"You want some? Come get some" : Tropic Thunder, de Ben Stiller
Par Anansi le mercredi 6 mai 2009, 09:38 - Canard sur canapé - Lien permanent

Une troupe d’acteurs crétins est propulsée en pleine forêt d’Asie du sud-est pour tourner un film de guerre, mais se retrouve en face de véritables ennemis qui en veulent à sa peau… Avec Tropic Thunder, Ben Stiller joue la parodie à 300% en se foutant joyeusement de la tronche de l’industrie du cinéma américain et de tous ses participants. La sortie du film en DVD donne l’occasion de revenir sur cette hilarante comédie, bordélique et très inégale mais de qualité. Alright boys, let’s fuck some Vietcong!

Parce qu'il parait que rire fait du
bien.
En ce moment, c’est la galère. La crise (la criiiiiiiiise)
financière est partout, les patrons sont séquestrés dans leur boîte, le
printemps est moche, le monde est en paranoïa complète pour une simple grippe,
et il parait même que Van Gogh ne s’est pas coupé son oreille tout seul, il se
la serait faite arracher par Gauguin. Oh boy. C’est l’horreur, ma bonne dame.
Alors, en ces temps malheureux, on aime voir arriver des petites choses
rigolotes, comme des comédies au cinéma ou encore la tête d’Eric Zeimour. En
l’occurrence, Tropic Thunder fait partie de la première catégorie, et
y va franco de porc grippé. Alors non, ce n’est pas très intelligent ni très
finaud, c’est même assez ridicule (non, je ne parle pas de la tête d’Eric
Zeimour), mais c’est jouissif.
Tropic Thunder est l’œuvre de Ben Stiller, qui
s’est occupé d’à peu près tout : co-écriture (avec le très bon Justin Theroux),
production, réalisation, premier rôle… C’est son bébé. Stiller n’a certes pas
fait que des chefs-d’œuvres, bien au contraire, mais il signe ici l’un de ses
meilleurs films, parce qu’il a abordé dès le départ cette géniale philosophie
du jusqu’auboutisme. Un mot très moche, pour dire que l’homme est allé au bout
de sa vision, au bout de la parodie. Comme si ses précédents métrages n’étaient
que des brouillons, des essais, pour en arriver ici.
En ce sens, le film régale parce qu’il prend un malin
plaisir à rire au pif de toute l’industrie américaine, de cette énorme
machinerie un brin flippante que l’on nomme Hollywood. Les acteurs pitoyables à
l’égo démesuré, les interprètes qui se plongent complètement dans leur rôle et
ne jurent que par les Oscars, les producteurs véreux qui brassent des millions
de pétrodollars, les réalisateurs fous qui croient avoir une Vision… Tout est
passé à la moulinette Stiller, avec en bonus des milliards de référence à
différents clichés de l’industrie et à plusieurs films de guerre, histoire de
réussir la béarnaise.
Surenchère, parodie,
caricatures.
Déjà, le pitch est un joyeux surbordel : cinq acteurs sont
lâchés en pleine jungle asiatique pour tourner un film de guerre, et se
retrouvent face à des ennemis bel et bien réels qui croient avoir affaire à des
envahisseurs américains (la guerre du Vietnam revisitée). Comme si ça ne
suffisait pas, les acteurs en question sont des boulets en puissance,
véritables caricatures vivantes : l’homme à bon cœur et motivé mais sans talent
(Ben Stiller), la vedette multi-oscarisée qui ne sort jamais de son personnage
même quand ça ne tourne pas (en l’occurrence, le phénoménal Robert Downey Jr
joue un australien jouant un… Noir. Yep.), le boulet qui se nourrit au crack
(Jack Black)…
On notera également la présence de l’excellent Steven
Coogan, qui joue le réalisateur du film, un metteur en scène anglais persuadé
de faire une merveille, mais c’est bien le seul. Sans oublier un rôle
absolument inoubliable de cet abruti congénital qu’est Tom Cruise. Enfin bref,
on le voit, Tropic Thunder fait déjà très fort par ses personnages,
tous plus fadas les uns que les autres. Dans la grande tradition des héros des
grands films américains, tous ces bonshommes-là ne sont ni réalistes ni
cohérents ; on a affaire à d’énormes stéréotypes bien velus, qui ne réagissent
jamais bien, jamais comme il faut. Tout ça donnera lieu à des dialogues
absolument surréalistes, entre le foutage de gueule et la parodie.
Parce que oui, s’il y a une chose sûre, c’est que Tropic
Thunder est une énorme parodie, et en particulier des films de guerre à
gros budget. Les clins-d’œil à Platoon sont innombrables (Stiller se fait
plaisir en refaisant la fameuse scène de la mitraillette tenue à bout de bras
au-dessus de l’eau), et on sent l’âme de Rambo planer tout au long du
métrage. Un Rambo fou et hilarant, mais toujours aussi violent, et en ce sens
le film n’hésite pas une seconde ; parce que si les studios américains sont
très prudes en matière de nudité et sexe, la violence est permise. Les têtes
vont voler, et pas qu’un peu, et ça engendrera notamment une scène absolument
mythique.
Le revers de la médaille.
Bon, après ces deux paragraphes plutôt élogieux, il est
temps de se poser et de vous faire comprendre que Tropic Thunder n’est
pas exempt de défauts, loin de là. Sinon, ça se saurait. Finalement, le film
souffre de sa nature même : le joyeux bordel qu’il veut mettre en scène est
parfois trop bordélique. En allant goulûment vers la surenchère
parodique, l’humour rate parfois le coche, si bien qu’on se retrouve avec des
scènes au mieux dispensables, au pire chiantes. Pourtant, le rythme est là : ça
explose partout, tout le temps, comme tout bon film de guerre qui se respecte.
Mais ça n’empêche pas les longueurs.
Il manque donc cette couche d’intelligence qui fait tenir la
mayonnaise (oui, j’apprécie particulièrement les métaphores culinaires en ce
moment, allez comprendre) et qui donne de la profondeur à tout l’ensemble. En
ce sens, le film est très loin d’être comparable avec les comédies britanniques
comme Hot Fuzz, pour rester dans la parodie de films hollywoodien
musclés. On est ici dans le débile superficiel, direct, qui va cash dans le
lard. Ceux qui n’aiment pas réfléchir devraient donc aimer, même si le rythme
est parfois hyper-rapide. Les autres adoreront moins, mais le film n’en est pas
moins drôle.
Tropic Thunder n’est donc pas la comédie de la
décennie, mais je ne suis même pas sûr que ce soit le but. C’est simplement un
gigantesque défouloir, qui a dû être aussi marrant à jouer que ça l’est à le
regarder. Des hilarantes fausses bandes annonces du début (vraiment, VRAIMENT
géniales) jusqu’à la scène finale, tout le film est un gigantesque TGV qui file
à toute allure, qui pète, qui rote, et qui ne réfléchit surtout pas. On pose
son cerveau en rentrant dans le salon, on met le DVD dans le lecteur, on se
cale sur le canapé/lit/fauteuil/mouton (rayez la mention inutile) et on rit.
Beaucoup.

