Rock'N'Rolla, de Guy Ritchie
Par Anansi le mardi 9 décembre 2008, 13:11 - Pellicule aviaire - Lien permanent

Sortez les nachos et leurs sauces fromagères, la Bud qui tâche, et la pizza aux anchois : Rock'N'Rolla, c'est du bon métrage stylé qui t'en envoie grave dans ta face, gros. Un film de gangsters dans le plus pur style Guy Ritchie, bourré à ras-bords de mafieux losers et de ripoux caricaturaux. Ça ne pisse pas bien haut mais, malgré ses défauts, ce voyage à Londres fut assez agréable.

You are so cool, you are so rock'n'roll
!
Prenez des personnages caricaturaux à moitié déchus, des
mafieux charismatiques ni trop méchants ni trop gentils, un montage serré et
nerveux, un scénario à base de morts encore vivants, un découpement
ultra-dynamique, et mixez tout ça dans un immense shaker tout en mettant les
Clash ou Lou Reed à fond dans la chaîne hi-fi et en laissant infuser un
Twinings à coté, et vous aurez la recette totale du dernier film de Guy
Ritchie. Oui, Rock’n’Rolla c’est un peu tout ça et plus encore :
de la bonne grosse dynamite, pour un film de mafieux qui va chercher dans
l’humour et la légèreté, tendant vers le comics débridé. Qu’on se le dise, le
gars Guy est chaud comme la braise !
Le pauvre bonhomme s’était cinématographiquement (profitez,
c’est pas tous les jours que je vous sers un mot de huit syllabes) décomposé
ces derniers temps, et il faut remonter à un petit paquet d’années pour
retrouver un bon film. Parce que c’est bien beau de s’amuser avec Madonna, mec,
mais ce n’est pas un truc comme Revolver qui va t’apporter du pognon.
Alors, pour son renouveau, Guy Ritchie est revenu à ses premières amours,
celles qui lui ont value sa renommée : le film de gangster (et l’affiche
rappelle bien les Snatch et autre Arnaques, Crimes et
Botanique, d’ailleurs).
Alors, là, il y va à fond : à grand renfort de musique
rock – ‘achement efficace – et d’effets clip, Rock’n’Rolla nous
présente des gangsters de tous les étages : petite bunch de mafieux de
quartier, parrain local, gros requin véreux, mafia russe, comptable traîtresse,
ministres et conseillers ripoux nourris aux pots-de-vin, et rock-star toxico.
Regarder Rock’n’Rolla, c’est voir un immense comics avec de vrais
acteurs et décors pour remplacer les aplats de couleur et autres encrages. A ce
titre, les plans toujours très serrés du réalisateur sont volontairement là
pour donner l’idée de cases très marquées, comme celles d’une BD…
Fuckin' in the bushes.
Malheureusement, là où Rock’n’Rolla n’atteint pas
une certaine forme d’excellence, c’est parce qu’il ne va jamais aussi loin
qu’il l’aurait dû. On n’hésite pas à comparer ce dernier travail de Ritchie
avec Tarantino, dans un évident raccourci ; en même temps, dès qu’on parle
de films de gangsters tragicomiques, Couenne-tine vient forcément sur le tapis
pour s’y vautrer goulûment. Mais on en est tout de même loin. Le scénario est
par exemple anecdotique (le fric de la mafia russe qui aurait dû servir au
financement d’une fraude immobilière est piqué par les jeunes voyous locaux,
pendant qu’un tableau inestimable est entre les mains de Johnny Quid, rocker
supposé mort), le rythme subit quelques fatigues par moment, et le réalisation
très orientée "clip rock" pourra en soûler certains.
Malgré tout, certaines scènes sont véritablement
ultra-chiadées et valent clairement le coup d’œil. Par exemple, la scène de
l’entrée à la salle de concert, avec un live des Subways en parallèle et en
fond sonore ("be myyy, be myyy, be my little rock’n’roll queeeeen !" )
est extraordinaire. Une autre séquence – ou l’un des personnages danse avec la
sexy chick du film, tandis que leur dialogue s’affiche sous forme de
bulles autour d’eux – est également foutrement efficace et bien trouvée. Elle
n’est d’ailleurs pas sans rappeler la scène de twist de Pulp Fiction
(tiens, Quentin’s back) mais elle a ici le mérite d’avoir une vraie utilité
dans le scénario.
C’est cette accumulation de bons moments qui donnent au
"flim" de Ritchie tout son intérêt ; ce n’est jamais très original mais
c’est fait avec passion et amour. Franchement, la torture à l’écrevisse tueuse
d’hommes, c’est pas une grande idée ça ? Le réalisateur grossit
volontairement les traits, quitte à tomber la tête la première dans l’absurde,
comme par exemple avec ses assassins russes. Des assassins pratiquement
immortels, qui subissent les pires violences mais qui se relèveront toujours,
comme des espèces de Sangoku gorgés à la vodka plutôt qu’aux makis
(corses).
My tailor is Ritchie.
D’ailleurs, la distribution mérite également toutes les
louanges : non seulement les personnages sont excellemment bien dépeints,
mais leurs acteurs les rendent encore plus passionnants. Mention toute
particulière à Gerard Butler, qui a laissé son costume de gay huilé (King
Leonidas dans 300) et celui de romantique (P.S I Love You)
pour arborer celui du voyou pas encore tout à fait fêlé, mais presque. Son rôle
de One-Two est franchement hilarant, tout comme la petite bande de gangsters à
la mord-moi le nœud qui l’accompagne. Un autre immense respect à Toby Kebbell,
qui joue le chtarbé Johnny Quid. La fameux rock-star, en permanence
défoncé.
Sa description très claire et ultra-blasée de la vie en
général – sa comparaison de la vie à un paquet de cigarettes est priceless –
est toujours incroyablement pertinente, et d’une manière générale on peut être
sûr que sa présence dans une scène signifie un moment énorme. Pendant un très
long moment, on ne le voit que très peu, Ritchie faisant monter la sauce pour
qu’elle nous explose mieux à la face comme un gros tube de ketchup Heinz passé
au micro-onde (désolé, je n’ai pas testé, mais c’est la meilleure métaphore que
j’ai pu trouver)… Mais c’est bel et bien lui le vrai héros du film. Le vrai
Rock’n’Rolla, ce mec qui veut profiter du sexe, des drogues et du
rock’n’roll en même temps, comme le pré-générique nous en informe.
En bref on a une belle brochette de losers invétérés,
décrits avec l’aide d’une musique qui déchire la race des cochons
d’indes : on y trouve les Clash, les Hives, Lou Reed, Kim Fowley, ou
encore les Subways dont j’ai déjà parlé… Tout ça pète le feu, et donne au titre
du film toute sa signification. Rock’n’Rolla c’est un voyage au pays
des vices, qu’on voudrait plus intense et plus efficace, mais qui ne déçoit
pas. C’est nerveux, passionné, décomposé et soigné jusqu’à la moelle. Alors,
cette fin (elle aussi très « comics ») qui appelle directement une
suite nous réjouit, tellement cette virée au milieu des gangsters acérés d’un
Londres nocturne était agréable.

Commentaires
Bon je garde mon smokin' aces on dirait ? Qui lui avait une vraie profondeur combinée avec du fun !
Ouais garde ton Smokin' Aces, il est beaucoup mieux
Effectivement,
Rock'N'Rolla est moins intelligent. Fun, mais pas très intelligent.
QUOI ???
comparer smocking ace et rock n rolla.
rock n rolla le vaut 100 fois.
smocking ace est sympa mais raté...