Parce qu'il parait que rire fait du bien.
    En ce moment, c’est la galère. La crise (la criiiiiiiiise) financière est partout, les patrons sont séquestrés dans leur boîte, le printemps est moche, le monde est en paranoïa complète pour une simple grippe, et il parait même que Van Gogh ne s’est pas coupé son oreille tout seul, il se la serait faite arracher par Gauguin. Oh boy. C’est l’horreur, ma bonne dame. Alors, en ces temps malheureux, on aime voir arriver des petites choses rigolotes, comme des comédies au cinéma ou encore la tête d’Eric Zeimour. En l’occurrence, Tropic Thunder fait partie de la première catégorie, et y va franco de porc grippé. Alors non, ce n’est pas très intelligent ni très finaud, c’est même assez ridicule (non, je ne parle pas de la tête d’Eric Zeimour), mais c’est jouissif.
    Tropic Thunder est l’œuvre de Ben Stiller, qui s’est occupé d’à peu près tout : co-écriture (avec le très bon Justin Theroux), production, réalisation, premier rôle… C’est son bébé. Stiller n’a certes pas fait que des chefs-d’œuvres, bien au contraire, mais il signe ici l’un de ses meilleurs films, parce qu’il a abordé dès le départ cette géniale philosophie du jusqu’auboutisme. Un mot très moche, pour dire que l’homme est allé au bout de sa vision, au bout de la parodie. Comme si ses précédents métrages n’étaient que des brouillons, des essais, pour en arriver ici.
    En ce sens, le film régale parce qu’il prend un malin plaisir à rire au pif de toute l’industrie américaine, de cette énorme machinerie un brin flippante que l’on nomme Hollywood. Les acteurs pitoyables à l’égo démesuré, les interprètes qui se plongent complètement dans leur rôle et ne jurent que par les Oscars, les producteurs véreux qui brassent des millions de pétrodollars, les réalisateurs fous qui croient avoir une Vision… Tout est passé à la moulinette Stiller, avec en bonus des milliards de référence à différents clichés de l’industrie et à plusieurs films de guerre, histoire de réussir la béarnaise.

Surenchère, parodie, caricatures.
    Déjà, le pitch est un joyeux surbordel : cinq acteurs sont lâchés en pleine jungle asiatique pour tourner un film de guerre, et se retrouvent face à des ennemis bel et bien réels qui croient avoir affaire à des envahisseurs américains (la guerre du Vietnam revisitée). Comme si ça ne suffisait pas, les acteurs en question sont des boulets en puissance, véritables caricatures vivantes : l’homme à bon cœur et motivé mais sans talent (Ben Stiller), la vedette multi-oscarisée qui ne sort jamais de son personnage même quand ça ne tourne pas (en l’occurrence, le phénoménal Robert Downey Jr joue un australien jouant un… Noir. Yep.), le boulet qui se nourrit au crack (Jack Black)…
    On notera également la présence de l’excellent Steven Coogan, qui joue le réalisateur du film, un metteur en scène anglais persuadé de faire une merveille, mais c’est bien le seul. Sans oublier un rôle absolument inoubliable de cet abruti congénital qu’est Tom Cruise. Enfin bref, on le voit, Tropic Thunder fait déjà très fort par ses personnages, tous plus fadas les uns que les autres. Dans la grande tradition des héros des grands films américains, tous ces bonshommes-là ne sont ni réalistes ni cohérents ; on a affaire à d’énormes stéréotypes bien velus, qui ne réagissent jamais bien, jamais comme il faut. Tout ça donnera lieu à des dialogues absolument surréalistes, entre le foutage de gueule et la parodie.
    Parce que oui, s’il y a une chose sûre, c’est que Tropic Thunder est une énorme parodie, et en particulier des films de guerre à gros budget. Les clins-d’œil à Platoon sont innombrables (Stiller se fait plaisir en refaisant la fameuse scène de la mitraillette tenue à bout de bras au-dessus de l’eau), et on sent l’âme de Rambo planer tout au long du métrage. Un Rambo fou et hilarant, mais toujours aussi violent, et en ce sens le film n’hésite pas une seconde ; parce que si les studios américains sont très prudes en matière de nudité et sexe, la violence est permise. Les têtes vont voler, et pas qu’un peu, et ça engendrera notamment une scène absolument mythique.

Le revers de la médaille.
    Bon, après ces deux paragraphes plutôt élogieux, il est temps de se poser et de vous faire comprendre que Tropic Thunder n’est pas exempt de défauts, loin de là. Sinon, ça se saurait. Finalement, le film souffre de sa nature même : le joyeux bordel qu’il veut mettre en scène est parfois trop bordélique. En allant goulûment vers la surenchère parodique, l’humour rate parfois le coche, si bien qu’on se retrouve avec des scènes au mieux dispensables, au pire chiantes. Pourtant, le rythme est là : ça explose partout, tout le temps, comme tout bon film de guerre qui se respecte. Mais ça n’empêche pas les longueurs.
    Il manque donc cette couche d’intelligence qui fait tenir la mayonnaise (oui, j’apprécie particulièrement les métaphores culinaires en ce moment, allez comprendre) et qui donne de la profondeur à tout l’ensemble. En ce sens, le film est très loin d’être comparable avec les comédies britanniques comme Hot Fuzz, pour rester dans la parodie de films hollywoodien musclés. On est ici dans le débile superficiel, direct, qui va cash dans le lard. Ceux qui n’aiment pas réfléchir devraient donc aimer, même si le rythme est parfois hyper-rapide. Les autres adoreront moins, mais le film n’en est pas moins drôle.
    Tropic Thunder n’est donc pas la comédie de la décennie, mais je ne suis même pas sûr que ce soit le but. C’est simplement un gigantesque défouloir, qui a dû être aussi marrant à jouer que ça l’est à le regarder. Des hilarantes fausses bandes annonces du début (vraiment, VRAIMENT géniales) jusqu’à la scène finale, tout le film est un gigantesque TGV qui file à toute allure, qui pète, qui rote, et qui ne réfléchit surtout pas. On pose son cerveau en rentrant dans le salon, on met le DVD dans le lecteur, on se cale sur le canapé/lit/fauteuil/mouton (rayez la mention inutile) et on rit. Beaucoup.