Fringe, saison 1, de J.J. Abrams
Par Anansi le lundi 17 août 2009, 14:32 - Le coin-coin des séries - Lien permanent

A l'heure où la première saison de Fringe vient de se terminer sur TFn'un, il est temps de dresser le portrait de la nouvelle série du père J.J Abrams. Entre deux pastagas, le bonhomme nous a permis de passer l'été avec des phénomènes paranormaux, des entreprises mystérieuses, des chauves et des barbus... Et il faut dire que l'expérience a été plutôt concluante : si Fringe n'est pas révolutionnaire, elle est pleine de qualités bien juteuses.

Amour et haine.
Je hais J.J Abrams. Je vous jure, ce type me sort par les
yeux, par son arrogance, sa façon de tirer la couverture à lui, pour qu'on ne
voie que lui. Et pourtant, ce salopiaud arrive à faire des séries pas trop
nases. Alias était excellente à ses débuts et a ensuite vu sa qualité
diminuer mais n'est clairement pas ridicule, Lost a marqué les esprits
pour sa première saison (avant que les scénaristes n'emmènent du LSD lors des
brainstorming)... Des œuvres perfectibles, donc, mais regardables. On passera
sur ses films par contre, histoire de ne pas trop entacher sa dignité
(Mission Impossible 3, ah ah ah).
En fait, le principal défaut de ses séries est de forcer le
fan-service, en glissant des milliards de détails sans intérêt (sauf pour le
geek qui passe la scène image par image) dans tous les épisodes, et de trop
forcer le mystère, soit-disant pour garder le suspens mais qui emmène plus de
frustration qu'autre chose. Fringe, la nouvelle série du bonhomme, est
donc attendue au tournant. Parce qu'il s'agit de ne pas réitérer les mêmes
erreurs, sinon c'est pan pan cul-cul. Mais, à la fin de la première saison, on
peut constater qu'Abrams et son équipe ont rendu une bonne copie : elle ne va
pas révolutionner le monde, mais Fringe fait du bon travail, avec
beaucoup de qualités.
Présentée comme un mix entre X-Files, La
Quatrième Dimension et « vous savez, toutes ses séries bizarres avec
des trucs paranormaux et des aliens dedans », Fringe suit les
aventures de l'agent du FBI Olivia Dunham, chargée d'enquêter sur plusieurs
évènements inexplicables, apparemment liés à plusieurs sciences marginales (la
fameuse fringe science) : combustion spontanée, maladies rares,
pouvoirs psychiques, téléportation... La série se déroule donc comme une série
policière lambda (chaque épisode suit une enquête précise) mais avec ce qu'il
faut de science-fiction et de conspiration pour la rendre intéressante.
Un casting aux oignons.
Pour enquêter, Dunham est aidée par Walter Bishop, un savant
fou très lié à tout ces évènements, ainsi que par son fils Peter Bishop,
touche-à-tout débrouillard et caution plus ou moins comique de la série. En
tout cas, le casting est a saluer pour sa qualité, avec une ENORME mention
spéciale a John Noble, qui a quitté son costume de Denethor du Seigneur des
Anneaux pour interpréter un Walter Bishop d'une retenue et d'un charisme
qu'on voit rarement dans des séries télé. Anna Torv, qui joue l'héroïne, s'en
sort elle aussi très bien même si son personnage lui-même est plutôt fade (mais
ses yeux verts et son léger mais divin accent russe rattrape le tout).
La construction de la série joue dans le simple, mais
efficace : chaque épisode donne lieu à une enquête différente, toutes étant
liées entre elles par le biais du « pattern ». De ce fait, tout le
monde est servi : celui qui prend le train en marche peut s'intéresser à
l'enquête de l'épisode en cours, tandis que le fan repèrera tous les liens se
mettant en place, jusqu'à la fin de la saison qui aura évidemment pour but de
tout mettre en relation. L'intrigue générale de Fringe fait intervenir
la multinationale Massive Dynamics, entreprise de pointe dans la recherche
biomédicale, dont le rôle est d'abord flou (méchants ? Gentils ?) mais qu'on
comprendra après un certain temps.
Il faut d'ailleurs préciser que, si Abrams et sa nouvelle
équipe jouent encore sur le mystère et les questionnements, Fringe est
beaucoup plus « simple » et moins prise de tête que Lost.
Moins de fils conducteurs qui partent dans tous les sens, moins de
n'importe-quoi scénaristiques pour faire monter le buzz... En d'autre termes,
l'arc narratif n'est pas seulement accessible à ceux qui ont vu trois fois
chaque épisode. L'intrigue est simplement plus maitrisée, même si on n'évite
pas les incohérences et les facilités malvenues (je me demande si Abrams va
nous faire le coup de la suite de Fibonacci dans chacune des ses séries).
En bref, classique mais
efficace.
Dans le même genre, le scénario n'est pas un monument
d'originalité, et emprunte même la plupart des canons des séries de SF :
manipulations, conspirations, phénomènes paranormaux, personnages silencieux
énigmatiques (The Observer, personnage chauve et le visage fier de celui qui
tient à vous montrer que, de toutes les manières, il en sait beaucoup plus que
vous)... Rien de bien révolutionnaire, mais c'est bien mené, et ça a le mérite
de redorer le blason d'un genre qui se perd de nos jours. Un peu
d'X-Files, un zest du Caméléon, un chouïa de Lost,
les obsessions de Abrams (femme forte, multinationale dangereuse, sciences
étranges, etc.) en catalyseur, et c'est parti.
Le ton lui-même de la série est très froid, avec une ambiance
sombre et mystérieuse plutôt bien distillée. Les réalisateurs n'hésitent pas à
filmer des scènes morbides et dégoulinantes, à commencer par le Pilote et son
crash d'avion. Ce qui a d'ailleurs valu à la série d'être censurée pour son
passage sur TF1, ce qui en dit long sur la supposée exception culturelle
française. Bon, même aux USA on reste sur Fox quand même donc faut pas trop
déconner, mais c'est tout à l'honneur de Fringe de vouloir mettre en
place une ambiance froide et parfois inquiétante, presque
monochromatique.
Cette première saison de Fringe remplit donc
parfaitement son rôle, avec une intrigue rapide mais gardant suffisamment de
mystère pour nous intéresser à la suite. Bon, si Abrams est fidèle à lui-même,
la qualité va sérieusement commencer à décliner à partir de la saison 2 (à la
rentrée sur Fox), mais cette première partie a été agréable. C'est efficace,
propre, plein de bonnes intentions. Plein d'erreurs (il faut juste savoir être
indulgent avec les « expériences scientifiques » se voulant
réalistes) et de défauts aussi, ça n'a pas autant d'impact qu'on aurait pu
croire, mais ça trouve plutôt bien sa place dans le paysage surchargé des
séries télé. A voir avec le temps maintenant, pour savoir si ce nouvel essai du
père J.J. Abrams se révèle concluant.

