Le All-Star Game du rock'n'roll.
    Sur le papier, The Dead Weather résonne un peu comme le projet ultime. Jugez plutôt : Alison Mosshart des Kills au chant, Jack White des White Stripes à la batterie (son premier instrument), Dean Fertita des Queens of the Stone Age à la guitare, et Jack Lawrence des Raconteurs (autre groupe de Jack White) à la basse. Difficile de faire plus excitant. D'autant que cette réunion s'est faite avant tout par plaisir, sur l'idée commune de Mosshart et White après que les Kills aient participé à toute la tournée américaine des Raconteurs. Comme d'habitude avec Jacques Blanc, tout se fait très vite, et à peine quatre mois après l'annonce, voilà Horehound, premier album des Dead Weather.
   A la première écoute, Horehound sonne exactement comme on s'y attendait (comme on l'espérait, d'ailleurs) : brut et instinctif, rageur et sexy, qui emprunte autant au blues de Blind Lemon Jefferson, qu'à la folk de Bob Dylan et au rock de Led Zeppelin. Un disque plein de batteries pétaradantes, guitares westerns, pianos tendance "saloon", où tout est beaucoup plus viscéral qu'intellectuel. Plusieurs chansons viendront calmer le jeu, évidemment. Mais des titres comme Treat Me Like Your Mother ou New Pony montrent qu'on travaille ici avec le bide, pas la tête, et que tout se passe dans un débit franchement frénétique.
   Lorsque l'on écoute Horehound, donc, on est conquis. Pourtant, après plusieurs écoutes, les défauts commencent à pointer le bout de leur petit nez pointu : des répétitions pas toujours bienvenues, un manque flagrant de mélodies et, surtout, cette absence d'ambition dans la construction des morceaux qui fait que, aussitôt écouté et apprécié, l'album est oublié. On n'a rien à quoi nous raccrocher, aucune chanson n'est véritablement exceptionnelle, ce qui fait de Horehound un album agréable à écouter dans la voiture (pour la force de ses arrangements et la puissance de ses instruments) mais qui manque terriblement de corps.

Bien, mais pas bien, en fait.
    Le disque s'ouvre sur 60 Feet Tall, qui constitue d'emblée un bon résumé du reste. Partant tout en douceur, le morceau offre un léger riff de guitare à l'allure blues-rock sur lequel Mosshart peut se pavaner (et elle fait divinement bien), avec sa voix éraillée si reconnaissable. La batterie de White s'invitera ensuite à la fête jusqu'à ce que, dans une rupture totale de rythme, les instruments s'emballent pour tout faire exploser, Led Zep-style. Une volonté de deconstruction qu'on retrouve sur le premier single, Hang You From The Heavens, entièrement forgé sur le sacro-saint duo guitare-batterie. Pas vraiment frénétique, le morceau marque surtout sur son ambiance moite et souffreteuse, à laquelle Alison Mosshart apporte une touche de sexy pervers.
   Néanmoins, on retrouve avec Hang You From The Heavens les défauts dont je vous parlais plus tôt : trop poussif et ne s'envolant vraiment jamais, le morceau ne reste pas dans les esprits. On retrouve également cela avec Treat Me Like Your Mother, assez similaire, un peu plus tard. Un titre jouant encore sur les ruptures, mais possédant tout de même un synthé bienfaiteur, nous ramenant à l'excellent album Get Behind Me Satan des Stripes. A noter également un passage central très fort, où les cris de Mosshart s'enchaînent avec un solo de guitare jouissif quoique très court (à peine quelques secondes).
   Au milieu de toutes ces déflagrations métalliques qui font péter la baraque, les morceaux plus contemplatifs de l'album paraissent encore plus marquants, comme par exemple l'un des pivots de Horehound, Far From Your Weapon. Avec la voix doucereuse de Mosshart, la guitare country qui se fait planante et les chœurs, le titre ne ferait pas tâche dans un film de Sergio Leone, au milieu des thèmes d'Ennio Morricone. Un peu plus loin, Rocking Horse – chantée par Mosshart et White - est elle aussi directement influencée par les westerns. On est ici dans un titre tout en rythme, où la basse est très présente mais n'hésitera pas à faire venir la guitare pour tout faire péter.

Un album fait pour être joué sur scène.
    L'une des merveilles de l'album est aussi sans conteste Will There Be Enough Water?, clôturant le disque. Un peu à la manière du fantastique Carolina Drama sur le dernier album des Raconteurs, le titre est d'une beauté sans pareille, où le calme et la sensation de plénitude tranche avec la rage destructrice de ce qui a précédé. Comme si la tempête était passée, et qu'il était temps de se recueillir. Avec son orgue et sa guitare sèche douce, le morceau nous offre un beau moment, où l'on s'imagine couché sur l'herbe autour d'un feu dans les plaines arides du far-west... Jack White soigne particulièrement ses morceaux de clôture, et on le voit encore ici.
   C'est seulement dommage que, avant d'arriver à cette merveille finale, on doive passer par des titres pas toujours au top. Comme ce New Pony, reprise chiante de Bob Dylan, où la guitare efficace n'efface pas le rythme poussif des voix et chœurs... No Hassle Night s'en sort elle beaucoup mieux, avec son tempo presque reptilien, souple mais puissant. Elle est par ailleurs précédée d'un morceau instrumental, 3 Birds, excellent : loin de vouloir chercher le solo de guitare qui tue ou les percussions dévastatrices, la partition mise sur l'ambiance, poisseuse, presque dérangeante.
   Au final, même si Horehound s'avère très bon lors de sa découverte, ce premier essai des Dead Weather manque de substance pour s'imposer dans le temps. Le blues-rock brut et sexy que l'on attendait est bien là, aucun doute, et plusieurs titres sont splendides. Mais je n'ai pas été transporté pour autant, la faute à un manque de morceaux fantastiques et de mélodies pour soutenir le tout. Par contre, c'est clair que ça doit déchirer en live : la débauche d'énergie du quatuor transparait véritablement sur le disque, et je me doute que les chanceux spectateurs des deux concerts à la Cigale ont dû se régaler. Et moi qui n'ai jamais vu Jack White en concert, je suis très jaloux.

    Quelques extraits de l'album



The Dead Weather - 60 Feet Tall


The Dead Weather - Rocking Horse