Lever de rideau.
    Amanda Palmer, pour les personnes ne la remettant pas, est une femme. Oui. Mais pas n’importe laquelle. Vous connaissez le groupe The Dresden Dolls ? Non ? Bah c’est dommage, mais sachez en tout cas pour votre culture générale et au cas où le sujet tomberait lors de votre prochain repas de famille (on ne sait jamais) qu’Amanda Palmer en est la chanteuse et multi-instrumentaliste. Pour l’heure, la dame nous arrive pour son album solo, Who Killed Amanda Palmer? (tout un programme) sorti il y a quelques mois de cela. Une œuvre indépendante où Miss Palmer a pu aller à fond dans ses idées, et qui s’est fait plaisir.
    Who Killed Amanda Palmer (j'enlève le point d'interrogation, si ça ne vous dérange pas) possède donc toutes les caractéristiques propres à la musique de l’américaine, et qui lui vaut sa renommée : ce punk-rock débridé très marqué par les cabarets, où le piano est omniprésent, et où tout le disque entier apporte la vision de rideaux rouges poussiéreux et de décors de théâtre. Une musique à la fois gaie et indécente, où la barrière entre la folie et la clarté d’esprit est très fine, pour ne pas dire absente. Tout cela étant porté par la voix cristalline et rauque caractéristique de la chanteuse, qu’on sent pouvoir partir n’importe où et n’importe quand. Un véritable bonheur.
    Sans être un excellent disque, ce dernier essai d’Amanda Palmer a de très nombreux coups d’éclats, des morceaux véritablement forts et puissants, qu’on n’entend que trop peu souvent. A ce titre, l’album résonne en fait comme une énorme montagne russe : un excellent passage sera suivi par un titre beaucoup plus moyen, qui précédera lui-même un très bon moment… Une inconstance franchement frustrante, qui fait qu’on écoutera Who Killed Amanda Palmer pour quelques-unes de ses pistes, plutôt que pour l’album dans son entièreté. Ce qui est dommage, faut dire ce qui est. Ce qui est.

Allez, un petit tour de grand 8.
    Le rideau s’ouvre sur Astronaut, qui est déjà un univers à elle seule. Démarrant en une explosion, elle laisse ensuite la place au piano et la voix écorchée de la chanteuse, douce et rugueuse, comme à l’agonie. Une voix qui va gagner en force, en intensité, comme si elle renaissait de ses cendres… Une résurrection accompagnée d’une partition qui se fait de plus en plus intense, s’accélérant et gagnant en force, jusqu’à une fin qui se refait plus triste, comme si on revenait au début, comme si on recommençait. “And you may be acquainted with the night / but I have seen the darkness in the day / and you must know it is a terrifying sight / because you and I are living the same way.”
    Puis, Astronaut laisse place à Runs In The Family, sans doute la véritable perle de l’album. Plutôt petit par sa durée, le morceau n’en est pas moins grand par la qualité (oui, j’aime lancer des phrases à la con) ; armée de son piano, Amanda Palmer construit ici une musique au tempo extrêmement rapide, jouissive dans sa fluidité. Le piano sera d’ailleurs très vite rejoint par une orchestration plus complexe tandis que la leader nous raconte l’histoire de son ami qui a des problèmes avec l’automne et l’hiver (« they gave hin prescriptions »), permettant de très nombreux climax tout au long du morceau.
    Un peu plus tard, une autre perle de l’album n’est rien de moins que le premier single : Leeds United. On est ici clairement dans la grandiloquence théâtrale de l’interprète, ce que transcrit justement très bien le clip. On y voit Palmer chanter sur une estrade de cabaret, tandis que le public, au départ calme, se met à former une véritable orgie auto-destructrice… Un crescendo maîtrisé mais véritablement libérateur. Bon, après, la relation avec le Leeds United, faut la comprendre. Toujours est-il que le songwriting est en tout cas très bon, et ce tout au long de l’album : en plus d’être une excellente compositrice, Amanda Palmer a aussi une très bonne plume.

Un avis parmi tant d'autres.
    Et ça, on s’en rend notamment compte avec Oasis, un peu plus loin dans l’album. Un morceau qui n’est pas inoubliable, mais qui est très marquant dans son ironie et son sarcasme brut, très proche de la littérature de Neil Gaiman (les deux étant amis, la comparaison n’est pas fortuite). Avec une orchestration super joyeuse et guillerette, la musique raconte l’histoire d’une adolescente qui s’est fait violer à une soirée et va devoir se faire avorter, mais qui reste joyeuse parce qu’elle va aller voir Blur en concert en octobre et que Oasis a répondu à sa lettre, et lui a même envoyé une photo. Vive la jeunesse.
    Par contre, sorti de ces chansons pré-citées et de quelques autres (Guitar Hero, notamment, qui parle effectivement du jeu vidéo ; Blake Says et son insouciance ; Have To Drive), l’album n’est pas véritablement brillant, et on va devoir avoir affaire à quelques ballades au piano d’une platitude extrême. Ça en est même étonnant : alors que les Dresden Dolls aimaient nous offrir des morceaux certes lents mais puissants et un brin inquiétants (Tim Burton Style), ce ne sont ici que de simples morceaux sans prétention ni charme. C’est dommage mais c’est comme ça : sur ce coup-là, la belle a été plus douée pour tout faire péter que pour la jouer en douceur.
    Who Killed Amanda Palmer n’est donc pas parfait dans son exécution, et il ne révolutionnera pas la musique, mais il contient quelques excellents moments qui vous feront du bien. Et finalement, ce n’est déjà pas si mal. De là à ce qu’il vaille le coup d’être acheté, c’est autre chose. En tout cas, n’hésitez pas à aller jeter une oreille sur Deezer (et n’oubliez pas de la récupérer, quand même), de vous imprégner de ce rock-cabaret si barré d’Amanda Palmer, et d’en retirer ce qu’il vous plait. C’est finalement ça, la beauté de la musique : chacun vient y chercher ce dont il a envie.