Le retour d'un homme bien.
    Le monde des séries télé commencent à connaître quelques têtes d’affiche, des hommes dont les noms reviennent souvent. Le plus bel exemple en date est très certainement J.J Abrams, créateur de Alias, Lost et plus récemment Fringe. Des séries ayant pour points communs des campagnes marketing supra-soûlantes à base de sites viraux et autres cochonneries, pour au final accoucher d’une série au mieux banale, au pire pourrie. Mais un autre bonhomme très connu dans le milieu est sans conteste Joss Whedon. Ayant explosé à la face du monde avec Buffy the Vampire Slayer et son spin-off Angel, il s’est ensuite créé une autre solide base de fans avec la trop courte mais géniale série western-SF Firefly.
    En somme, Whedon c’est un peu l’ami de tous les geeks de la planète. En effet, il est aussi scénariste de divers comics, et notamment l’excellent Astonishing X:Men, ce qui explique sa propension à teinter ses séries d’un esprit très "comics". Ainsi, on retrouve à chaque fois une galerie de personnages en marge et bousculés par la société, que ce soit les losers de la fac dans Buffy, ou les vampires acceptés nulle part dans Angel. Les personnages de Whedon sont tout sauf des héros ; ils sont faibles, à la dérive, et subissent les évènements plus qu’ils ne les dirigent. Des thèmes chers à l’auteur, et que l’on retrouve encore dans sa dernière série en date, Dollhouse.
    Quittant la science-fiction pure de Firefly pour revenir dans un monde tout ce qu’il y a de plus concret, Dollhouse (littéralement, maison de poupée) met en scène un complexe top secret (qui donne son nom à la série), où des hommes et des femmes sont programmés pour mener à bien des missions spécifiques. Pour chaque contrat, on implante au "doll" sélectionné une nouvelle personnalité, une mémoire et des capacités différentes. Puis, la mission remplie, l’agent revient au dollhouse et ses souvenirs sont effacés. Mais une jeune doll, Echo, viendra gripper la mécanique bien établie lorsque ses souvenirs propres reviendront à la surface.

Ou le combat de l'Homme contre le Système.
    Un scénario vraiment passionnant, et qui possède suffisamment d’originalités pour attirer tous les regards. On le voit, tous les questionnements et interrogations de l’auteur sont présents : le rapport à l’autre, la manipulation, l’aliénation, et finalement l’éveil de la conscience individuelle face au collectif asservissant. On sent véritablement que Joss Whedon met du cœur à l’ouvrage, et veut faire du mieux possible. Néanmoins, il est dommage qu’il doive encore une fois se confronter aux cravateux de la Fox, bien décidés à imposer leur propre vision des choses. Et cela se ressent dès le Pilote…
    En effet, tout comme pour Firefly, l’accouchement de Dollhouse aura été laborieux. Alors qu’un premier Pilote avait été écrit et tourné, la Fox le jugea trop cryptique et pas assez simple, obligeant Whedon à revoir sa copie, pour fournir quelque chose de plus abordable et plus accessible. Et tandis qu’on espérait un premier épisode fort en symboles et en mythologie pour lancer convenablement les bases du scénario, on se retrouve avec une intrigue basique et plate, qui ne donne absolument pas l’impression que nous avons affaire à un Pilote. A trop vouloir simplifier, on a javellisé le cœur même de la série.
    Ce premier épisode présente Echo sous les peaux de deux personnalités différentes, une petite amie temporaire et une négociatrice d’otages. Et même si l’ensemble est agréable à suivre et que Eliza Dushku (que l’on a déjà vu dans Buffy) joue très bien son rôle à personnalités interchangeables, on ne peut s’empêcher de regretter le manque de puissance de tout ça. Un constat évidemment imposable à la Fox qui, sous couvert de ne pas vouloir effrayer le spectateur, aura sabordé le début de sa propre série. Un phénomène que l’on retrouve très souvent avec la chaîne, notez.

Utopiste, moi ?
    Malgré tout, plusieurs éléments font mouche dès ce Pilote. On note ainsi les débuts tonitruants de Paul Ballard (joué par Tohmah Penikett, vu dans Battlestar Galactica), agent du FBI aux méthodes expéditives ayant pour but de percer à jour le mystère de la Dollhouse. Whedon tente également de-ci de–là de mettre en place la mythologie de sa série, en glissant plusieurs allusions, et en faisant se questionner les personnages, en humanisant les "méchants". On en apprend aussi un peu plus sur les méthodes d’effacement de la mémoire, et de l’implantation des différentes personnalités… Comme par exemple le fait que toute force apportée (citons le talent de négociateur) doit être compensée par une faiblesse.
    Bref, on le voit, tout n’est pas à jeter dans ce Pilote de Dollhouse, bien au contraire. En fait, j’ai envie de dire que j’y crois. Parce que Joss Whedon est un homme bien, et que ce projet lui tient vraiment à cœur. Il est simplement dommage qu’il doive encore une fois faire des concessions pour la Fox… Après 5 ans de travail sur sa série, ça doit faire mal à l’amour propre, quand même. Maintenant, la question est de savoir si la série va pouvoir tenir sur la durée. Vus les premiers chiffres d’audience – plutôt mauvais – c’est loin d’être gagné, et il se pourrait que Dollhouse suive le parcours de Firefly, arrêtée après neuf épisodes…
    Et, franchement, ça me ferait mal au cœur. Parce qu’avec l’excellent scénario à tiroir que possède la série, il y a véritablement de quoi faire, de quoi créer quelque chose de beau. A mi-chemin entre Alias (pour les changements de personnalités) et Le Caméléon (pour l’organisation secrète manipulatrice), elle apporte un vrai coup de vent frais à ce petit landernau des séries télé. Alors, prions, prions pour que les futurs épisodes soient comme les voulait Joss Whedon, prions que le bouche-à-oreille fasse son effet, prions pour que la Fox ne saborde pas le projet, prions pour que ça marche, prions pour que les guerres s’arrêtent, prions pour que la faim dans le monde disparaisse, prions pour que Nadine Morano arrête la politique et reste chez elle à faire du crochet. Prions ensemble, mes Frères.