Chronique d'une musique bâtarde.
    Ces temps-ci, les groupes de musique s’ennuient. Ça doit être la crise, ou le réchauffement climatique. Je ne sais pas. Toujours est-il que la formation de supergroupes est devenue un véritable concours national. Jack White monte des nouveaux groupes tous les deux jours (je rappelle : The White Stripes, puis The Raconteurs, et bientôt The Dead Weather), Alex Turner a laissé ses potes des Arctic Monkeys pour se la jouer pop symphonique avec The Last Shadow Puppets, Damon Albarn a monté Gorillaz après l’arrêt de Blur, ainsi que le fantastique groupe The Good, the Bad & the Queen plus tard… Une vraie manie, j’vous dis.
    Pour l’heure, la formation qui nous occupe est le résultat d’une symbiose entre l’ancien bassiste des Arctic Monkeys Andy Nicholson, l’actuel batteur du groupe précité Matt Helders, Drew McConnell bassiste des Babyshambles, John McClure et Joe Moskow des Reverend and the Makers, et enfin le rappeur londonien (oui ça existe) Lowkey. Mettez tout ça dans un studio, laissez décanter, et vous obtiendrez Mongrel et leur son bien bâtard (traduction littérale de « mongrel » en français). Bâtard parce que, alors qu’on pourrait s’attendre légitimement à de la brit-pop, Better The Heavy est en réalité du bon gros hip-hop, auquel vient se mêler du dub, des passages plus rock…
    Une œuvre hybride, à la croisée des genres, qui donne de toute évidence un disque hétérogène. Mais je vais être clair : qui vous soyez un habitué des disques de rap ou hip-hop « west-coast niggaz » ou pas, Better Than Heavy vaut clairement le coup d’oreille. Parce que c’est rythmé comme pas permis, parce que la musicalité de l’ensemble fait mouche du début à la fin. L’album – même s’il ne dure odieusement que 39 petites minutes - est très bien orchestré, le mélange des genres donnant un patchwork élégant comme on l’entend peu.

La recette est-elle parfaite ?
    On l’entend peu, certes, mais ce n’en est pas révolutionnaire pour autant. Parce que je suppose qu’à la lecture de la description de cette musique, vous aurez vous-mêmes fait le rapprochement avec un autre groupe qui mélangeait les genres, à savoir Gorillaz. On retrouve donc ce goût de mêler rap, rock et pop, dans un gros bordel joyeux. Même le logo de Mongrel ressemble à celui de Damon Albarn et Danger Mouse ! Mais là où Gorillaz se la jouait pop coloré et gaie, Andy Nicholson et ses potes sont eux beaucoup plus engagés. Oui, je vous préviens, les bonshommes ne sont pas contents, et tiennent à le faire savoir.
    Politique, consommation… Tout y passe, tellement que ça en devient vite saoulant si on écoute trop les paroles. Et puis, c’est marrant mais je trouve qu’un rap est beaucoup moins crédible quand il arbore l’accent de Sheffield. Y’a quelque chose de campagnard, de bouseux qui sort. Mais ça a le mérite d’être drôle. Heureusement, la musicalité est elle toujours au taquet. On le voit d’entrée avec Barcode, au rythme entêtant nous annonçant « You’re a number, you’re a barcode » . Remarquablement produite, la chanson se remarque surtout par son refrain qui te tabasse veugra dans ta tête, très proche des Arctic Monkeys.
    On retrouve cela avec l’excellentissime Better Them Than Us, un peu plus tard, au rythme très fort. Percutante et souple à la fois, on a là l’une des meilleures chansons de l’album, parce qu’elle parvient à cristalliser tout le message que veut faire passer le groupe : hybridation, melting pot. Et dans ce cas-là, c’est très réussi. Alphabet Assassins reste sur le même créneau, en alternant cette fois-ci les voix, masculines et féminines. Le rythme tantôt lent tantôt rapide des couplets offre une dynamique vraiment jouissive, même si du coup la musique est un peu trop en retrait, se contentant du strict minimum. Dommage.

Hétéroclite, donc inégal.
    Puis, à d’autres instants, la formation s’accordera des passages plus doux et enlevés, pour rappeler non plus les rythmes effrénés des Arctic Monkeys mais les morceaux pop soyeux de Gorillaz. Lies en est le parfait exemple. Alors que la basse constitue dans un premier temps l’échine du morceau, le piano s’invite doucement entre deux couplets, pour ensuite laisser la place à un refrain plein de volupté, qui vient rompre la machinerie qui commençait à s’installer. Puis, avec Hit From The Morning Sun qui suit, la musique se fait beaucoup plus dub, pour ne pas dire psychédélique. Dans tous les cas, le LSD ne devait pas être loin.
    Je regrette quand même que ce gros bordel ne soit pas plus maitrisé ; parce que, qui dit musique variée, dit aussi compositions inégales. Allez, dites-le. Tout n’est donc pas à garder, comme on le voit par exemple avec Art Like That et ses voix un poil stressantes, ou encore All Your Ever After, dernière chanson de l’album. On retrouve là le syndrome que l’on avait déjà avec The Decemberists, à savoir une chanson calme censée finir le disque en douceur, mais ne constituant en fait qu’une basique ballade qu’on oubliera bien vite. Surtout que les gars de Mongrel sont arrivés à beaucoup mieux dans le même style, avec Julian.
    Better Than Heavy est donc un bien beau disque, inégal mais rempli de qualités. Même si certains seront gavés par le coté politisé du groupe (le disque a même été filé gratos avec The Independant, journal anglais de gauche), on ne peut que reconnaître l’efficacité du rythme qui parcourt ces onze chansons. A noter que ce premier essai des Mongrel est vendu avec un deuxième CD appelé Better Than Dub, comportant une version dub de l'album (forcément), mixée par Mister Adrian Sherwood lui-même. Si ça ce n’est pas une raison supplémentaire pour vous y intéresser, je ne sais pas ce qui le fera. Allez-y, ne vous privez pas.

    Quelques extraits de l'album



Mongrel - Lies


Mongrel - Better Them Than Us