Who Killed Amanda Palmer?, d'Amanda Palmer (si, si)
Par Anansi le jeudi 14 mai 2009, 11:19 - Le canard et la musique - Lien permanent

Non, ceci n'est pas la suite de Mais qui a tué Pamela Rose? Ca n'a même absolument rien à voir, puisqu'il s'agit d'un album de musique. En l'occurence, c'est le premier disque solo de la New-Yorkaise Amanda Palmer, leader du groupe The Dresden Dolls. Son punk-rock-cabaret (oui, ça existe : un peu comme si Mick Jagger et Dita Von Teese faisait un gosse. Argh) est toujours aussi barré et cynique, même si on pouvait en attendre plus.

Lever de rideau.
Amanda Palmer, pour les personnes ne la remettant pas, est
une femme. Oui. Mais pas n’importe laquelle. Vous connaissez le groupe The
Dresden Dolls ? Non ? Bah c’est dommage, mais sachez en tout cas pour votre
culture générale et au cas où le sujet tomberait lors de votre prochain repas
de famille (on ne sait jamais) qu’Amanda Palmer en est la chanteuse et
multi-instrumentaliste. Pour l’heure, la dame nous arrive pour son album solo,
Who Killed Amanda Palmer? (tout un programme) sorti il y a quelques
mois de cela. Une œuvre indépendante où Miss Palmer a pu aller à fond dans ses
idées, et qui s’est fait plaisir.
Who Killed Amanda Palmer (j'enlève le point
d'interrogation, si ça ne vous dérange pas) possède donc toutes les
caractéristiques propres à la musique de l’américaine, et qui lui vaut sa
renommée : ce punk-rock débridé très marqué par les cabarets, où le piano est
omniprésent, et où tout le disque entier apporte la vision de rideaux rouges
poussiéreux et de décors de théâtre. Une musique à la fois gaie et indécente,
où la barrière entre la folie et la clarté d’esprit est très fine, pour ne pas
dire absente. Tout cela étant porté par la voix cristalline et rauque
caractéristique de la chanteuse, qu’on sent pouvoir partir n’importe où et
n’importe quand. Un véritable bonheur.
Sans être un excellent disque, ce dernier essai d’Amanda
Palmer a de très nombreux coups d’éclats, des morceaux véritablement forts et
puissants, qu’on n’entend que trop peu souvent. A ce titre, l’album résonne en
fait comme une énorme montagne russe : un excellent passage sera suivi par un
titre beaucoup plus moyen, qui précédera lui-même un très bon moment… Une
inconstance franchement frustrante, qui fait qu’on écoutera Who Killed
Amanda Palmer pour quelques-unes de ses pistes, plutôt que pour l’album
dans son entièreté. Ce qui est dommage, faut dire ce qui est. Ce qui est.
Allez, un petit tour de grand
8.
Le rideau s’ouvre sur Astronaut, qui est déjà un
univers à elle seule. Démarrant en une explosion, elle laisse ensuite la place
au piano et la voix écorchée de la chanteuse, douce et rugueuse, comme à
l’agonie. Une voix qui va gagner en force, en intensité, comme si elle
renaissait de ses cendres… Une résurrection accompagnée d’une partition qui se
fait de plus en plus intense, s’accélérant et gagnant en force, jusqu’à une fin
qui se refait plus triste, comme si on revenait au début, comme si on
recommençait. “And you may be acquainted with the night / but I have seen
the darkness in the day / and you must know it is a terrifying sight / because
you and I are living the same way.”
Puis, Astronaut laisse place à Runs In The
Family, sans doute la véritable perle de l’album. Plutôt petit par sa
durée, le morceau n’en est pas moins grand par la qualité (oui, j’aime lancer
des phrases à la con) ; armée de son piano, Amanda Palmer construit ici une
musique au tempo extrêmement rapide, jouissive dans sa fluidité. Le piano sera
d’ailleurs très vite rejoint par une orchestration plus complexe tandis que la
leader nous raconte l’histoire de son ami qui a des problèmes avec l’automne et
l’hiver (« they gave hin prescriptions »), permettant de très nombreux
climax tout au long du morceau.
Un peu plus tard, une autre perle de l’album n’est rien de
moins que le premier single : Leeds United. On est ici clairement dans
la grandiloquence théâtrale de l’interprète, ce que transcrit justement très
bien le clip. On y voit Palmer chanter sur une estrade de cabaret, tandis que
le public, au départ calme, se met à former une véritable orgie
auto-destructrice… Un crescendo maîtrisé mais véritablement libérateur. Bon,
après, la relation avec le Leeds United, faut la comprendre. Toujours est-il
que le songwriting est en tout cas très bon, et ce tout au long de l’album : en
plus d’être une excellente compositrice, Amanda Palmer a aussi une très bonne
plume.
Un avis parmi tant d'autres.
Et ça, on s’en rend notamment compte avec Oasis, un
peu plus loin dans l’album. Un morceau qui n’est pas inoubliable, mais qui est
très marquant dans son ironie et son sarcasme brut, très proche de la
littérature de Neil Gaiman (les deux étant amis, la comparaison n’est pas
fortuite). Avec une orchestration super joyeuse et guillerette, la musique
raconte l’histoire d’une adolescente qui s’est fait violer à une soirée et va
devoir se faire avorter, mais qui reste joyeuse parce qu’elle va aller voir
Blur en concert en octobre et que Oasis a répondu à sa lettre, et lui a même
envoyé une photo. Vive la jeunesse.
Par contre, sorti de ces chansons pré-citées et de quelques
autres (Guitar Hero, notamment, qui parle effectivement du jeu vidéo ;
Blake Says et son insouciance ; Have To Drive), l’album n’est
pas véritablement brillant, et on va devoir avoir affaire à quelques ballades
au piano d’une platitude extrême. Ça en est même étonnant : alors que les
Dresden Dolls aimaient nous offrir des morceaux certes lents mais puissants et
un brin inquiétants (Tim Burton Style), ce ne sont ici que de simples morceaux
sans prétention ni charme. C’est dommage mais c’est comme ça : sur ce coup-là,
la belle a été plus douée pour tout faire péter que pour la jouer en
douceur.
Who Killed Amanda Palmer n’est donc pas parfait
dans son exécution, et il ne révolutionnera pas la musique, mais il contient
quelques excellents moments qui vous feront du bien. Et finalement, ce n’est
déjà pas si mal. De là à ce qu’il vaille le coup d’être acheté, c’est autre
chose. En tout cas, n’hésitez pas à aller jeter une oreille sur
Deezer (et n’oubliez pas de la récupérer, quand même), de vous imprégner de
ce rock-cabaret si barré d’Amanda Palmer, et d’en retirer ce qu’il vous plait.
C’est finalement ça, la beauté de la musique : chacun vient y chercher ce dont
il a envie.
