La Boussole d'Or, de Chris Weitz
Par Anansi le lundi 20 octobre 2008, 09:45 - Canard sur canapé - Lien permanent

Après être sortie au cinéma et avoir fait un bide autant au niveau des critiques que du nombre de spectateurs, voilà qu'arrive neuf mois plus tard La Boussole d'Or en DVD... C'était censé être le gros film de la fin d'année 2007, le marketing explosait dans tous les sens, New Line était super fier... Manque de bol, plutôt qu'une bonne adaptation d'un excellent bouquin, on a vu arriver un pseudo-film fantastique sans âme, plat et crétin. C'est ce qui arrive quand le mec en charge du projet est le réalisateur d'American Pie. Retour sur un soufflet qui se dégonfle, ou l'histoire d'un film qui fait pschit.

Mais pourquoi est-il aussi méchant
?
Le cas de La Boussole d’Or est de ceux qui
devraient rester dans l’Histoire, de ceux qu’on devrait montrer à tous les
enfants. Le foirage ultime. Bordel, c’est pas tous les jours qu’un film cause
la chute totale de son studio de production (New Line Cinema, en l’occurrence)
! Bon, j’exagère un chouïa, mézilnempêche que les faits sont là : même si New
Line était déjà en très mauvaise posture, le bide de La Boussole d’Or
a été la goutte d’eau qui a mis le feu aux poudres, l’étincelle qui a fait
déborder le vase. Le studio misait beaucoup sur sa dernière superproduction :
du marketing en veux-tu en voilà, des stars pour remplir le casting (Nicole
Kidman et Daniel Craig en tête de gondole), une énième adaptation d’une
trilogie fantasy jeunesse à succès…
Ce n’est plus surfer sur la vague, c’est faire du jet-sky
sur un tsunami. Malheureusement, n’est pas Peter Jackson qui veut, et on ne
peut pas dire que le premier tome d’A La Croisée Des Mondes ait eu le
même traitement que celui réservé au Seigneur des Anneaux : un
scénario bâclé qui tranche dans le lard du matériau original, une mise en scène
foireuse, des acteurs tout juste concernés, des dialogues écrits par un auteur
de TF1 en manque d’inspiration… Le résultat est tout juste regardable par
moments, et insupportable à d’autres. Evidemment, l’idée-même d’adapter le
second tome est compromise. Tu m’étonnes, John.
Pourtant, on ne peut pas dire que l’idée de départ soit
mauvaise : même si les éditeurs le classent dans la catégorie Jeunesse, A
La Croisée Des Mondes représente l’un des meilleurs cycles Fantasy, tout
court. (Je rappelle qu’il était au départ édité dans la collection SF de
Folio.) De ce fait, même sans dénigrer le fait que la mise en route de son
adaptation relève de l’opportunisme omniprésent consécutif au succès du
SdA et autres Harry Potter, il y avait matière à faire un
très bon film, tellement le livre possède de qualités. Un livre Fantasy rempli
de différents niveaux de lectures, marqué de nombreuses critiques des religions
organisées et parsemés de références scientifiques incroyablement
pertinentes.
Mais rien de tout ça dans le
film.
La Boussole d’Or (traduction directe de The
Golden Compass, le livre étant titré Les Royaumes du Nord)
raconte ainsi l’histoire de Lyra Bellacqua, petite résidente de l’Oxford
College. Dans un monde où chaque personne possède une extension physique de son
âme prenant la forme d’un animal, Lyra et son daemon Pantalaimon ne sont pas
vraiment des inconnus : Lyra est en effet la nièce de Lord Asriel, grand
scientifique et explorateur qui s’apprête à venir montrer ses dernières
découvertes à l’Oxford College. Pendant ce temps, de sombres rumeurs circulent
dans la population : les Enfourneurs capturent les enfants, et les emmènent
loin dans les terres du Nord. Alors quand l’ami de Lyra disparaît, elle part
immédiatement vers le Nord et ses curieux phénomènes.
Voilà en quelques mots le scénario du livre, une histoire
simple sans être simpliste, et composée d’une multitude de strates différentes
que je ne prends pas la peine d’évoquer ici sous peine de devoir m’étaler sur
plusieurs pages. Il est donc tout à fait normal de ne pas retrouver toute cette
« complexité » dans le livre (quel spectateur n’a pas été déçu par un film
quand il avait lu le livre auparavant ?), mais, quand même, la moindre des
choses aurait été d’en respecter la trame ! D’une manière assez inconcevable,
La Boussole d’Or emprunte tellement de raccourcis par rapport à
l’œuvre originale que tout en devient incohérent.
Tout d’abord, le fameux Aléthiomètre (objet révélant la
réponse à n’importe quelle question qu’on lui pose, par le biais de différents
symboles et aiguilles), si scientifique dans sa mise en œuvre dans le livre,
devient ici une sorte d’objet magique complètement crétin. De plus, et sans
révéler des détails importants, le lieu où sont regroupés les enfants, qui
représente LE grand mystère révélé de manière si corrosive à la fin du livre,
est ici dévoilé très tôt, et d’une manière si aseptisé, si simpliste, si bas de
plafond, que ça donne envie d’éteindre la télé. Le centre d’une énorme critique
de la religion devient un centre aéré tout blanc peuplé de gens habillés comme
les scientifiques dans Star Trek. Argh.
L'adaptation de trop.
En parlant des gens, ça me permet de faire une magnifique
transition vers un autre défaut du film : ses dialogues. Hé là, mais alors là,
c’est le drame. Oh punaise. Qu’a-t-on pu faire pour mériter ça ? Encore, que la
p’tiote Dakota Blue Richards ne soit pas franchement à l’aise avec son texte et
soit aussi fadasse qu’un dessous de verre, je veux bien. Après tout, les très
jeunes acteurs sont rarement très bons (et les héros du Monde de
Narnia en savent quelque chose). Mais pourquoi faire dire à tous ces
braves gens des dialogues aussi creux, plats et ampoulés ? Cela décrédibilise
tout simplement tout ce que peuvent dire les acteurs, comme si on voulait que
même le petit enfant venu voir le film entre deux épisodes de Dora puisse
comprendre de quoi ça parle.
D’où le fait qu’un très bon bouquin de Fantasy ouvert à tous
les lecteurs grâce à son immense profondeur se retrouve complètement écartelé
et aplati dans sa pauvre pellicule. La Poussière, élément primordial de tous
les mondes et au centre de toute l’intrigue est trop dur à expliquer à Lucas, 5
ans et demi ? Hop, on l’évoque à peine. On ne veut pas expliquer le
fonctionnement de l’Aléthiomètre (juste le titre du film) ? Hop, on en fait une
boussole magique que quand tu mets les aiguilles devant les symboles, hop t’as
les images dans ta tête. On veut impressionner Manon, 6 ans ? Hop, on met le
combat du gros nounours Iorek dont tout le monde se fout au centre du film, ça
en jette et ça paiera les gars des FX.
Ce n’est donc pas franchement étonnant que le film se soit
viandé au box-office : les gens sont certes des gros boulets, mais ils
apprennent, au bout d’un moment. Y’a pas de secret : malgré l’injustice
constante du cinéma, un film a plus de chance d’être vu s’il est bon. Parait
que c’est mathématique, ou un truc dans le genre. Résultat de l’équation, ce
qui devait être le prochain gros film de New Line Cinema, qui allait remettre
sur pied les films fantastiques qui commençaient déjà à se mordre la queue, est
devenu l’arme de son propre crime. Et, si vous voulez mon avis, ce n’est pas le
DVD qui va sauver les meubles, qui ont de toutes façons été déjà vendus aux
enchères. Quand y’a plus rien à faire…

