No Line On The Horizon, de U2
Par Anansi le mardi 3 mars 2009, 10:09 - Le canard et la musique - Lien permanent

Un peu plus de quatre ans après leur dernier album, U2 revient... Pour le meilleur et pour le pire ? En l'occurrence, avec No Line On The Horizon, c'est surtout pour le pire ; entre classicisme et volonté d'innovation, le groupe a peiné à choisir, et livre finalement un disque sans grand intérêt. Tout est à l'image du single, Get On Your Boots ; faiblard, rondouillard, mou du bulbe. Alors, même si tout n'est pas à jeter, on oubliera bien vite ce nouvel essai des irlandais.

Un nouvel album de U2 : un évènement en
soi.
Ah, Ioutou… Aujourd’hui, il est devenu très difficile de
parler d’un album de U2, tout simplement parce qu’ils occupent une place
particulière dans l’industrie musicale. D’un coté, on va avoir affaire aux fans
hardcore, ceux qui brûlent un cierge tous les soirs en l’honneur de Bono, ont
des posters de Joshua Tree dans leur salon, considèrent que The Edge est le
plus grand guitariste du monde "parce qu’il est mélodique, tu vois", et
arrivent à écrire "Steve Lilywhite" sans se tromper. Ajoutez également des
lunettes larges à la Bono pour compléter la panoplie. Ces gens existent bel et
bien, j’en ai même un parmi mes amis. J’vous jure.
Et puis, d’un autre coté, on a ceux qui trouve que U2 n’a
rien produit de décent depuis plusieurs années, et qui se moquent gentiment du
groupe, pour les élans politiques de Bono, qui ont pris le pas sur leur
musique. On ne peut pas franchement leur en vouloir, à ces gens-là : les
ambitions messianiques du leader irlandais, qui n’hésite pas à enchaîner les
discours et les élucubrations sur la Déclaration des Droits de l’Homme lors des
concerts, gonflent pas mal de monde. Alors, du coup on regarde tout ça d‘un œil
torve, et on retourne écouter de la vraie musique (ooooooooh !), celle qui
n‘est pas politisée.
Alors, évidemment, dire que No Line On The Horizon,
le dernier opus, était attendu résonne comme une évidence. Tous les médias en
parlent, les unes des magazines s’enchaînent, impossible d’échapper au
« Grand Retour Du Plus Grand Groupe De Rock Du Monde ». Youplaboom.
Ouais, U2 c’est un peu les Bienvenue Chez Les Ch’tis de la musique.
Depuis des décennies, que tu aimes ou pas, t’es obligé d’en bouffer à toutes
les heures, et à grandes cuillerées hein, et met du citron dans ton eau ça
t’aidera à digérer. Manque de bol, malgré toute la bonne volonté du monde (et
vous savez que j’en ai), et malgré un bon paquet d’écoute intégrale, je me
rends à l’évidence : No Line On The Horizon c’est de la petite daube,
en fait.
Un renouvellement foireux.
Tout commence par le premier morceau (du même titre que
l’album) qui joue la carte de l’efficacité, sans beaucoup plus. La rythmique
basse-batterie, accompagnée par la lourde guitare du Edge, porte plutôt pas mal
la voix motivée de Bono, mais y’a pas de quoi se lever la nuit. Du U2 qui fait
du U2, en somme… Un rythme basique, et on voit bien vite arriver les
« wouhohohohouuuuu » et « oooooooooh » qu’on imagine calés
pour qu’ils soient repris en chœur lors de la tournée, par un public qui sera
émerveillé de voir des écrans de trois cents mètres de haut devant eux.
Pour ce qui est de Magnificent, qui suit, on
remonte un peu le niveau. Très « Joshua Tree » dans l’idée, le
synthétiseur et les subtils claquements de mains sont efficaces lors des
couplets, et le refrain trouve une vraie mélodie, légère et envolée. Même si on
regrette encore les « oooohoohho » intempestifs pour lancer ces
refrains… Un titre encore classique, mais qui trouve son contraire avec
Moment Of Surrender, qui lui s’avère original, pour le coup. Un début
très contemplatif (ce qui est le cas pour beaucoup de titre de l’album, en
fait), qui enchaîne sur un truc presque expérimental. Une sorte de rock
