Grandeur et décadence.
    Il y a quelques semaines, la nouvelle a fait l'effet d'une bombe dans le paysage musical mondial. Une révolution, d'une ampleur sans précédent, un choc pour l'âme et l'esprit, plus peut-être que la mort de Philip des 2B3. Le NME n'a mis qu'un 7/10 à Humbug, le dernier album des Arctic Monkeys. L'hebdo musical anglais est pourtant connu pour être des fanboys aveugles du groupe, au-delà de toutes considérations, depuis le 10/10 accordé à leur premier album et 9/10 au deuxième. Alors là, 7/10, rendez-vous compte, c'est l'hallali. Pourtant, on l'attendait, cet album, les quatre gamins de Sheffield ayant décidé de se faire produire par Josh Homme, des Queens of the Stone Age.
    Mais, à l'écoute de ce Humbug, on se doit de se ranger du coté du NME. On est loin, très loin, de la qualité des deux premiers albums. Cela vient-il du déracinement du quatuor vers les Etats-Unis ? De l'état d'esprit des membres, qui ont voulu faire mûrir leur musique et ont perdu leur insouciance ? De leurs coupes de cheveux toujours plus longues ? Du fait que Josh Homme est roux ? Beaucoup de questions, d'éléments qui ont tous leur rôle dans l'affaire. Mais, attention : Humbug n'est pas mauvais. Oh non. C'est simplement un album moyen, là où Whatever People Think I Am, That's What I'm Not était fantastique par sa force brute et sa volonté de proposer du pop-rock au rythme ultra-cadencé.
    Ce troisième album est ainsi beaucoup plus posé, laissant la part belle au sacro-saint duo basse-batterie. Il propose une musique plus atmosphérique, en calmant les choses. Les mélodies paraissent plus réfléchies, et c'est finalement ce qui cloche ; on a l'impression que le groupe s'est laissé bercé. Et même si certains morceaux jouent à merveille avec ce monde plus brumeux, tout est trop doux, à l'image d'Alex Turner qui a troqué sa voix coléreuse et ses couplets percutants pour un timbre beaucoup plus bas et doucereux. Il semblerait donc qu'en grandissant, ceux qui n'étaient que des adolescents à leur premier album soient devenus plus sages. Et c'est dommage.

Syndrome du rocking-chair.
    On ressent ce « malaise » dès la première chanson. Alors que les Singes de l'Arctique avaient pour habitude de tout faire exploser dès le départ histoire de faire comprendre à qui on avait affaire, My Propeller se fait bien trop mollassonne pour inspirer quoi que ce soit. Outre les références sexuelles du sieur Turner encore tout hormonalement chamboulé (« mon hélice ne tourne pas et je n'arrive pas à la faire démarrer, quand arrives-tu ? »...), la chanson peine à s'élever malgré la batterie d'un Matt Helders toujours aussi balèze et des guitares western du plus bel effet qui donne un air Morriconien au morceau.
    Crying Lightning suit le même créneau, mais en mieux. Entièrement construit du combo basse-batterie (je vous ai prévenu) auquel viennent se greffer des guitares lors des climax, le morceau est franchement intéressant pour l'ambiance presque surréaliste qu'il distille grâce à sa mélodie. On ressent ici l'influence directe de l'expérience Last Shadow Puppets de Turner, avec une mise en avant évidente de la mélodie. Ce sera également le cas pour Secret Door un peu plus loin, avec son rythme sautillant et sa fin très lyrique, où Turner se fait langoureux, glissant sur un lit de délicates guitares électriques.
    Par opposition, Potion Approaching est beaucoup plus rude. C'est ici le coté plus heavy de l'album, où la production de Josh Homme est plus présente que jamais. Ouvrant sur des guitares électriques mordantes, le titre joue sur un rythme très saccadé, presque métronomique. Le résultat n'est pas franchement concluant, notamment à cause de chœurs pas très beaux, même si la volonté de proposer une expérience plus bluesy que leur musique traditionnelle est tout à leur honneur. C'est en fait un reproche général qu'on peut faire à l'album : le changement artistique est évident, mais il n'est pas franchement réussi.

Agréable, pas plus.
    Humbug se place donc avant tout comme un album de transition, entre le passé des Arctic Monkeys et leur futur. Les ados ont grandi, et ils veulent être les garants d'une musique différente, d'un rock plus profond que celui qu'ils produisaient jusqu'alors. Quand on écoute Fire and the Thud, sa voix fantomatique et ses cymbales souffreteuse, on est bien loin de I Bet You Look Good On The Dancefloor, c'est clair. Mais ça n'en est pas mauvais pour autant. Alors, même si Humbug ne réussit pas toujours ce qu'il entreprend, il augure quelque chose de bon. Parce qu'il est le signe que les Arctic Monkeys peuvent durer dans le temps.
    Pour preuve, l'album contient plusieurs petites perles, telles que Pretty Visitors qui est sans doute mon morceau favori du groupe. Là, pour le coup, on retrouve le groupe tel qu'il était lorsqu'il avait éclaté à la face du monde fin 2005. Alex Turner y est surexcité, chantant des couplets effrénés devant des guitares déchaînées et une batterie à la limite de l'explosion... Mais, puisque nous sommes en face des Arctic nouvelle version, un orgue vient se mêler à la fête, offrant des moments de rupture de toute beauté et une intro simplement fantastique.
    Je devrais également citer Cornerstone, ballade simple et belle, où Turner montre tout son talent de songwriter, qu'on lui connait depuis ses débuts. Oui, Humbug contient bien plusieurs moments de pure classe, qui viennent nous permettre de souffler entre deux morceaux beaucoup plus noirs (Dangerous Animals et ses répétitions étouffantes, très vite chiantes), Alors, mauvais ou pas, cet Humbug ? Ce qui est sûr, c'est qu'il s'écoute différemment des deux précédents albums du groupe ; il prend le temps de se poser, et est moins dans la consommation immédiate. Néanmoins, c'est justement ce coté immédiat qui faisaient des Arctic un groupe jouissif, qu'on écoutait en quasi-état de transe... Les gamins ont grandi, et se mettent à penser. Le temps dira s'ils ont eu raison.

    Quelques extraits de l'album



Arctic Monkeys - Pretty Visitors


Arctic Monkeys - Crying Lightning