Dig Out Your Soul, d'Oasis
Par Anansi le lundi 13 octobre 2008, 10:09 - Le canard et la musique - Lien permanent

Ca y est, l'Oasis nouveau est arrivé ! Et la fête est d'autant plus folle qu'en plus, il est bon. En effet, ce septième album d’Oasis marque un renouveau dans la carrière du groupe, puisqu’il est le fruit d’une volonté d’originalité, de sortir des carcans qu’on a bien voulu lui donner. Gem Archer, Andy Bell et les frangins Gallagher ont cherché à s’éloigner d’une britpop tubesque pour aller plus chercher vers un rock groovy et un brin psychédélique, et ça marche carrément bien. Alors faites de la place et asseyez-vous, voilà (enfin) un excellent album d’Oasis, magnifique de bout en bout.

L'histoire des montagnes
russes.
Au jour d’aujourd’hui, la carrière entière d’Oasis ressemble
à une immense madeleine Proustienne, qui nous fait rappeler du bon temps.
Definitely Maybe et (What’s The Story) Morning Glory, les
deux premiers albums du groupe, ont été véritablement ceux qui ont forgé leur
légende, et qui ont été les mètres étalons de toute la britpop. Mais,
évidemment, le retour de bâton est naturel : tout ce qu’ils font et feront sera
comparé à ce qu’ils ont accompli auparavant, à ces deux œuvres. Malgré tout,
les trois albums qui suivirent – franchement mauvais – nous apprirent à
relativiser, et à moins attendre des frangins Gallagher. Puis, Don’t
Believe The Truth, sorti en 2005, représentait un retour en force idéal,
faisant oublier les précédentes déceptions.
Voilà que nous arrive donc ce 6 octobre 2008 Dig Out
Your Soul, septième album studio du groupe anglais, et attendu au tournant
puisqu’il s’agissait de confirmer les bonnes impressions laissées par Don’t
Believe the Truth. Les bonshommes sont-ils arrivés à retrouver un peu de
leur grandeur ? A redorer leur blason ? Oui. Mille fois oui. Dig Out Your
Soul est une pièce majeure dans la discographie d’Oasis. Un album bourré à
ras-bords de morceaux innovants, élégants, enlevés, décomplexés,
psychédéliques, où la guitare peut se faire brute ou sournoise, et où tout
parait décomposé. Je le dis : le meilleur depuis Definitely
Maybe.
Préférant garder leurs bonnes habitudes en enregistrant à
Abbey Road, le groupe a pourtant joué la carte du renouveau, en offrant un
disque beaucoup plus psychédélique et groovy que leurs précédents. Cela va sans
dire, on retrouve toujours la patte d’Oasis (et leurs mauvaise manies aussi,
j’y reviendrai), mais tout ça est teinté d’une synergie acide et coulante,
pleine de LSD. Les instruments se font hypnotiques, et les voix de Liam ou Noel
paraissent élevées, empruntant aux Pink Floyd leur douce brutalité. A l’instar
de Morning Glory, les titres s’enchaînent avec une cohérence parfaite,
le son continuant parfois tout simplement de s’écouler entre les pistes…
Entre originalité débridée et cover songs
inavouées.
Dès les premières notes de Bag It Up, on se sent à
l’aise. La guitare de Noel Gallagher se fait bientôt rejoindre par un Liam très
soyeux, pour ensuite gagner en force un brin malsaine… Une chanson inspirée par
Baron Saturday, une des pistes de Sorrow, un concept album SF
des Pretty Things. Et effectivement, cette chanson d’ouverture résume
merveilleusement bien tout l’album dans son ensemble, avec cet acid rock fort
et psychédélique. Puis, The Turning continue sur la même lancée, en
introduisant en plus le piano : tous les complets se font au piano-batterie,
jusqu’à ce que la grosse batterie de Zak Starkey (qui a quitté le groupe après
l’enregistrement de l’album, remplacé par Chris Sharrock) soit rejointe par la
guitare dans les refrains.
Ainsi, le calme et la rêverie emmenée par le piano trouve un
contre-pied idéal dans ses refrains euphorique, Liam criant à qui veut