progressif, de plus de 7 minutes, bien mollasson, malgré un Bono qui hurle dans
le micro.
Et puis, vers la fin, on retrouve les fameux « Hou hou
houuuuuu » qui commencent à sérieusement me briser les gonades. Je veux
bien que Brian Eno (qui a produit l’album) soit un spécialiste des faiblesses
mélodiques (le monsieur produit aussi Coldplay), mais quand même, de là à
vouloir combler ça par des onomatopées criardes… Surtout que ça ne va pas aller
en s’arrangeant avec Unknown Caller, qui lui aussi est construit sur
le thème « expérimentation d’un nouveau son progressif qui ne passera
jamais à la radio » (là on a des oiseaux et des orgues, en plus) et des
« ohohooooo oh oh ! » qui finissent de nous achever. C’est si
compliqué que ça d’écrire de vraies paroles ? Avec des mots, des verbes et tout
? Ce sera moins simple pour le public de chanter, ouais, mais des morceaux
comme Vertigo en viennent à nous manquer, c‘est dire.
Uouuuuhhouuu lalalalaaaaaaaa
wohohohooooo.
En fait, on sent vraiment qu’avec No Line On The
Horizon, U2 a voulu se trouver une nouvelle approche musicale pour mieux
se renouveler, mais il y a quelque chose dans le procédé qui a foiré. Pour
certains groupes, cette volonté d’innovation marche à merveille, et peut donner
de vraies pépites ; il n’y a qu’à écouter Dig Out Your Soul, le
dernier Oasis. Mais parfois, il manque cette flamme, cette étincelle de génie
qui va tout embraser et transformer un essai infructueux en succès. No Line
On The Horizon ne l’a pas. Alors, quand le groupe et ses producteurs
disaient que No Line On The Horizon était très certainement le
meilleur album de U2 et qu’il allait redéfinir le pop-rock, on se dit que ce
sont surtout de très bons marketeux.
Mais attention, tout n’est pas à jeter. Par exemple,
I’ll Go Crazy If I Don’t Go Crazy Tonight et Stand Up Comedy,
entourant le single Get On Your Boots (fade et mou du genou), sont
deux bonnes chansons, rythmées et joyeuses. En particulier, la batterie et la
guitare de Stand Up Comedy trouvent une vraie alchimie, et offrent à Bono un
support sur lequel se faire plaisir et pavoiser comme un dandy pop. Une piste
courte (3min46) comparée au reste, mais intense, et qui nous libère enfin des
onomatopées du chanteur, qui n’est pas obligé d’en faire des caisses. Puis, on
reviendra ensuite aux expérimentations bizarres avec Fez - Being Born,
qui commence comme la bande son d’un vieux film de SF…
Un titre curieux, intéressant dans son approche, mais qui
gagnerait en qualité s’il n’était pas encore une fois phagocyté par des
« ooooooooooohooooh » qui nous donnent envie de tout arrêter. Et
c’est en fait l’opinion globale que l’on a de l’album dans son entièreté. Il
est étrange, surtout pour du U2, donc ça pourrait suffire pour convaincre, mais
il n’y parvient en fait pas. Tout le monde en fait des caisses, le rock est
noyé dans une avalanche d’éléments disparates sans grâce, aucun morceau n’est
vraiment excellent…. Bref, pour répéter la dernière phrase de mon premier
paragraphe, c‘est de la petite daube. Mais enfin, je suppose que c‘est plus
rentable de faire des tournées mondiales avec écrans géants que de faire de
bons albums... (Oui, moi aussi j‘aime finir mes articles par des phrases
putassières.)

Commentaires
Mannnnnnnn!!!! je vais le dire à Kevin!!! tu vas te prendre des cierges et des lunettes large en travers de la gueule... ( même si je te rejoins sur ta critique... )
N'empêche qu'eux, au moins, ils ont une rue de New York!!!
ps: très joli blog mon poto!!!
Arrête, s'il m'envoie ses lunettes sur la tronche je décède aussitôt ! Et c'est très juste pour la rue à New-York, d'ailleurs ils font tellement tout à l'américaine les U2 qu'on en oublierait presque qu'ils sont dublinois.
Et merci pour le compliment, ça fait plaisir de te voir ici !