Histoire d'hommes au far-west.
    Dix-neuvième siècle. Nous sommes à Appaloosa, petite ville minière du Nouveau Mexique. Héros de l’histoire ? Virgil Cole et Everett Hitch, deux hommes sans peur et (presque) sans reproche, connus dans tout l’ouest pour ramener la paix dans des villes terrorisées par les bandits les plus cruels. Eux ne s’occupent pas des lois. Ils créent les leurs. Question de simplicité. Les voici donc appelés par le maire d’Appaloosa, où l’homme d’affaire Randall Bragg tient tout le monde sous son joug, n’hésitant pas à tuer le sheriff. Mais tout ne va pas être aussi simple que prévu, et la pianiste Allison French viendra en plus compliquer les choses.
    Deuxième film de l’acteur/réalisateur Ed Harris après le très méconnu Pollock, Appaloosa s’inscrit avec un certain plaisir dans la mouvance far-westienne (hé ouais) de ces dernières années. Nous avons eu droit à L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (toujours trop long, ce titre), le remake de 3H10 pour Yuma, le fantastique No Country For Old Men… Et voici donc Appaloosa. Vous remarquerez que tous les films que je vous ai cités sont très bons, et Appaloosa ne fait pas exception : naviguant entre hommage appuyé et désir de nouveauté, le film impose sa patte, et marque vraiment les esprits par son excellence.
    Il faut le dire, la qualité du film vient surtout de son duo de héros, qui irradie littéralement la pellicule. S’attribuant le rôle de Virgil Cole, Ed Harris est accompagné par celui qui a été élu « l’acteur le plus classe du monde et puis c’est tout » à l’unanimité de moi-même, c’est-à-dire Viggo Mortensen. Déjà brillants en adversaires dans le History Of Violence de Cronenberg, les deux hommes sont cette fois-ci partenaires, et tout le film en est magnifié. Quel duo de héros, quelle classe ! Tour à tour justiciers sanguinaires, amoureux maladroits, amis indéfectibles, la relation entre les deux hommes constitue l’épine dorsale du film.

Un scénario sans surprise.
    Du point de vue du scénario cette fois, le classicisme prime. Les gentils d’un coté, qui veulent arrêter le méchant, qui va chercher par tous les moyens à échapper aux gentils. Difficile de faire plus clair et plus simple. Et pourtant, ça marche. Parce que c’est très bien mené, et que Jeremy Irons, s’il n’est pas aussi bon que Harris et Mortensen, est un très bon méchant, tout en retenue et sobriété. Avec son air de gentleman et ses costumes cintrés, il est le bad guy typique des westerns, cet homme d’affaire que seul l’argent intéresse, et qui est prêt à tout pour en avoir, quitte à violer et tuer, et pas toujours dans cet ordre.
    Le film entier regorge de références aux grandes œuvres du Western, comme si l’ombre de Sergio Leone planait sur Appaloosa. La caméra d’Ed Harris aime donc à se poser sur des immenses espaces de landes ouest-américaines, ces contrées mordorées faites d’herbes sèches et de collines. Dans les villages de fortune, le sable et la poussière emportent tout, tandis que les hommes discutent… Les nombreuses scènes de dialogue entre Virgil et Everett, sur le parvis de la prison, calibre huit à la main, sont des chefs-d’œuvres du genre, percutantes mais simples, comme si elles n’étaient que des tranches de vie parmi d’autres.
    Avec un style qui rappelle Tarantino quand il faisait de bons films, on assiste à des dialogues crousti-moelleux d’une certaine classe, les deux compères discutant de tout et de rien, ou se donnant des conseils sur les femmes, entre deux tueries et/ou tentatives d’arrestation de Randall Bragg. Parce qu’Allison – jouée par une Renée Zellweger pas vraiment inspirée mais qui fait son boulot - fait tourner bien des têtes, à commencer par celle de Virgil. Mais le bonhomme est plus habitué à être en compagnie de ses amis Smith et Wesson, plutôt que de femmes de la classe de cette pianiste-là.

Félicitations du jury.
    C’est en fait toute la mise en scène du réalisateur qu’il faut saluer. Contrairement à L’Assassinat de blablabla, trop contemplatif et donc empreint de plusieurs longueurs qui cassaient la tension, Appaloosa a trouvé le mélange parfait entre dialogues, action et scènes plus calmes. Ça n’explose pas de partout pour autant, mais le rythme est tellement maîtrisé durant ces deux heures, que tout s’enchaîne avec une fluidité exemplaire. Harris arrive à nous embarquer dans son histoire dès le départ (mention spéciale à l’excellente scène d’intro) et on ne ressort pas, on est constamment passionné.
    Mais malgré ses personnages classieux, ces décors splendides et sa tension palpable, Appaloosa pêche par un manque d’originalité. Sur ce coup-là, plutôt que de chercher à renouveler le genre, Ed Harris a voulu suivre les pas de ses ancêtres, et rentrer dans le moule des westerns. Ça a ses avantages ; après tout, le style est efficace et permet le développement de belles scènes. Mais j’aurais aimé en avoir plus : plus d’originalité, plus de prises de risque. Mais au final, tout ça n’est que du pinaillage, tellement Appaloosa fait partie des très très bons films qui font plaisir à voir.
    Avec ses deux héros qui transpirent le charisme et la classe, ses grands décors venteux à perte de vue, son ambiance poussiéreuse, presque suffocante, et ses dialogues remarquablement écrits, Appaloosa marque vraiment les esprits. En arrivant à maintenir le même intérêt durant tout son film, sans grosses fausses notes ni longueurs, Ed Harris réalise un film impeccable et bourré de qualités. Finalement, les américains n’ont pas encore fini de jouer aux cow-boys et aux indiens, mais si ça donne des films de cet acabit, ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre.