Barber Martin: There. You finally look like a human being again. You shouldn't wait so long between haircuts, you cheap son of a bitch.
Walt Kowalski: Yeah. I'm surprised you're still around. I was always hoping you'd die off and they got someone in here that knew what the hell they were doing. Instead, you're just hanging around like the duop dego you are.
Barber Martin: That'll be ten bucks, Walt.
Walt Kowalski: Ten bucks? Jesus Christ, Marty. What are you, half Jew or somethin'? You keep raising the damn prices all the time.
Barber Martin: It's been ten bucks for the last five years, you hard-nosed pollock son of a bitch.
Walt Kowalski: Yeah, well keep the change.
Barber Martin: See you in three weeks, prick.
Walt Kowalski: Not if I see you first, dipshit.

Retour à l'acting.
    Clint Eastwood n’est pas un homme comme les autres. Voilà maintenant près de 60 ans qu’il se ballade sur les studios de cinéma, et il a toujours la même forme, comme s’il ne vieillissait jamais. Il continue, encore et encore, et justifie de plus en plus chaque jour son statut d’icône du cinéma. Il y a Clint, et les autres. Tu peux pas test. Ainsi, quelques mois seulement après avoir offert un rôle magnifique à Angelina Jolie dans The Changeling, revoilà Father Clint avec Gran Torino… Et encore une fois, Clint Eastwood signe une œuvre d’une excellence rare, où le classicisme (au sens noble du terme) du scénario trouve ses teintes dans des dialogues affûtés au rasoir.
    Et puis, parce que Clint sait qu’il est le Maître, il ne se contente pas de réaliser, il joue aussi le rôle principal. En l’occurrence, il s’agit de Walt Kowalski, un américain pure souche malgré ses origines polonaises. Vétéran de la guerre de Corée, le vieil homme éprouve un profond mépris pour tout ce qui n’est pas américain en général, et asiatique en particulier. Alors, évidemment, se retrouver entouré de voisins Hmong (un peuple s’étirant entre le Laos, la Thaïlande et la Chine) n’est franchement pas pour lui plaire. La famille Hmong a elle aussi ses propres problèmes, et notamment le plus jeune fils, Thao, qui se retrouve embringué dans un gang local.
    Tout dégénèrera lorsque le gang demandera à Thao de voler la Ford Gran Torino 1972 de Walt, certainement la chose à laquelle il tient le plus. Ayant échoué dans sa tentative après avoir été surpris par Walt, Thao recevra la visite des membres du gang chez lui ; et alors qu’ils commençaient à le frapper, Walt sortit de chez lui, fit face au gang, et devient malgré lui le héros du quartier. Le vieil acariâtre voulait seulement qu’ils dégagent de sa pelouse. Mais ce sera le début d’un semblant d’amitié entre Walt et ses voisins, et notamment Thao et sa grande sœur, Sue. Finalement, le vieux bonhomme reclus, passant ses journées à boire de la bière et bricoler, se rendra compte qu’il a plus en commun avec ces exilés qu’il ne le croit.

Les dialogues, bordel, les dialogues !
    Tout d’abord, attention : contrairement à ce que peut vous faire croire la bande-annonce, Gran Torino n’est ni un nouvel épisode déguisé de Dirty Harry, ni le film cliché du type « le vieux méchant qui s’attendrit pour le petit gentil ». Il est tellement plus que ça, tellement plus fin et délicat, que ce serait lui faire affront. Le film est pétris de sentiments divers, tous aussi forts les uns que les autres, qui le rendent beaucoup plus complexe qu’au premier coup d’œil. Le rapport à l’autre, l’exil, les préjugés, les différences culturelles, la religion, le respect, la nécessité du devoir initiatique… Tous ces éléments sont autant de thèmes que brassent le film, avec force et finesse à la fois.
    Mais, dans tous les cas, il est vrai que Gran Torino partage un point commun avec la série des Dirty Harry, que nous n’avions pas retrouvé depuis longtemps chez l’acteur-réalisateur : des dialogues cisaillés de toutes part. Du début à la fin, ça n’arrête pas : les répliques jouissives pleuvent dans tous les sens. En effet, Walt étant un homme inflexible, pétris de préjugés, et pas franchement le saint du coin, il balance et crache sur à peu près tout le monde, sans que ça le dérange. Il a passé l’âge de se méfier des conséquences de ses actes. Cela offre ainsi des dialogues mythiques entre le héros et les Hmong, son coiffeur, un ami entrepreneur du bâtiment, ou encore un gang black qui avait coincé dans une rue Sue et un petit ami, qui se la jouait « bro ».
    Bon alors, évidemment et plus que jamais, Gran Torino est à voir en VO. Ca fait toujours frimeur de le dire, mais là c’est juste nécessaire pour se rendre compte de l’importance des dialogues. Clint Eastwood et Nick Schenk (qui a écrit le script) ont mis au point des répliques d’un tel rythme qu’elles en deviennent presque musicales. Ainsi, chaque scène apporte sa pierre à l’édifice, qu’elle soit émouvante, triste ou drôle. Gran Torino c’est un peu un mélange de tout cela : on rit, on pleure, on est choqués… Avec une aisance sidérante, le réalisateur passe d’un sentiment à l’autre, et ça marche, on s’imprègne de la psychologie si particulière du héros mis en scène.

L'un des meilleurs films du réalisateur.
    Finalement, avec ce film, Clint Eastwood réconcilie et unit sous la même bannière tous ses fans : les nostalgiques des westerns-spaghetti et leurs héros charismatiques, les adeptes de Harry Callahan qui traîne son allure cynique et désabusée avec lui, les amoureux de la Route de Madison… En somme, sont résumées ici « les neuf vies de Clint Eastwood » (comme il est très bien dit dans le dernier Brazil). Dans Gran Torino, les flingues et les M51 côtoient les immigrés aux cultures marquées, tous les éléments virevoltent. Tout cela étant bien évidemment englobé par cette voiture, symbole de l’américanisme, qui a gagné son statut d’icône dans Starsky et Hutch.
    Pourtant, la dernière œuvre de l’américain n’invente pas grand-chose, et le scénario n’est pas un modèle d’originalité. Au contraire, elle s’inscrit dans un contexte bien ancré dans notre société actuelle. Mais elle traite ses thèmes avec tellement d’excellence qu’on lui pardonne son esprit très classique. Et ce rôle de vieillard xénophobe, anti-héros par excellence, sied à merveille à Eastwood, comme s’il atteignait ici une sorte de conclusion idéale. L’homme a d’ailleurs dit que Walt Kowalski serait son dernier rôle d’acteur, avant de se raviser en expliquant que Sinatra avait fait de même durant toute sa carrière.
    Avec une autodérision et un travail sur soi exemplaires, Clint Eastwood entre en pleine introspection avec Gran Torino (le conservatisme de Walt Kowalski est partagé par Eastwood, qui s’est mis du coté de McCain durant la campagne présidentielle américaine), tout en prenant un recul évident avec sa légende. Ici, son héros n’est pas intouchable ni omnipotent. Il est vieux et faible. Mais il a gardé, en guise de bouclier, sa verve et son fusil de chasse. Et il n’hésitera pas à les utiliser. Avec juste ce qu’il faut d’humour pour désacraliser les moments de tension, le réalisateur signe une œuvre d’une immense ampleur, à la fois intimiste et universelle. Un grand film.


"Ever notice how you come across somebody once in a while you shouldn't have fucked with? That's me."