C'est la France, ça, monsieur !
    Oui, on va être clair : les comédies françaises me sortent par les yeux. Vous savez, ces petits bidules sympathiques, polis, qui ne doivent pas surtout pas sortir des sentiers battus, parce qu’il faut faire rire Murielle, la femme de ménage de 50 ans. Il n’y a rien qui me gonfle plus que les « comédies pour toute la famille ». Ça me donne envie d’égorger le directeur marketing qui a validé cette accroche. Malheureusement, les « comédies pour toute la famille » ont tendance à s’accumuler ces dernières années, à un risque ahurissant. Il y en a même qui font plus de 20 millions d’entrées, c’est dire.
    Après, on a aussi les bonnes daubes bien gerbantes, hein, cf Les Bronzés 3 ou le dernier Astérix, qui vous font comprendre à quel point le mot « humour » peut être subjectif. Ainsi, au milieu de cet océan de médiocrité, il est difficile de se faire une place au soleil, et de trouver une réelle bonne comédie. C’est donc avec surprise que l’on a vu arriver OSS 117 : Le Caire Nid d’Espion en 2006. Une vraie, belle et grande comédie française en forme d’hommage sincère aux années 50, à James Bond, à l’absurde britannique… Mis en scène par le réalisateur de La Classe Américaine (George Abitbol riprizents !) et magnifié par un Jean Dujardin bluffant, le film était d’une excellente qualité.
    De toute évidence, la barre était haute pour Rio ne répond plus. Mais cette barre, aussi haute soit-elle, Michel Hazanavicius a su la passer avec classe, façon Jean Galfione. Dites-vous-le, ce deuxième film d’OSS 117 magnifie complètement les efforts mis en œuvre par son prédécesseur, résultant en une comédie comme on n’en a pas vu depuis longtemps et qu’on ne reverra pas de sitôt. Un réel bonheur autant sur le plan de la mise en scène que des personnages, toujours aussi géniaux. Et le réalisateur n’oublie pas de nous faire rire, à grands coups de répliques destinées à rester dans l’histoire, de situations hilarantes, et du politiquement incorrect emmené par son héros au nom à la con, Hubert Bonnisseur de la Bath.

Des dialogues remarquablement écrits.
    Pour cette nouvelle aventure du plus célèbre agent secret français, l’histoire ne se situe plus en 1955 mais douze ans plus tard, en 1967… Les choses ont changé, drastiquement. La seconde guerre mondiale est finie depuis vingt ans, mais la France panse encore ses blessures, traque les collabos. Elle veut se reconstruire, la révolution n’est pas loin. La France du Général de Gaulle. Alors, quand il s’agit de récupérer à Rio un microfilm faisant la liste de plusieurs collabos français, le gouvernement fait appel à son meilleur agent secret, « Double-1 7 », évidemment. Qui d’autre ?
    Pour mener à bien sa mission, le héros recevra l’aide du Mossad, les services secrets israéliens. Et c’est le début d’une énorme avalanche de vannes. Parce que, si Le Caire Nid d’Espions y allait franco sur les Arabes, c’est aujourd’hui les juifs qui sont visés. Avec leur héros faussement naïf, Hazanavicius et Jean-François Halin (co-auteur) se permettent à peu près toutes les remarques, et c’est de là que le film tient son génie. Il ne recule devant rien. Le monde a changé, mais OSS est resté le même : bourré de clichés, d’a-priori, intransigeant, raciste sans même le savoir, sans oublier toujours aussi misogyne.
    D’autant plus que le lieutenant-colonel du Mossad avec qui il fait équipe est une femme (l’exquise Louise Monot), et qui n’est évidemment pas attiré par le héros, dans la grande tradition des duos hommes-femmes. Voilà les deux protagonistes lancés dans le grand Rio, son soleil, ses plages, pour un métrage qui fleure bon la comédie d’aventure exotique. On repèrera d’ailleurs facilement les nombreuses références à L'Homme de Rio, avec un Jean Dujardin au torse bombé au bord de la piscine, façon Belmondo. Sans parler des nombreux clins d’oeil à Hitchcock… Une paternité avouée avec sincérité, plaçant Rio ne répond plus du coté des hommages comiques plutôt que des simples parodies.

Une vraie beauté formelle.
    L’autre force de Rio ne répond plus, c’est aussi cet aspect rétro et « cartoon » que l’on retrouve du début à la fin. On a systématiquement une unité des costumes (OSS et son costard trois pièces, sa camarade Dolorès toujours en jupe courte et bottes), créant une constance dans les personnages, comme s’ils sortaient des cases d'un dessin animé au graphisme très stylisé. Cela est en plus magnifié par la mise en scène virtuose de Hazanavicius, recourant à plusieurs reprises à un découpement en cases de la pellicule. Dès la sublimissime séquence d’ouverture, on sait que le film va bien au-delà de la simple comédie, qu’il veut aller plus loin.
    Tout ça au service de son héros, évidemment, OSS 117… Toujours joué par un impeccable Jean Dujardin dont les simples postures et mimiques font éclater de rire, l’agent secret ne sera pas épargné par les évènements ; entre une rencontre surréaliste avec un groupe de hippies et une opération de survie en jungle, le héros n’est plus le maître intouchable qu’il croyait être. Il se met à douter, à perdre de son assurance. Tiraillé entre sa psychologie qui n’a pas changé depuis vingt ans et le monde qui est en pleine mutation autour de lui, il sent qu’il y a quelque chose qui cloche, comme en témoigne sa relation conflictuelle avec Dolorès, là où les histoires avec les femmes se sont jusqu’à présent toujours bien passées.
    Mais finalement, Hubert Bonisseur de la Bath s’en sortira. Parce que c’est comme ça que ça doit se passer. Et alors que le film se termine, on est fier que des œuvres comme Rio ne répond plus redonnent leurs lettres de noblesse à la comédie française. On a le sourire aux lèvres, on tente de se souvenir de toutes les répliques, on revoit la poursuite effrénée dans l’hôpital, le nazi qui nous sort un monologue de Shakespeare… Bref, on a passé un putain de bon moment. Si vous aimez le beau cinéma et si vous avez ne serait-ce qu’une toute petite pointe d’humour, allez voir OSS 117 : Rio ne répond plus. Vous me remercierez plus tard.