Inglourious Basterds, de Quentin Tarantino
Par Anansi le samedi 29 août 2009, 13:07 - Pellicule aviaire - Lien permanent

D'un coté, les Basterds, groupe d'américains infiltrés en France nazie pour scalper du boche. De l'autre, Shosanna Dreyfus, française juive dont la famille a été décimée et qui prépare sa vengeance. Au centre, les Allemands. Longs dialogues posés, scènes de gunfights couillues, personnages délirants et ultra-charismatiques, hommages appuyés à différents pans du cinéma... Pas de doute, on est bien chez Quentin Tarantino. Mais du bon Tarantino. Du formidable, même. Inglourious Basterds est une oeuvre pleine et entière aux qualités innombrables, par un auteur tellement passionné qu'il en est passionnant.

Un projet de longue date.
Cela faisait une dizaine d’années que l’idée
d’Inglourious Basterds trottait dans la tête de Quentin Tarantino. Et,
même s’il croule sous des tonnes de projets de différentes natures, l’homme
n’est pas du genre à abandonner. Parce qu'il est avant tout un réalisateur
passionné, qui avance par coup de cœur, quitte à décevoir. Il suit sa voie,
sans se préoccuper de ce que le public lui demande, avec toujours la même
ferveur qu’il avait lorsqu’il dirigeait un video store. Ses manies, ses
habitudes, peuvent énerver le plus grand nombre (on y reviendra), mais lui s’en
tape. Il fait ce qu’il aime faire.
Inglourious Basterds s’inscrivait d’emblée comme un
projet atypique dans la filmo de Tarantino, qui n’avait jamais encore fait de
film de guerre. On s’attendait alors à un film plus sérieux que ses précédents
métrages, le contexte de la seconde guerre mondiale ne se prêtant pas
franchement aux délires pop à la Kill Bill ou Death Proof. Et
bien, on s’est bien planté. Oui, nous sommes bien dans la seconde guerre
mondiale, pas de doute. Mais c’est Tarantino qui invite, et ça, ça change tout.
Dialogues cisaillés au millimètre, personnages charismatiques et franchement
délirants, scènes de violence ultra-marquantes… Welcome home.
Encore une fois chez le réalisateur, son dernier film ne fera
pas l’unanimité, comme on a déjà pu le voir au Festival de Cannes, où
Inglourious Basterds était présenté en grande pompe. Certains
parlaient de génie, d’autres à la déception d’un auteur qui tournait en rond,
et le reste mangeait du caviar sur la terrasse du Martinez. Tout le monde se
fait sa propre idée, se construit sa propre opinion, parce qu’il ne faut pas
compter sur Tarantino pour faire des compromis. La mienne, d’opinion, est
claire : Inglourious Basterds est criant d’excellence, tant il est
maîtrisé de bout en bout.
Moins américain qu'européen.
Le film, contrairement à ce que peut faire croire son titre,
n’est pas uniquement centré sur les Basterds, cette troupe d’américain dirigée
par Brad Pitt (hilarant, notamment grâce à son accent) et lâchée en pleine
France occupée pour trucider du nazi. Ils en sont des héros, certes, mais ce ne
sont pas les seuls. Un personnage particulièrement mis en avant est celui de
Shosanna Dreyfus, une française d’origine juive jouée par l’excellente Mélanie
Laurent. Alors que toute sa famille est massacrée dans la superbe scène
d’ouverture du film, on la retrouve plus tard directrice d’un cinéma et liée
malgré elle à un héros nazi.
Diane Kruger joue elle le rôle de Bridget Von Hammersmark,
actrice allemande adorée de tous les nazis mais jouant un double rôle
puisqu’elle va s’allier aux Basterds pour mener à bien un complot d’envergure.
Le film est donc avant tout cosmopolite, car tous ses personnages, d’origines
différentes, s’expriment dans leur langue : américaine, française, ou
allemande. Le point central de tout cela étant le colonel SS Hanz Landa,
surnommé le "chasseur de juif". Un homme polyglotte, tellement génial qu’il en
est presque fou, joué avec une perfection inouïe par un Christoph Waltz qui n’a
pas volé sa Palme d’interprétation.
Oui, finalement c’est ce colonel nazi qui est le véritable
personnage central du film, et nous rappelle que personne ne peut dresser le
portrait de méchants aussi charismatiques que ceux de Tarantino. Par son phrasé
élégant, sa violence retenue qui peut exploser à tout moment, son cynisme qui
exsude littéralement de tous les pores de sa peau, Hanz Landa et son interprète
font briller la pellicule à chaque fois qu’ils sont à l’écran. Ses scènes de
dialogues sont magistrales, à l’image de celle qu’il entretient avec Shosanna
au restaurant autour d’une crème glacée, laquelle Shosanna voyant en face
d’elle le bourreau de toute sa famille.
Coup de coeur (en pleine
poire).
Cette française juive, jouée par une Mélanie Laurent qui
nous rend fier d’être français, est un personnage puissant du film, puisqu’elle
cristallise beaucoup de thèmes chers à l’auteur : la femme forte filmée avec
une candide sensualité (la voir dans sa robe rouge nous ramène directement à
ces grandes dames du cinéma comme Audrey Hepburn), rongée par la haine, qui va
la jouer profil bas devant l’ennemi tout en mettant méticuleusement au point sa
vengeance. Il parait que c’est un plat qui se mange froid. Tout cela pour
arriver à un climax d’anthologie, une scène d’une force et d’une beauté hors du
commun. En fait, tout le film est parsemé de scènes fantastiques, à l'image de
celle du bar, qui nous ramène directement à la grande époque de Reservoir
Dogs. De plus, par son métier, Shosanna est l’excuse de Tarantino pour
faire ce qu’il adore le plus : parler de cinéma, tout simplement.
Parce qu’au-delà de son contexte cruel, ses personnages
hilarant, ou ses dialogues passionnants, Inglourious Basterds est
avant tout une lettre d’amour au beau cinéma, celui des années 30, européen.
Une déclaration énamourée au cinéma dans son ensemble, en fait. Pas celui des
paillettes et des loges de luxe avec petits fours et peignoirs en cachemire,
mais celui des pellicules au nitrate et des caméras grand objectif. La passion
du réalisateur transparaît véritablement dans son œuvre, et c’est aussi cela
qui la rend si forte, l'ensemble étant sublimé par une magnifique mise en
scène. On ne sait pas toujours où le réalisateur veut nous emmener, mais il le
fait avec un tel sourire que l’on ne peut s’empêcher de le suivre.
Alors, oui, Inglourious Basterds n’est pas parfait,
et les dialogues prennent parfois une telle place que certains thèmes ne sont
traités qu’en superficialité. Là où on s’attendait à ce que Tarantino soit plus
sérieux, le réalisateur traite en fait de la seconde guerre mondiale avec
l’humour qu’on lui connaît, en ne voulant pas aller vers la noirceur. Certains
lui reproche cela. Mais en fin de compte, Inglourious Basterds est
l’un des films les plus maîtrisés de Tarantino, parce qu’il conjugue à
merveille tout ce que le metteur en scène sait faire, tout en possédant cette
passion qui me fait adorer cet homme. Avec Tarantino, il n’y a pas de films
d’auteur, ou de films à grand spectacle. Il n’y a que le cinéma. Tchi tcha.


