Le premier Ennemi Public N°1 de l'histoire du FBI.
    Nous sommes en 1933. Chicago. La grande dépression. Un homme est recherché par le tout nouveau Federal Bureau of Investigation. Il est l'ennemi public numéro 1. « Wanted, dead or dead ». John Dillinger, dit le « Jackrabbit » pour sa grâce lors des braquages et ses nombreuses évasions. Pour le coincer, le Bureau met sur pied une équipe formée des meilleurs éléments de la police, menée par le charismatique Melvin Purvis. Ce sera le commencement d'une chasse à l'homme autant politique que médiatique, pour arrêter l'un des criminels les plus dangereux de l'histoire des Etats-Unis. Un gangster surdoué, qui parait invincible, et que les foules adorent...
   John Dillinger est aujourd'hui une figure historique américaine, et un gangster aussi mythique que des Al Cpano ou des Jesse James. Ce n'est donc pas un hasard que sa vie ait été l'objet de nombreux films ; près de dix longs-métrages ont raconté l'histoire de ce malfrat. Mais lorsque c'est Michael Mann qui s'en charge, l'homme de Heat (l'un des meilleurs polars de ces dernières années), Ali, Le Sixième Sens (pour la première apparition d'Hannibal Lecter) ou Le Dernier des Mohicans, il y a de quoi frétiller d'impatience sur son petit siège rouge de cinéma. Et ce, même si son dernier Miami Vice ne m'avait pas convaincu.
   D'autant que Public Enemies réunit une dream team d'exception : Johnny Depp en John Dillinger, Christian Bale en Melvin Purvis, et notre Marion Cotillard (prononcez Mèrwiôn Côtiyôôôrde) nationale en Billie Fréchette, compagne de John... Autant le dire, un casting aux petits oignons, donc on pouvait espérer de remarquables prestations, devant la caméra de l'excellent directeur d'acteurs qu'est Michael Mann. Et on n'est effectivement pas déçus ; avec le style aride et glacial qu'on lui connaît, Mann dépeint avec passion une période cruciale du banditisme américain, et nous offre un film intelligent et passionnant.

Des caméras sèches et dynamiques.
    Avant ses scènes de gunfights (qui sont pourtant les plus impressionnantes depuis American Gangster, sans doute), ses personnages charismatiques ou son intrigue, Public Enemies marque surtout pour sa photographie. Les années 30 sont reconstituées avec une minutie documentaire : voitures, armes à feu, vêtements, buildings, lieux publics... Rien n'est laissé au hasard, tout est fait pour nous plonger dans l'atmosphère poussiéreuse de la pire année de la Grande Dépression. Et pourtant, la décision de Mann de filmer avec des caméras HD plutôt que le 35 mm habituel était étrange. La technologie moderne au service de l'Histoire ? Difficile à croire.
   Et pourtant, ça marche excellent bien. Ce type de réalisation offre une brute réalité aux scènes : on n'a pas l'impression de regarder des vieilles images d'archives, on se croit véritablement au centre de l'action, avec les yeux d'un des membres du groupe. Mann n'hésite d'ailleurs pas à opter pour la caméra à l'épaule (mais nous sommes loin des caméras épileptiques de REC ou Cloverfield, rassurez-vous : ici, le metteur en scène a du talent), et le fait divinement bien, comme avec cette scène tout simple où la caméra suit Billie Fréchette en train de se préparer... Simple, calme, ce passage nous offre un véritable instant de vie, magnifié par une caméra qui se fait presque voyeuse.
   Les scènes d'action ressortent elles aussi grandies de ce choix de réalisation : furieuses et sèches, elles sont dépourvues de toute musique pour mieux se concentrer sur le bruit des armes. Oui, les passages de gunfights marquent véritablement les esprits. En particulier la reconstitution du mythique affrontement au Little Bohemia Lodge, où les membres du FBI tentèrent d'attaquer les bandits par surprise. Cela offre le moment le plus fort du film, frappant par son aspect brut de décoffrage et magnifié par la nuit (encore une fois, merci les caméras HD qui filment des scènes nocturnes avec une beauté sans pareille).

Personnages puissants, mais trop peu développés.
    Les phares de la Ford V8 dans la nuit, les fenêtres brisées, la lune qui éclaire la forêt environnant cette petite auberge, les murs se criblant de balles... Tout concourt à rendre les évènements les plus crédibles possibles, pour mieux rendre compte de la brutalité de l'affrontement entre John Dillinger et Melvin Purvis. Le film est d'ailleurs entièrement basé sur le parcours de son héros malfrat ; peu importe ses amis ou sa compagne, l'histoire de Dillinger est celle d'un homme solitaire, qui se sera construit son avenir selon ses propres codes. C'est l'histoire de la vendetta d'un homme tellement hors-du-commun qu'il est obligé d'être seul.
   J'aurais d'ailleurs aimé que Michael Mann passe plus de temps à développer les psychologies de ces personnages, son approche restant un peu trop superficielle et n'entrant pas assez en profondeur dans les névroses de ses héros. Malgré tout, on ne peut que constater encore une fois le talent exceptionnel de Johnny Depp, qui parvient avec un naturel déconcertant à rentrer dans la peau (ce n'est pas sale) de ce gentleman gangster qu'est Dillinger. A noter également les performances impeccables de Christian Bale, et de Marion Cotillard qui parvient excellement bien à montrer le caractère à la fois courageux et fragile de Bllie Fréchette - un rôle stéréotypée, mais important.
   Public Enemies est donc un excellent film à beaucoup d'égards. La passion de Michael Mann pour cette période de l'histoire américaine transparait véritablement à l'écran : aucun détail n'est oublié, tout est réglé au micropoil, pour mieux nous plonger dans l'univers souffreteux du début des années 30. On suit alors avec délectation le bras de fer à distance entre Melvin Purvis et John Dillinger, on est impressionné par leurs affrontements féroces... Tout cela filmé par la caméra d'un metteur en scène au talent plus qu'évident qui ne déçoit à aucun moment. Alors, oui, les puristes regretteront les nombreuses inexactitudes historiques, mais on s'en tape : la classe de Public Enemies permet d'oublier ses quelques défauts.