboys aveugles du groupe, au-delà de toutes considérations, depuis le 10/10
accordé à leur premier album et 9/10 au deuxième. Alors là, 7/10, rendez-vous
compte, c'est l'hallali. Pourtant, on l'attendait, cet album, les quatre gamins
de Sheffield ayant décidé de se faire produire par Josh Homme, des Queens of
the Stone Age.
Mais, à l'écoute de ce Humbug, on se doit de se
ranger du coté du NME. On est loin, très loin, de la qualité des deux premiers
albums. Cela vient-il du déracinement du quatuor vers les Etats-Unis ? De
l'état d'esprit des membres, qui ont voulu faire mûrir leur musique et ont
perdu leur insouciance ? De leurs coupes de cheveux toujours plus longues ? Du
fait que Josh Homme est roux ? Beaucoup de questions, d'éléments qui ont tous
leur rôle dans l'affaire. Mais, attention : Humbug n'est pas mauvais.
Oh non. C'est simplement un album moyen, là où Whatever People Think I Am,
That's What I'm Not était fantastique par sa force brute et sa volonté de
proposer du pop-rock au rythme ultra-cadencé.
Ce troisième album est ainsi beaucoup plus posé, laissant la
part belle au sacro-saint duo basse-batterie. Il propose une musique plus
atmosphérique, en calmant les choses. Les mélodies paraissent plus réfléchies,
et c'est finalement ce qui cloche ; on a l'impression que le groupe s'est
laissé bercé. Et même si certains morceaux jouent à merveille avec ce monde
plus brumeux, tout est trop doux, à l'image d'Alex Turner qui a troqué sa voix
coléreuse et ses couplets percutants pour un timbre beaucoup plus bas et
doucereux. Il semblerait donc qu'en grandissant, ceux qui n'étaient que des
adolescents à leur premier album soient devenus plus sages. Et c'est
dommage.
Syndrome du rocking-chair.
On ressent ce « malaise » dès la première chanson.
Alors que les Singes de l'Arctique avaient pour habitude de tout faire exploser
dès le départ histoire de faire comprendre à qui on avait affaire, My
Propeller se fait bien trop mollassonne pour inspirer quoi que ce soit.
Outre les références sexuelles du sieur Turner encore tout hormonalement
chamboulé (« mon hélice ne tourne pas et je n'arrive pas à la faire
démarrer, quand arrives-tu ? »...), la chanson peine à s'élever malgré la
batterie d'un Matt Helders toujours aussi balèze et des guitares western du
plus bel effet qui donne un air Morriconien au morceau.
Crying Lightning suit le même créneau, mais en
mieux. Entièrement construit du combo basse-batterie (je vous ai prévenu)
auquel viennent se greffer des guitares lors des climax, le morceau est
franchement intéressant pour l'ambiance presque surréaliste qu'il distille
grâce à sa mélodie. On ressent ici l'influence directe de l'expérience Last
Shadow Puppets de Turner, avec une mise en avant évidente de la mélodie.
Ce sera également le cas pour Secret Door un peu plus loin, avec son
rythme sautillant et sa fin très lyrique, où Turner se fait langoureux,
glissant sur un lit de délicates guitares électriques.
Par opposition, Potion Approaching est beaucoup
plus rude. C'est ici le coté plus heavy de l'album, où la production
de Josh Homme est plus présente que jamais. Ouvrant sur des guitares
électriques mordantes, le titre joue sur un rythme très saccadé, presque
métronomique. Le résultat n'est pas franchement concluant, notamment à cause de
chœurs pas très beaux, même si la volonté de proposer une expérience plus
bluesy que leur musique traditionnelle est tout à leur honneur. C'est en fait
un reproche général qu'on peut faire à l'album : le changement artistique est
évident, mais il n'est pas franchement réussi.
Agréable, pas plus.
Humbug se place donc avant tout comme un album de
transition, entre le passé des Arctic Monkeys et leur futur. Les ados ont
grandi, et ils veulent être les garants d'une musique différente, d'un rock
plus profond que celui qu'ils produisaient jusqu'alors. Quand on écoute
Fire and the Thud, sa voix fantomatique et ses cymbales souffreteuse,
on est bien loin de I Bet You Look Good On The Dancefloor, c'est
clair. Mais ça n'en est pas mauvais pour autant. Alors, même si Humbug
ne réussit pas toujours ce qu'il entreprend, il augure quelque chose de bon.
Parce qu'il est le signe que les Arctic Monkeys peuvent durer dans le
temps.
Pour preuve, l'album contient plusieurs petites perles,
telles que Pretty Visitors qui est sans doute mon morceau favori du
groupe. Là, pour le coup, on retrouve le groupe tel qu'il était lorsqu'il avait
éclaté à la face du monde fin 2005. Alex Turner y est surexcité, chantant des
couplets effrénés devant des guitares déchaînées et une batterie à la limite de
l'explosion... Mais, puisque nous sommes en face des Arctic nouvelle version,
un orgue vient se mêler à la fête, offrant des moments de rupture de toute
beauté et une intro simplement fantastique.
Je devrais également citer Cornerstone, ballade
simple et belle, où Turner montre tout son talent de songwriter, qu'on
lui connait depuis ses débuts. Oui, Humbug contient bien plusieurs
moments de pure classe, qui viennent nous permettre de souffler entre deux
morceaux beaucoup plus noirs (Dangerous Animals et ses répétitions
étouffantes, très vite chiantes), Alors, mauvais ou pas, cet Humbug ?
Ce qui est sûr, c'est qu'il s'écoute différemment des deux précédents albums du
groupe ; il prend le temps de se poser, et est moins dans la consommation
immédiate. Néanmoins, c'est justement ce coté immédiat qui faisaient des Arctic
un groupe jouissif, qu'on écoutait en quasi-état de transe... Les gamins ont
grandi, et se mettent à penser. Le temps dira s'ils ont eu raison.
Quelques extraits de l'album
Arctic Monkeys -
Pretty Visitors
Arctic Monkeys -
Crying Lightning

Commentaires
Ben le problème, c'est qu'on a l'impression que Homme est trop présent dans le son de cet album. Et comme son univers est assez éloigné de celui des AM, ben on a du mal à franchir le ravin qui les sépare! Et comme j'aime pas les QOTSA, ben voilà, je serais même moins indulgent que NME, pour le coup!
C'est vrai que la musique de Homme est carrément éloignée de celle des Monkeys, mais c'est justement ça qui peut amener quelque chose de frais, parfois. Pas ici, manque de bol !
Par contre, en parlant de Homme, t'as entendu parler de Them Crooked Vultures ? Un groupe très mystérieux qu'il a formé avec Dave Grohl à la batterie et John Paul Jones à la basse... L'album devrait pas trop tarder à arriver, et je l'attends à mort.
J'ai entendu parler, et il paraît que ça ressemble beaucoup, beaucoup, beaucoup², beaucoup³ à du Led Zep.
Alors comme je me méfie du Canada Dry, je reste prudent...:)
moi j'adore humbug et c'est pour moi le meilleur album des arctic monkeys.. mais c'est vrai que j'adore tout ce que fait josh homme aussi..