Appaloosa, de Ed Harris
Par Anansi le jeudi 28 mai 2009, 14:35 - Canard sur canapé - Lien permanent

Sorti en DVD il y a quelques semaines, Appaloosa est tout simplement l'un des grands films de ces dernières années. Un excellent western avec flingues, chevaux et bottes de foin en bonus, de et avec Ed Harris, accompagné pour l'occasion par le toujours classieux Viggo Mortensen... Deux heures de plaisir, pas parfaites mais pas loin.

Histoire d'hommes au far-west.
Dix-neuvième siècle. Nous sommes à Appaloosa, petite ville
minière du Nouveau Mexique. Héros de l’histoire ? Virgil Cole et Everett Hitch,
deux hommes sans peur et (presque) sans reproche, connus dans tout l’ouest pour
ramener la paix dans des villes terrorisées par les bandits les plus cruels.
Eux ne s’occupent pas des lois. Ils créent les leurs. Question de simplicité.
Les voici donc appelés par le maire d’Appaloosa, où l’homme d’affaire Randall
Bragg tient tout le monde sous son joug, n’hésitant pas à tuer le sheriff. Mais
tout ne va pas être aussi simple que prévu, et la pianiste Allison French
viendra en plus compliquer les choses.
Deuxième film de l’acteur/réalisateur Ed Harris après le
très méconnu Pollock, Appaloosa s’inscrit avec un certain
plaisir dans la mouvance far-westienne (hé ouais) de ces dernières années. Nous
avons eu droit à L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford
(toujours trop long, ce titre), le remake de 3H10 pour Yuma, le
fantastique No Country For Old Men… Et voici donc Appaloosa.
Vous remarquerez que tous les films que je vous ai cités sont très bons, et
Appaloosa ne fait pas exception : naviguant entre hommage appuyé et
désir de nouveauté, le film impose sa patte, et marque vraiment les esprits par
son excellence.
Il faut le dire, la qualité du film vient surtout de son duo
de héros, qui irradie littéralement la pellicule. S’attribuant le rôle de
Virgil Cole, Ed Harris est accompagné par celui qui a été élu « l’acteur le
plus classe du monde et puis c’est tout » à l’unanimité de moi-même,
c’est-à-dire Viggo Mortensen. Déjà brillants en adversaires dans le History
Of Violence de Cronenberg, les deux hommes sont cette fois-ci partenaires,
et tout le film en est magnifié. Quel duo de héros, quelle classe ! Tour à tour
justiciers sanguinaires, amoureux maladroits, amis indéfectibles, la relation
entre les deux hommes constitue l’épine dorsale du film.
Un scénario sans surprise.
Du point de vue du scénario cette fois, le classicisme
prime. Les gentils d’un coté, qui veulent arrêter le méchant, qui va chercher
par tous les moyens à échapper aux gentils. Difficile de faire plus clair et
plus simple. Et pourtant, ça marche. Parce que c’est très bien mené, et que
Jeremy Irons, s’il n’est pas aussi bon que Harris et Mortensen, est un très bon
méchant, tout en retenue et sobriété. Avec son air de gentleman et ses costumes
cintrés, il est le bad guy typique des westerns, cet homme d’affaire que seul
l’argent intéresse, et qui est prêt à tout pour en avoir, quitte à violer et
tuer, et pas toujours dans cet ordre.
Le film entier regorge de références aux grandes œuvres du
Western, comme si l’ombre de Sergio Leone planait sur Appaloosa. La caméra d’Ed
Harris aime donc à se poser sur des immenses espaces de landes
ouest-américaines, ces contrées mordorées faites d’herbes sèches et de
collines. Dans les villages de fortune, le sable et la poussière emportent
tout, tandis que les hommes discutent… Les nombreuses scènes de dialogue entre
Virgil et Everett, sur le parvis de la prison, calibre huit à la main, sont des
chefs-d’œuvres du genre, percutantes mais simples, comme si elles n’étaient que
des tranches de vie parmi d’autres.
Avec un style qui rappelle Tarantino quand il faisait de
bons films, on assiste à des dialogues crousti-moelleux d’une certaine classe,
les deux compères discutant de tout et de rien, ou se donnant des conseils sur
les femmes, entre deux tueries et/ou tentatives d’arrestation de Randall Bragg.
Parce qu’Allison – jouée par une Renée Zellweger pas vraiment inspirée mais qui
fait son boulot - fait tourner bien des têtes, à commencer par celle de Virgil.
Mais le bonhomme est plus habitué à être en compagnie de ses amis Smith et
Wesson, plutôt que de femmes de la classe de cette pianiste-là.
Félicitations du jury.
C’est en fait toute la mise en scène du réalisateur qu’il
faut saluer. Contrairement à L’Assassinat de blablabla, trop
contemplatif et donc empreint de plusieurs longueurs qui cassaient la tension,
Appaloosa a trouvé le mélange parfait entre dialogues, action et
scènes plus calmes. Ça n’explose pas de partout pour autant, mais le rythme est
tellement maîtrisé durant ces deux heures, que tout s’enchaîne avec une
fluidité exemplaire. Harris arrive à nous embarquer dans son histoire dès le
départ (mention spéciale à l’excellente scène d’intro) et on ne ressort pas, on
est constamment passionné.
Mais malgré ses personnages classieux, ces décors splendides
et sa tension palpable, Appaloosa pêche par un manque d’originalité.
Sur ce coup-là, plutôt que de chercher à renouveler le genre, Ed Harris a voulu
suivre les pas de ses ancêtres, et rentrer dans le moule des westerns. Ça a ses
avantages ; après tout, le style est efficace et permet le développement de
belles scènes. Mais j’aurais aimé en avoir plus : plus d’originalité, plus de
prises de risque. Mais au final, tout ça n’est que du pinaillage, tellement
Appaloosa fait partie des très très bons films qui font plaisir à
voir.
Avec ses deux héros qui transpirent le charisme et la
classe, ses grands décors venteux à perte de vue, son ambiance poussiéreuse,
presque suffocante, et ses dialogues remarquablement écrits, Appaloosa
marque vraiment les esprits. En arrivant à maintenir le même intérêt durant
tout son film, sans grosses fausses notes ni longueurs, Ed Harris réalise un
film impeccable et bourré de qualités. Finalement, les américains n’ont pas
encore fini de jouer aux cow-boys et aux indiens, mais si ça donne des films de
cet acabit, ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre.
