Public Enemies, de Michael Mann
Par Anansi le mardi 14 juillet 2009, 14:36 - Pellicule aviaire - Lien permanent

Après un Miami Vice peu convaincant car trop nombriliste, Michael Mann revient faire parler la poudre, en retraçant l'histoire de John Dillinger, célèbre gangster américain des années 30. Ici, le réalisateur paraît revigoré : Public Enemies est d'une classe folle, emmenée par la réalisation froide, sèche et dynamique typique de Mann. En résulte un film excellent, porté en plus par un casting impressionnant : chapeau melon l'artiste !

Le premier Ennemi Public N°1 de l'histoire du
FBI.
Nous sommes en 1933. Chicago. La grande dépression. Un homme
est recherché par le tout nouveau Federal Bureau of Investigation. Il
est l'ennemi public numéro 1. « Wanted, dead or dead ». John
Dillinger, dit le « Jackrabbit » pour sa grâce lors des
braquages et ses nombreuses évasions. Pour le coincer, le Bureau met sur pied
une équipe formée des meilleurs éléments de la police, menée par le
charismatique Melvin Purvis. Ce sera le commencement d'une chasse à l'homme
autant politique que médiatique, pour arrêter l'un des criminels les plus
dangereux de l'histoire des Etats-Unis. Un gangster surdoué, qui parait
invincible, et que les foules adorent...
John Dillinger est aujourd'hui une figure historique
américaine, et un gangster aussi mythique que des Al Cpano ou des Jesse James.
Ce n'est donc pas un hasard que sa vie ait été l'objet de nombreux films ; près
de dix longs-métrages ont raconté l'histoire de ce malfrat. Mais lorsque c'est
Michael Mann qui s'en charge, l'homme de Heat (l'un des meilleurs
polars de ces dernières années), Ali, Le Sixième Sens (pour
la première apparition d'Hannibal Lecter) ou Le Dernier des Mohicans, il y a de
quoi frétiller d'impatience sur son petit siège rouge de cinéma. Et ce, même si
son dernier Miami Vice ne m'avait pas convaincu.
D'autant que Public Enemies réunit une dream team
d'exception : Johnny Depp en John Dillinger, Christian Bale en Melvin Purvis,
et notre Marion Cotillard (prononcez Mèrwiôn Côtiyôôôrde) nationale en Billie
Fréchette, compagne de John... Autant le dire, un casting aux petits oignons,
donc on pouvait espérer de remarquables prestations, devant la caméra de
l'excellent directeur d'acteurs qu'est Michael Mann. Et on n'est effectivement
pas déçus ; avec le style aride et glacial qu'on lui connaît, Mann dépeint avec
passion une période cruciale du banditisme américain, et nous offre un film
intelligent et passionnant.
Des caméras sèches et
dynamiques.
Avant ses scènes de gunfights (qui sont pourtant les plus
impressionnantes depuis American Gangster, sans doute), ses
personnages charismatiques ou son intrigue, Public Enemies marque
surtout pour sa photographie. Les années 30 sont reconstituées avec une minutie
documentaire : voitures, armes à feu, vêtements, buildings, lieux publics...
Rien n'est laissé au hasard, tout est fait pour nous plonger dans l'atmosphère
poussiéreuse de la pire année de la Grande Dépression. Et pourtant, la décision
de Mann de filmer avec des caméras HD plutôt que le 35 mm habituel était
étrange. La technologie moderne au service de l'Histoire ? Difficile à
croire.
Et pourtant, ça marche excellent bien. Ce type de réalisation
offre une brute réalité aux scènes : on n'a pas l'impression de regarder des
vieilles images d'archives, on se croit véritablement au centre de l'action,
avec les yeux d'un des membres du groupe. Mann n'hésite d'ailleurs pas à opter
pour la caméra à l'épaule (mais nous sommes loin des caméras épileptiques de
REC ou Cloverfield, rassurez-vous : ici, le metteur en scène
a du talent), et le fait divinement bien, comme avec cette scène tout simple où
la caméra suit Billie Fréchette en train de se préparer... Simple, calme, ce
passage nous offre un véritable instant de vie, magnifié par une caméra qui se
fait presque voyeuse.
Les scènes d'action ressortent elles aussi grandies de ce
choix de réalisation : furieuses et sèches, elles sont dépourvues de toute
musique pour mieux se concentrer sur le bruit des armes. Oui, les passages de
gunfights marquent véritablement les esprits. En particulier la reconstitution
du mythique affrontement au Little Bohemia Lodge, où les membres du FBI
tentèrent d'attaquer les bandits par surprise. Cela offre le moment le plus
fort du film, frappant par son aspect brut de décoffrage et magnifié par la
nuit (encore une fois, merci les caméras HD qui filment des scènes nocturnes
avec une beauté sans pareille).
Personnages puissants, mais trop peu
développés.
Les phares de la Ford V8 dans la nuit, les fenêtres brisées,
la lune qui éclaire la forêt environnant cette petite auberge, les murs se
criblant de balles... Tout concourt à rendre les évènements les plus crédibles
possibles, pour mieux rendre compte de la brutalité de l'affrontement entre
John Dillinger et Melvin Purvis. Le film est d'ailleurs entièrement basé sur le
parcours de son héros malfrat ; peu importe ses amis ou sa compagne, l'histoire
de Dillinger est celle d'un homme solitaire, qui se sera construit son avenir
selon ses propres codes. C'est l'histoire de la vendetta d'un homme tellement
hors-du-commun qu'il est obligé d'être seul.
J'aurais d'ailleurs aimé que Michael Mann passe plus de temps
à développer les psychologies de ces personnages, son approche restant un peu
trop superficielle et n'entrant pas assez en profondeur dans les névroses de
ses héros. Malgré tout, on ne peut que constater encore une fois le talent
exceptionnel de Johnny Depp, qui parvient avec un naturel déconcertant à
rentrer dans la peau (ce n'est pas sale) de ce gentleman gangster qu'est
Dillinger. A noter également les performances impeccables de Christian Bale, et
de Marion Cotillard qui parvient excellement bien à montrer le caractère à la
fois courageux et fragile de Bllie Fréchette - un rôle stéréotypée, mais
important.
Public Enemies est donc un excellent film à beaucoup
d'égards. La passion de Michael Mann pour cette période de l'histoire
américaine transparait véritablement à l'écran : aucun détail n'est oublié,
tout est réglé au micropoil, pour mieux nous plonger dans l'univers souffreteux
du début des années 30. On suit alors avec délectation le bras de fer à
distance entre Melvin Purvis et John Dillinger, on est impressionné par leurs
affrontements féroces... Tout cela filmé par la caméra d'un metteur en scène au
talent plus qu'évident qui ne déçoit à aucun moment. Alors, oui, les puristes
regretteront les nombreuses inexactitudes historiques, mais on s'en
tape : la classe de Public Enemies permet d'oublier ses quelques
défauts.