Commentaires
Bon, je suis allé voir le film sans avoir lu le bouquin, et perso sur le coup j'ai apprécié (mais j'ai aussi apprécié Narnia, donc il semblerait que je ne sois pas une référence). Du coup, pauvre ame ignorante, j'ai voulu lire les bouquins, et la c'est le drame ^^
Quelle ne fut pas ma surprise alors, de voir les libertés prises sur les livres par le film (allant même jusqu'à faire effectuer des action cruciales : essayer de commettre un meurtre c'est pas rien, à des personnages autres que ceux qui commettent l'action dans le livre) et la je me suis dit qu'heureusement je n'avais pas lu les livres avant, par ce que j'aurais brulé le cinéma devant tant de nullité par rapport au livre.
Donc voila, je ne crtitiquerait pas le film, M. CANARD a fait ça très bien, je voudrais juste ajouter : Que vous ayez ou pas apprécié le film, lisez les livres, c'est incomparable. Et si vous n'avez pas encore vu le film, préférez y les livres ^^
A part le fait qu'on a l'impression de se retrouver devant un film adapté et aseptisé pour pouvoir convenir aux moins de 8 ans (je suis généreux, si si <.<), tu as oublié de parler de l'élément modifié le plus important *.*
Au delà des scènes dans le mauvais ordre, de celles qui se sont perdues en route et des bouts gratuits rajoutés (la scène MYTHIQUE du pont qui s'écroule, car rendu à ce point du scénario ils ne savaient plus comment séparer l'ours de la petite fille, si je me souviens bien, perso j'ai adoré. "Non, ne passe pas le pont !" "Han, il commence à se craqueler" "Oh, il s'est écroulé", que d'émotions, même Spielberg a du mal à me faire vivre des moments aussi forts).
Donc voilà je me suis perdu en route, je voulais bien sûr parler de la fin exceptionnelle, de celle qui transforme une conclusion à la fois dramatique et magique en un final aussi plat qu'une série bas de gamme américaine (oui, j'aime pas les séries américaines, je suis raciste).. Je suis bien resté 5mn de plus assis en train de regarder les noms défiler en esperant que, quand même, ils allaient reprendre et montrer quelque chose de correct o0
Ah et tant que j'y suis, mention spéciale pour le duel des deux ours, qui arrivent à se fracasser la machoire, à s'entre déchirer les boyaux, tout en restant plus blanc que blanc, sur de la neige blanche et scintillante, même les marques de lessives osent plus faire des trucs aussi gros depuis 1970.
Merci de m'avoir rappellé l'existence de ce film, ça me permet de remettre une couche =D
Daniel, Eva, Nicole.. POURQUOI ? T.T
sushie : ouaip tu le dis très bien, en fait c'est le genre de films pour lesquels il ne faut surtout pas avoir lu le livre avant... Déjà que le film est franchement mauvais.
Anak : ouaip carrément, la scène du pont, le genre à vomir tellement c'est bas de plafond et archi vu et revu. Et puis, pour la fin, tu as tout à fait raison, mais finalement c'est en raccord avec tout le reste : puisque le scénario n'est pas suivi, pourquoi faudrait-il la même fin que le livre ? Le premier Narnia, dont parlait sushie, on en pense ce qu'on veut mais en tout cas il a la qualité d'être parfaitement fidèle à l'oeuvre de A à Z, jusqu'aux moindres détails (certes, c'est moins dur que Les Royaumes du Nord).
J'avais passé un bon moment ciné, il y avait quelques idées originales, commes les bestioles qui accompagnent les personnages et l'ours avait la classe. Cependant c'est vrai qu'après être sorti de la salle c'était déja oublié et on passe à autre chose. Faut voir Mirrors sinon :p