"The White stuff" : Horehound, des Dead Weather
Par Anansi le dimanche 19 juillet 2009, 13:00 - Le canard et la musique - Lien permanent

Depuis qu'il a créé Third Man, son propre label, le fantastico-formidable Jack White (leader des White Stripes, faut-il le préciser ?) s'amuse. Après avoir monté le groupe The Raconteurs avec son pote Brendan Benson, revoilà le man from Detroit avec The Dead Weather, cette fois avec (entre autres) la formidablo-fantastique Alison Mosshart, des Kills. Sur le papier, le groupe prend des airs de Dream Team, la seule vraie rock-star encore vivante collaborant avec la chanteuse d'un des meilleurs groupes de pop-rock indie... La théorie veut donc que Horehound soit génial mais, la pratique, cette fourbe, peut faire sa belle et changer la donne.
(la photo est © DPC, exceptionnel photographe, aux clichés juste sensationnels.)

Le All-Star Game du
rock'n'roll.
Sur le papier, The Dead Weather résonne un peu comme le
projet ultime. Jugez plutôt : Alison Mosshart des Kills au chant, Jack White
des White Stripes à la batterie (son premier instrument), Dean Fertita des
Queens of the Stone Age à la guitare, et Jack Lawrence des Raconteurs (autre
groupe de Jack White) à la basse. Difficile de faire plus excitant. D'autant
que cette réunion s'est faite avant tout par plaisir, sur l'idée commune de
Mosshart et White après que les Kills aient participé à toute la tournée
américaine des Raconteurs. Comme d'habitude avec Jacques Blanc, tout se fait
très vite, et à peine quatre mois après l'annonce, voilà Horehound,
premier album des Dead Weather.
A la première écoute, Horehound sonne exactement
comme on s'y attendait (comme on l'espérait, d'ailleurs) : brut et instinctif,
rageur et sexy, qui emprunte autant au blues de Blind Lemon Jefferson, qu'à la
folk de Bob Dylan et au rock de Led Zeppelin. Un disque plein de batteries
pétaradantes, guitares westerns, pianos tendance "saloon", où tout est beaucoup
plus viscéral qu'intellectuel. Plusieurs chansons viendront calmer le jeu,
évidemment. Mais des titres comme Treat Me Like Your Mother ou New
Pony montrent qu'on travaille ici avec le bide, pas la tête, et que tout
se passe dans un débit franchement frénétique.
Lorsque l'on écoute Horehound, donc, on est conquis.
Pourtant, après plusieurs écoutes, les défauts commencent à pointer le bout de
leur petit nez pointu : des répétitions pas toujours bienvenues, un manque
flagrant de mélodies et, surtout, cette absence d'ambition dans la construction
des morceaux qui fait que, aussitôt écouté et apprécié, l'album est oublié. On
n'a rien à quoi nous raccrocher, aucune chanson n'est véritablement
exceptionnelle, ce qui fait de Horehound un album agréable à écouter
dans la voiture (pour la force de ses arrangements et la puissance de ses
instruments) mais qui manque terriblement de corps.
Bien, mais pas bien, en fait.
Le disque s'ouvre sur 60 Feet Tall, qui constitue
d'emblée un bon résumé du reste. Partant tout en douceur, le morceau offre un
léger riff de guitare à l'allure blues-rock sur lequel Mosshart peut se pavaner
(et elle fait divinement bien), avec sa voix éraillée si reconnaissable. La
batterie de White s'invitera ensuite à la fête jusqu'à ce que, dans une rupture
totale de rythme, les instruments s'emballent pour tout faire exploser, Led
Zep-style. Une volonté de deconstruction qu'on retrouve sur le premier single,
Hang You From The Heavens, entièrement forgé sur le sacro-saint duo
guitare-batterie. Pas vraiment frénétique, le morceau marque surtout sur son
ambiance moite et souffreteuse, à laquelle Alison Mosshart apporte une touche
de sexy pervers.
Néanmoins, on retrouve avec Hang You From The
Heavens les défauts dont je vous parlais plus tôt : trop poussif et ne
s'envolant vraiment jamais, le morceau ne reste pas dans les esprits. On
retrouve également cela avec Treat Me Like Your Mother, assez
similaire, un peu plus tard. Un titre jouant encore sur les ruptures, mais
possédant tout de même un synthé bienfaiteur, nous ramenant à l'excellent album
Get Behind Me Satan des Stripes. A noter également un passage central
très fort, où les cris de Mosshart s'enchaînent avec un solo de guitare
jouissif quoique très court (à peine quelques secondes).
Au milieu de toutes ces déflagrations métalliques qui font
péter la baraque, les morceaux plus contemplatifs de l'album paraissent encore
plus marquants, comme par exemple l'un des pivots de Horehound,
Far From Your Weapon. Avec la voix doucereuse de Mosshart, la guitare
country qui se fait planante et les chœurs, le titre ne ferait pas tâche dans
un film de Sergio Leone, au milieu des thèmes d'Ennio Morricone. Un peu plus
loin, Rocking Horse – chantée par Mosshart et White - est elle aussi
directement influencée par les westerns. On est ici dans un titre tout en
rythme, où la basse est très présente mais n'hésitera pas à faire venir la
guitare pour tout faire péter.
Un album fait pour être joué sur
scène.
L'une des merveilles de l'album est aussi sans conteste
Will There Be Enough Water?, clôturant le disque. Un peu à la manière
du fantastique Carolina Drama sur le dernier album des Raconteurs, le
titre est d'une beauté sans pareille, où le calme et la sensation de plénitude
tranche avec la rage destructrice de ce qui a précédé. Comme si la tempête
était passée, et qu'il était temps de se recueillir. Avec son orgue et sa
guitare sèche douce, le morceau nous offre un beau moment, où l'on s'imagine
couché sur l'herbe autour d'un feu dans les plaines arides du far-west... Jack
White soigne particulièrement ses morceaux de clôture, et on le voit encore
ici.
C'est seulement dommage que, avant d'arriver à cette
merveille finale, on doive passer par des titres pas toujours au top. Comme ce
New Pony, reprise chiante de Bob Dylan, où la guitare efficace
n'efface pas le rythme poussif des voix et chœurs... No Hassle Night
s'en sort elle beaucoup mieux, avec son tempo presque reptilien, souple mais
puissant. Elle est par ailleurs précédée d'un morceau instrumental, 3
Birds, excellent : loin de vouloir chercher le solo de guitare qui tue ou
les percussions dévastatrices, la partition mise sur l'ambiance, poisseuse,
presque dérangeante.
Au final, même si Horehound s'avère très bon lors de
sa découverte, ce premier essai des Dead Weather manque de substance pour
s'imposer dans le temps. Le blues-rock brut et sexy que l'on attendait est bien
là, aucun doute, et plusieurs titres sont splendides. Mais je n'ai pas été
transporté pour autant, la faute à un manque de morceaux fantastiques et de
mélodies pour soutenir le tout. Par contre, c'est clair que ça doit déchirer en
live : la débauche d'énergie du quatuor transparait véritablement sur le
disque, et je me doute que les chanceux spectateurs des deux concerts à la
Cigale ont dû se régaler. Et moi qui n'ai jamais vu Jack White en concert, je
suis très jaloux.
Quelques extraits de l'album
The Dead Weather -
60 Feet Tall
The Dead Weather -
Rocking Horse
