Un nouvel album de U2 : un évènement en soi.
    Ah, Ioutou… Aujourd’hui, il est devenu très difficile de parler d’un album de U2, tout simplement parce qu’ils occupent une place particulière dans l’industrie musicale. D’un coté, on va avoir affaire aux fans hardcore, ceux qui brûlent un cierge tous les soirs en l’honneur de Bono, ont des posters de Joshua Tree dans leur salon, considèrent que The Edge est le plus grand guitariste du monde "parce qu’il est mélodique, tu vois", et arrivent à écrire "Steve Lilywhite" sans se tromper. Ajoutez également des lunettes larges à la Bono pour compléter la panoplie. Ces gens existent bel et bien, j’en ai même un parmi mes amis. J’vous jure.
    Et puis, d’un autre coté, on a ceux qui trouve que U2 n’a rien produit de décent depuis plusieurs années, et qui se moquent gentiment du groupe, pour les élans politiques de Bono, qui ont pris le pas sur leur musique. On ne peut pas franchement leur en vouloir, à ces gens-là : les ambitions messianiques du leader irlandais, qui n’hésite pas à enchaîner les discours et les élucubrations sur la Déclaration des Droits de l’Homme lors des concerts, gonflent pas mal de monde. Alors, du coup on regarde tout ça d‘un œil torve, et on retourne écouter de la vraie musique (ooooooooh !), celle qui n‘est pas politisée.
    Alors, évidemment, dire que No Line On The Horizon, le dernier opus, était attendu résonne comme une évidence. Tous les médias en parlent, les unes des magazines s’enchaînent, impossible d’échapper au « Grand Retour Du Plus Grand Groupe De Rock Du Monde ». Youplaboom. Ouais, U2 c’est un peu les Bienvenue Chez Les Ch’tis de la musique. Depuis des décennies, que tu aimes ou pas, t’es obligé d’en bouffer à toutes les heures, et à grandes cuillerées hein, et met du citron dans ton eau ça t’aidera à digérer. Manque de bol, malgré toute la bonne volonté du monde (et vous savez que j’en ai), et malgré un bon paquet d’écoute intégrale, je me rends à l’évidence : No Line On The Horizon c’est de la petite daube, en fait.

Un renouvellement foireux.
    Tout commence par le premier morceau (du même titre que l’album) qui joue la carte de l’efficacité, sans beaucoup plus. La rythmique basse-batterie, accompagnée par la lourde guitare du Edge, porte plutôt pas mal la voix motivée de Bono, mais y’a pas de quoi se lever la nuit. Du U2 qui fait du U2, en somme… Un rythme basique, et on voit bien vite arriver les « wouhohohohouuuuu » et « oooooooooh » qu’on imagine calés pour qu’ils soient repris en chœur lors de la tournée, par un public qui sera émerveillé de voir des écrans de trois cents mètres de haut devant eux.
    Pour ce qui est de Magnificent, qui suit, on remonte un peu le niveau. Très « Joshua Tree » dans l’idée, le synthétiseur et les subtils claquements de mains sont efficaces lors des couplets, et le refrain trouve une vraie mélodie, légère et envolée. Même si on regrette encore les « oooohoohho » intempestifs pour lancer ces refrains… Un titre encore classique, mais qui trouve son contraire avec Moment Of Surrender, qui lui s’avère original, pour le coup. Un début très contemplatif (ce qui est le cas pour beaucoup de titre de l’album, en fait), qui enchaîne sur un truc presque expérimental. Une sorte de rock progressif, de plus de 7 minutes, bien mollasson, malgré un Bono qui hurle dans le micro.
    Et puis, vers la fin, on retrouve les fameux « Hou hou houuuuuu » qui commencent à sérieusement me briser les gonades. Je veux bien que Brian Eno (qui a produit l’album) soit un spécialiste des faiblesses mélodiques (le monsieur produit aussi Coldplay), mais quand même, de là à vouloir combler ça par des onomatopées criardes… Surtout que ça ne va pas aller en s’arrangeant avec Unknown Caller, qui lui aussi est construit sur le thème « expérimentation d’un nouveau son progressif qui ne passera jamais à la radio » (là on a des oiseaux et des orgues, en plus) et des « ohohooooo oh oh ! » qui finissent de nous achever. C’est si compliqué que ça d’écrire de vraies paroles ? Avec des mots, des verbes et tout ? Ce sera moins simple pour le public de chanter, ouais, mais des morceaux comme Vertigo en viennent à nous manquer, c‘est dire.

Uouuuuhhouuu lalalalaaaaaaaa wohohohooooo.
    En fait, on sent vraiment qu’avec No Line On The Horizon, U2 a voulu se trouver une nouvelle approche musicale pour mieux se renouveler, mais il y a quelque chose dans le procédé qui a foiré. Pour certains groupes, cette volonté d’innovation marche à merveille, et peut donner de vraies pépites ; il n’y a qu’à écouter Dig Out Your Soul, le dernier Oasis. Mais parfois, il manque cette flamme, cette étincelle de génie qui va tout embraser et transformer un essai infructueux en succès. No Line On The Horizon ne l’a pas. Alors, quand le groupe et ses producteurs disaient que No Line On The Horizon était très certainement le meilleur album de U2 et qu’il allait redéfinir le pop-rock, on se dit que ce sont surtout de très bons marketeux.
    Mais attention, tout n’est pas à jeter. Par exemple, I’ll Go Crazy If I Don’t Go Crazy Tonight et Stand Up Comedy, entourant le single Get On Your Boots (fade et mou du genou), sont deux bonnes chansons, rythmées et joyeuses. En particulier, la batterie et la guitare de Stand Up Comedy trouvent une vraie alchimie, et offrent à Bono un support sur lequel se faire plaisir et pavoiser comme un dandy pop. Une piste courte (3min46) comparée au reste, mais intense, et qui nous libère enfin des onomatopées du chanteur, qui n’est pas obligé d’en faire des caisses. Puis, on reviendra ensuite aux expérimentations bizarres avec Fez - Being Born, qui commence comme la bande son d’un vieux film de SF…
    Un titre curieux, intéressant dans son approche, mais qui gagnerait en qualité s’il n’était pas encore une fois phagocyté par des « ooooooooooohooooh » qui nous donnent envie de tout arrêter. Et c’est en fait l’opinion globale que l’on a de l’album dans son entièreté. Il est étrange, surtout pour du U2, donc ça pourrait suffire pour convaincre, mais il n’y parvient en fait pas. Tout le monde en fait des caisses, le rock est noyé dans une avalanche d’éléments disparates sans grâce, aucun morceau n’est vraiment excellent…. Bref, pour répéter la dernière phrase de mon premier paragraphe, c‘est de la petite daube. Mais enfin, je suppose que c‘est plus rentable de faire des tournées mondiales avec écrans géants que de faire de bons albums... (Oui, moi aussi j‘aime finir mes articles par des phrases putassières.)