Lucky there's a family guyyyyyy...!
    Voilà quelques mois, je vous avais parlé d’American Dad, le dernier cartoon en date du sieur Seth McFarlane. Mais si, souvenir-vous : il me semble bien avoir prononcé les mots "fantastique" et "merveilleux", tellement ce dessin animé est fantastiquement merveilleux. Mais, la vie étant intrinsèquement injuste, je n’avais pas encore eu l’occasion de vous parler de Family Guy, la première œuvre du bonhomme, celle qui lui a permis de "passer de pauvre immigré vietnamien à millionnaire caucasien" (c’est lui qui le dit, je n’y suis pour rien).
    Hé bien, si vous le voulez, réparons cet affront, à grands coups de clé à molette et mots qui se suivent pour former des phrases électro-cosmico-fantasmagoriques. Parce que je pars du principe que vieux motard que jamais, et puisque de toutes façons la Terre explosera dans quelques jours maintenant, autant faire ce dont j’ai envie. Family Guy, donc. Débutée le 31 janvier 1999 sur la Fox, la série (intitulée Les Griffins en France française) met en scène les aventures et déboires d’une petite famille moyenne de classe moyenne de l’Amérique moyenne.
    Le père, Peter, est une sorte de croisement entre un geek et un produit périmé de la société de consommation : il ne vit que pour sa télé, et profite de la première occasion venue pour balancer quelconque référence à la pop culture. Avec ça, il est crétin, irresponsable, dénie toute responsabilité, et il est la plupart du temps le seul à rire de ses propres vannes. Finalement, malgré l’évident capital sympathie du personnage, on se rend vite compte qu’il n’est pas franchement original ; l’archétype du père de famille cinglé et loufoque (oui, "loufoque". Moi aussi je peux utiliser des mots ringards si je veux. Et d’ailleurs, si vous y réfléchissez, "ringard" est lui-même un mot plutôt ringard).

You wretched mother, why don't you go to hell ?
    On ne peut donc pas vraiment en vouloir aux fans des Simpsons, quand ils disent que Family Guy est un plagiat. Les ressemblances sont évidentes, Peter Griffin n’étant pas si éloigné d’un Homer Simpson. De même, Loïs, la mère de famille dévouée et obéissante, est proche de Marge… En fait, d’une manière générale, Family Guy ne brille pas par ses personnages, plutôt fades. A titre de comparaison, ceux d’American Dad ont plus de charisme, ont tout simplement plus d‘intérêt, et ne sont pas là uniquement pour servir l‘intrigue.
    Exception faite (il y a toujours des exceptions, je suis un scientifique avant tout) de Stewie, le bébé de famille… Un gosse de un an à moitié fêlé, qui passe ses journée à vouloir tuer sa mère et à fomenter des plans diaboliques pour asseoir sa domination sur le monde. Avec son vocabulaire fleuri et son fantastique doublage en prime (time), Stewie est un bijou. Mais, là où Family Guy va chercher tout son immense potentiel comique, c‘est dans la construction de ses épisodes, très particulière. En fait, ceux-ci sont farcis de "gags-flashback" , sans aucun rapport avec l‘intrigue principale.
    De ce fait, on baigne régulièrement dans l’absurde, sans qu’il n’y ait véritablement d’histoire à proprement parler. Cela est surtout vrai pour les trois premières saisons (la série en compte sept pour l‘instant), les scénaristes ayant voulu par la suite donner plus de poids à leurs histoires, à l’image d’American Dad. Mézilnempêche que tous ces gags-flashbacks intempestifs, véritable marque de fabrique de Family Guy sont un vrai régal pour qui aime l’humour grinçant et acéré, parfois sans queue ni tête. En effet, les auteurs se servent de ces "vignettes" pour balancer des vannes sur tout et n’importe quoi, et pour se vautrer avec joie dans le politiquement incorrect.

Un comique absurde comme les gens biens l'aiment.
    De la même manière, Peter et Chris (le fiston de 14 ans) étant des geeks finis, les critiques et piques sur un nombre incroyable de personnalités, shows, films ou comics n’en finissent plus. Mais tout ça est fait dans la bonne humeur : le créateur Seth McFarlane est les autres auteurs sont des geeks avant tout, et profitent de leur série pour lancer des références à leurs séries préférées. L’apothéose étant bien évidemment Blue Harvest, le double-épisode du début de la saison 6, hommage parodique à Star Wars lancé sous la bénédiction du violeur d’Indiana Jones, George Lucas himself (qui d’autre ?).
    Bon, évidemment, comme toutes les bonnes séries que possède la Fox, elle fut annulée par cette dernière parce qu’elle n’amenait pas assez de téléspectateurs. La chaîne l'a même annulé deux fois, tout d’abord en 2000 après la deuxième saison, puis en 2002 après la troisième… Mais, par deux fois, la série put reprendre, grâce aux grosses ventes de DVD et aux bons taux d’audience des rediffs sur Carton Network. Ce fut même la première série qui fut ressuscitée grâce aux ventes de ses DVD, exploit qui sera réédité par la suite pour une autre série de la Fox, la fantastique Futurama. Mais, pour l’instant tout va bien pour Family Guy, celle-ci étant désormais l’un des faire-valoir de la chaîne.
    Et à juste titre : Family Guy est vraiment extraordinaire. Assez différente d’American Dad pour que les deux ne se phagocytent pas (la deuxième garde l’absurde de la première, en abandonnant les cutaway gags et en privilégiant l’histoire et les personnages), elle est véritablement l’un des tout meilleurs shows actuels. Pour peu que vous tombiez dessus sur Paris Premiere ou Canal quand ça passe, n’hésitez pas à y jeter un coup d’œil : si vous aimez l’humour geek référentiel et absurde sans qu‘il ne verse dans le n‘importe quoi sans âme, vous devriez là avoir votre Saint Graal.