Commentaires
passé le début du film hilarant, ça s'enlise un peu en fait. Mention spéciale pour le meilleur role de Tom Cruise quand même !
Ahah "ça s'enlise", alors que le film se passe en grande partie dans les marais asiatiques... Pas mal celle-là XD
Et c'est clair que Tom Cruise est incroyable, d'ailleurs il m'a fallu un moment pour me rendre compte que c'était lui !
Moi c'est mon colloc qui a vu que c'était Tom Cruise. Pourtant je suis du genre à repérer ce genre de chose mais la c'est tellement énorme :p
J'ai eu la chance de voir le film Tropic Thunder en VO comme Hot Fuzz et en fait je les trouve tous deux, des films excellents avec le même niveau d'excellence mais dans un style différent (USA VS GB maybe).
Le peu que j'ai vu des 2 films en VF les rend beaucoup moins sympathiques. Dans Hot Fuzz, les dialogues anglais sont réglés comme une horloge de précisions et le film est bourré de petits jeux de mots, ou de références à ce qui se passera plus tard ou ce qui se passe simultanément mais ailleurs. C'est assez fort!
Quant à Tropic Thunder, c'est en plus du plaisir d'être une bonne comédie, un jeu de références à un paquet de films de tous genres pour les amateurs de cinéma américain. Là où la VF surjoue dans la vulgarité et la débilité grossière, les dialogues en VO sont assez délirants et rendent le film cohérent.
Le même phénomène de "Lost in translation" se produit pour une comédie comme le Diner de Cons dont l'humour repose sur les jeux de mots une fois traduite en anglais.