OSS 117 : Rio Ne Répond Plus, ou La Divine Comédie
Par Anansi le jeudi 30 avril 2009, 10:01 - Pellicule aviaire - Lien permanent

OSS 117 : Rio Ne Répond Plus, c’est la preuve irréfutable que la France sait encore faire des comédies en 2009. Plus Bebel que jamais, Jean Dujardin porte un film magistral, à une époque où on pensait que tout espoir de rire en France avait été annihilé avec le démantèlement des Nuls. En faisant une comédie absurde, politiquement incorrecte et ultra-référentielle, Michel Hazanavicius crée une splendeur.

C'est la France, ça, monsieur
!
Oui, on va être clair : les comédies françaises me sortent
par les yeux. Vous savez, ces petits bidules sympathiques, polis, qui ne
doivent pas surtout pas sortir des sentiers battus, parce qu’il faut faire rire
Murielle, la femme de ménage de 50 ans. Il n’y a rien qui me gonfle plus que
les « comédies pour toute la famille ». Ça me donne envie d’égorger le
directeur marketing qui a validé cette accroche. Malheureusement, les «
comédies pour toute la famille » ont tendance à s’accumuler ces dernières
années, à un risque ahurissant. Il y en a même qui font plus de 20 millions
d’entrées, c’est dire.
Après, on a aussi les bonnes daubes bien gerbantes, hein, cf
Les Bronzés 3 ou le dernier Astérix, qui vous font comprendre
à quel point le mot « humour » peut être subjectif. Ainsi, au milieu de cet
océan de médiocrité, il est difficile de se faire une place au soleil, et de
trouver une réelle bonne comédie. C’est donc avec surprise que l’on a vu
arriver OSS 117 : Le Caire Nid d’Espion en 2006. Une vraie, belle et
grande comédie française en forme d’hommage sincère aux années 50, à James
Bond, à l’absurde britannique… Mis en scène par le réalisateur de La Classe
Américaine (George Abitbol riprizents !) et magnifié par un Jean Dujardin
bluffant, le film était d’une excellente qualité.
De toute évidence, la barre était haute pour Rio ne
répond plus. Mais cette barre, aussi haute soit-elle, Michel Hazanavicius
a su la passer avec classe, façon Jean Galfione. Dites-vous-le, ce deuxième
film d’OSS 117 magnifie complètement les efforts mis en œuvre par son
prédécesseur, résultant en une comédie comme on n’en a pas vu depuis longtemps
et qu’on ne reverra pas de sitôt. Un réel bonheur autant sur le plan de la mise
en scène que des personnages, toujours aussi géniaux. Et le réalisateur
n’oublie pas de nous faire rire, à grands coups de répliques destinées à rester
dans l’histoire, de situations hilarantes, et du politiquement incorrect emmené
par son héros au nom à la con, Hubert Bonnisseur de la Bath.
Des dialogues remarquablement
écrits.
Pour cette nouvelle aventure du plus célèbre agent secret
français, l’histoire ne se situe plus en 1955 mais douze ans plus tard, en
1967… Les choses ont changé, drastiquement. La seconde guerre mondiale est
finie depuis vingt ans, mais la France panse encore ses blessures, traque les
collabos. Elle veut se reconstruire, la révolution n’est pas loin. La France du
Général de Gaulle. Alors, quand il s’agit de récupérer à Rio un microfilm
faisant la liste de plusieurs collabos français, le gouvernement fait appel à
son meilleur agent secret, « Double-1 7 », évidemment. Qui d’autre ?
Pour mener à bien sa mission, le héros recevra l’aide du
Mossad, les services secrets israéliens. Et c’est le début d’une énorme
avalanche de vannes. Parce que, si Le Caire Nid d’Espions y allait
franco sur les Arabes, c’est aujourd’hui les juifs qui sont visés. Avec leur
héros faussement naïf, Hazanavicius et Jean-François Halin (co-auteur) se
permettent à peu près toutes les remarques, et c’est de là que le film tient
son génie. Il ne recule devant rien. Le monde a changé, mais OSS est resté le
même : bourré de clichés, d’a-priori, intransigeant, raciste sans même le
savoir, sans oublier toujours aussi misogyne.
D’autant plus que le lieutenant-colonel du Mossad avec qui
il fait équipe est une femme (l’exquise Louise Monot), et qui n’est évidemment
pas attiré par le héros, dans la grande tradition des duos hommes-femmes. Voilà
les deux protagonistes lancés dans le grand Rio, son soleil, ses plages, pour
un métrage qui fleure bon la comédie d’aventure exotique. On repèrera
d’ailleurs facilement les nombreuses références à L'Homme de Rio, avec
un Jean Dujardin au torse bombé au bord de la piscine, façon Belmondo. Sans
parler des nombreux clins d’oeil à Hitchcock… Une paternité avouée avec
sincérité, plaçant Rio ne répond plus du coté des hommages comiques
plutôt que des simples parodies.
Une vraie beauté formelle.
L’autre force de Rio ne répond plus, c’est aussi
cet aspect rétro et « cartoon » que l’on retrouve du début à la fin. On a
systématiquement une unité des costumes (OSS et son costard trois pièces, sa
camarade Dolorès toujours en jupe courte et bottes), créant une constance dans
les personnages, comme s’ils sortaient des cases d'un dessin animé au graphisme
très stylisé. Cela est en plus magnifié par la mise en scène virtuose de
Hazanavicius, recourant à plusieurs reprises à un découpement en cases de la
pellicule. Dès la sublimissime séquence d’ouverture, on sait que le film va
bien au-delà de la simple comédie, qu’il veut aller plus loin.
Tout ça au service de son héros, évidemment, OSS 117…
Toujours joué par un impeccable Jean Dujardin dont les simples postures et
mimiques font éclater de rire, l’agent secret ne sera pas épargné par les
évènements ; entre une rencontre surréaliste avec un groupe de hippies et une
opération de survie en jungle, le héros n’est plus le maître intouchable qu’il
croyait être. Il se met à douter, à perdre de son assurance. Tiraillé entre sa
psychologie qui n’a pas changé depuis vingt ans et le monde qui est en pleine
mutation autour de lui, il sent qu’il y a quelque chose qui cloche, comme en
témoigne sa relation conflictuelle avec Dolorès, là où les histoires avec les
femmes se sont jusqu’à présent toujours bien passées.
Mais finalement, Hubert Bonisseur de la Bath s’en sortira.
Parce que c’est comme ça que ça doit se passer. Et alors que le film se
termine, on est fier que des œuvres comme Rio ne répond plus redonnent
leurs lettres de noblesse à la comédie française. On a le sourire aux lèvres,
on tente de se souvenir de toutes les répliques, on revoit la poursuite
effrénée dans l’hôpital, le nazi qui nous sort un monologue de
Shakespeare… Bref, on a passé un putain de bon moment. Si vous aimez le beau
cinéma et si vous avez ne serait-ce qu’une toute petite pointe d’humour, allez
voir OSS 117 : Rio ne répond plus. Vous me remercierez plus tard.