l’entendre "So come on, shake your rag-doll baby". "The Stone
Roses doing The Stooges" résumera très bien Noel dans son interview-fleuve
pour Q Magazine, et il a pas tort, pour le coup. Tout ça est très sensuel.
Waiting For The Rapture est elle par contre beaucoup plus brute, et
fait moins dans la fioriture : du bon gros riff et une voix par-dessus, comme
l’adore Noel Gallagher. Par contre, comme pratiquement toujours dans le cas du
plus vieux frangin, y’a du plagiat dans l’air : le riff ressemble étrangement
aux Doors… Mais bon, ça marche tellement bien qu’on gueule pas, allez.
Puis, on revient dans quelque chose de plus traditionnel
avec The Shock Of The Lightning, qui n’a pas été choisi comme single
par hasard : il constitue le morceau le plus facile d’accès de l’album, avec
son rock ravageur mais rythmé qui rappelle les plus beaux jours du groupe,
trouvant tout de même une parenthèse originale avec ce long instrumental au
milieu marqué par une séquence de batterie pas piquée des hannetons (cette
expression vous manquait, avouez-le). Noel y a œuvré seul, écrivant les
paroles, jouant la guitare, la basse et la batterie et chantant par-dessus. Il
est comme ça, lui.
Des morceaux beaucoup moins mainstream que
la normale du groupe.
Puis, le psychédélisme voulu pour ce nouvel album revient au
galop, comme en témoigne Falling Down, que l’on retrouve un peu plus
loin : construite comme de la pop acide et vacillante, elle devient carrément
hypnotique quand on y entend la voix de Liam Gallagher, volontairement douce et
planante, comme liquide. Les sons de guitare se mêlent à de discrets sons
suraigus, offrant un ensemble cotonneux, qui explosera sur la fin pour ne
laisser que la voix du chanteur et une cymbale pour clore l’un des joyaux de
l’album. De même, To Be Where There’s Life est sublime d’originalité
pour le groupe, fine, groovy, reposant entièrement sur une ligne de
basse.
Un tissus de conscience flottant au vent, dont la douceur
s’explique par une absence totale de guitare : tout est rythmé par la batterie
métronomique, la basse en filigrane, et la voix d’un Gallagher qui semble
vouloir nous emmener dans un monde merveilleux, pour qu’on aille voir son
Sergent Pepper à lui. Way over the line… On vacille, on virevolte, on
se fait bercer, sans être totalement persuadé de finir droit. On se laisse
transporté en tout cas, comme dans le cas du sublissime (Get Off Your) High
Horse Lady très Gorillazien dans l’esprit, ou encore The Nature Of
Reality et sa guitare si jouissive. "The nature of reality is pure
subjective fantasy", nous annonce Liam.
En définitive, Oasis semble avoir trouvé un véritable
nouveau souffle avec ce Dig Out Your Soul. Ils ont effectivement
déterré leur âme, enterrée depuis tellement longtemps, pour mieux pouvoir la
montrer au monde entier. J’en profite également pour préciser que tout le
sleeve design de l’album (la jaquette et le livret quoi) est absolument
somptueux. Réalisé par le graphiste et musicien Julian House, son pop-art
décomposé rappelle un peu Dave McKean en moins malsain et plus festif… Un bien
bel écrin qui rappelle la nature même de la musique de ce nouvel Oasis, une
musique intensive, excitée et hypnotisée. Pour yourself another cup of Lady
Grey…


Commentaires
Excellente review, d'autant que je suis d'accord sur toute la ligne, sauf sur le fait que Falling Down est chanté par Noël il me semble.
Yep exact, c'est effectivement Noël. (d'ailleurs c'est du Noël Gallagher typique.)
N'empêche, ce Dig Out Your Soul est vraiment une pure merveille... Il tourne en boucle constamment. Pour la première fois dans l'histoire d'Oasis, AUCUNE chanson n'est mauvaise dans l'album, chacune apporte sa pierre à l'édifice, et ça tue. Mais vraiment.