Commentaires
Plutôt d'accord sur l'ensemble de la critique, mais pour moi Fringe commence beaucoup moins fort que Lost par exemple (pas vu Alias), semble beaucoup plus maîtrisée, et je pense qu'elle va plus exploiter son potentiel lors de la saison 2. Mais je vais avouer que pour cette saison 1, la présence d'un certain acteur inquiétant à souhait (je ne sais pas si c'est plus ou moins spoiler) a été un atout de taille, donc il faudra trouver d'autres seconds rôles charismatiques, qui sont quand même importants pour Fringe, à mon avis.
Par contre, Fringe ne connaîtra à mon avis jamais les fulgurances de Lost (certes, plus dues à Carlton et Lindelof qu'à Abrams), ça reste un produit assez calibré, une série SF dont on attend qu'elle nous surprenne un peu, effraie un peu, et soit bien construite. Et même si je reconnais qu'elle est bien filmée, c'est tout de même un procedural assez classique dans sa construction, avec ses limites. Voilà ce qui arrive quand on n'emmène pas de LSD dans la salle de brainstorming
C'est vrai que Fringe est moins fulgurante que Lost dans ses débuts, et si ça peut permettre de mieux tenir dans la longueur, c'est pas un mal. Et puis je suis aussi d'accord sur le fait que c'est avant tout une série calibrée et classique, dont on n'attend pas qu'elle nous surprenne tant que ça. On n'est pas dans l'ambitieux, donc, mais dans un produit qui répond aux attentes d'un public pas trop contraignant, et qui fait ça plutôt bien