Commentaires
C'est extraordinaire, c'est grandiose, c'est Tarantino. Je suis ultra partial et je m'assume.
Tu n'as pas parlé de la bande son sinon, énorme comme d'hab', je l'écoute en boucle depuis une semaine..
Et une note au cas où : il faut à tout prix le voir en VO, pour ne pas perdre le charme des changements de langue constants.
Je me demandais quand tu allais te décider à en parler, de ce film!!
L'accueil a peut-être pas été terrible à Cannes (j'ai pas suivi...), mais les critiques ont l'air unanimes depuis la sortie! Les inrocks, Télérama et tout le toutim! Zou, ça crie au génie (sans jeter de froid). Mais ça, ça me fait peur...ça me pousse à me demander si QT s'est pas embourgeoisé au point de plaire à ces raclures de scribouillards sur torchons en papier glacé.
Tu es là pour me rassurer, et heureusement que tu es là!
De tout façon, il était prévu que j'aille voir ce film depuis que j'ai entraperçu un teaser de la taille d'un timbre poste sur un vieux PC essoufflé doté d'une connexion ADSL, certes, mais asthmatique quand même!
Malheureusement, je ne pourrais pas le voir en VO...vivement le DVD, donc.
Je reviendrai dès que je serai sorti de la séance.
Anak -> C'est clair que la bande son est énorme, en particulier la musique du générique de fin d'ailleurs, franchement fantastique.
Jettelot -> Je te l'accorde, moi aussi ça m'a fait flipper quand j'ai vu que les Inrocks avaient adoré ! Mais, je ne pense pas que Tarantino cherche à plaire à tous ces journalistes à la con (il n'était même pas à la projection de son film à Cannes, alors qu'il était allé voir tous les films possibles). Tu diras ce que tu en as pensé !
Concernant la VO, j'ai vu les deux, et la VF est de très bonne qualité. Notamment car certains acteurs (Christoph Waltz, Diane Kruger) qui parlent tous deux français se sont doublés eux mêmes. Mais on perd Brad Pitt et son formidable accent. Et ça... Q.Q
"Nous sommes en France, et en France, on respecte les réalisateurs"
Joli clin d'œil.
Malgré tout, je lui trouverais 2, 3 défauts.
Certaines scènes de palabres sont trop longues! (je pense à celle dans la cave avec l'officier anglais, notamment). Ok, c'est sa spécialité, mais trop, c'est trop...
Certains acteurs sont pas à la hauteur, je trouve (est-ce dû au doublage??)
Bon, à part tout ça, on ne peut qu'applaudir avec tout ce qui peut applaudir devant le talent des deux têtes d'affiche!
Avec son physique à la Tim Roth et son style très gentleman, C. Waltz a tellement la capacité de faire monter la tension dans ces scènes, dont je ne faisais pas l'éloge au début, qu'on se demande vraiment pourquoi C'est seulement la première fois qu'il bosse avec Q.T.!
Bref, j'ai beaucoup aimé, mais pas autant que ses 2 premiers, qui restent à ce jour et à mon avis les meilleurs.
Concernant les acteurs, c'est vrai que, si les rôles principaux sont impeccables, certains ne sont pas franchement au niveau. Mention spéciale à ce génial Marcel, au jeu à peu près aussi puissant que les acteurs de Plus Belle La Vie ! (j'en viens même à me demander si c'était pas voulu.)
Et je me joins évidemment aux éloges sur Waltz, fantastique. Pour une fois, QT n'a pas réhabilité une star has-been (Travolta, Carradine, tout ça), mais a découvert une perle. Et bordel, on peut le remercier.
Ben c'est pas de la réhabilitation, ce serait plutôt de la résurrection...
Je ne sais pas si tu as jeté un coup d'oeil sur la filmo du garçon : Le renard, Tatort, Derrick et consorts! Tout de même! Rien qu'avoir choppé le Prix d'interprétation à Cannes avec ce passif est une gageure!