Born To Be A Larve (Notes, T.1), de Boulet
Par Anansi le lundi 22 septembre 2008, 14:29 - Littérature et BD - Lien permanent

« Depuis 2004, Bouletcorp.com s’est efforcé de porter un regard neuf sur la société, en abordant des thèmes aussi divers que l’informatique, le rock’n’roll, le kebab, la musique de rue, le sexe et Mireille Mathieu. Ce premier volume de la série Notes regroupe les pages parues entre 2004 et 2005. » Voilà, l’insert du livre résume très bien les choses : dessinateur de BD surtout connu pour le blog qu’il tient sur le net, le sieur Boulet a décidé de publier toutes ses premières chroniques sous la forme d’un album papier… Un très beau produit, autant sur le fond que sur la forme, le rendant indispensable à quiconque aime les BD d’humour.

BD, blog, blog, BD... Mélangez, laissez
reposer.
Boulet est un type formidable. Dessinateur de BD que les
journalistes qualifient sûrement d’ "appropriées à tous les âges" (comprenez
par là que les thèmes paraissent enfantins, mais que tout le monde y trouve son
compte), il s’est notamment fait connaître avec Ragnarok ou encore en
contribuant au collectif de dessinateurs à la base de la série
Donjons, menée par deux gars loins d’être des tacherons, puisqu’il
s’agit de Joann Sfar et Lewis Trondheim. Mais si, vous avez sûrement dû en
entendre parler : trouze cycles différents (Donjon Zénith, Donjon Mystère,…),
des tomes à en ramasser à la pelle...
Mais, plus que pour ses dessins dans des albums BD, Boulet
est au jour d’aujourd’hui connu et reconnu pour… Son blog. Hé ouais bonhomme.
Ainsi, certains (moi compris, d’ailleurs) n’ont appris son existence que grâce
au blog qu’il tient sur http://www.bouletcorp.com.
Un site absolument fabuleux, dont je voulais vous parler depuis des lustres.
Mais, finalement, l’occasion ne s’est jamais présentée. En tout cas, je vous
conseille de mettre l’adresse directement dans vos favoris : la tanière de
Boulet, c’est beaucoup plus passionnant qu’un simple blog (bordel, que je hais
ce mot… C’est laid et ça reste en bouche, un peu comme une expression gobée par
un mec en train de bouffer).
Ses dessins, toujours très stylés et vraiment typiques de
leur auteur (on retrouve cette volonté de faire un graphisme unique et
identifiable, que le bonhomme a hérité de Sfar et Trondheim), illustrent un peu
tout ce que veut raconter l’auteur : des billets d’humeur, des anecdotes de
vie… Des morceaux en vrac, sans fil conducteur mais seulement présents pour
raconter des instants différents, exactement comme permet de le faire un blog.
En plus, Boulet a un vrai talent de conteur dans les réparties et l’écriture
des scènes. Tout cela rend ses nombreuses chroniques franchement excellentes,
expliquant l’affluence sur son site.
Une véritable Intégrale, diverse mais
cohérente.
Et puis, comme la vie est une grand roue qui n’en finit
jamais de rouler au-delà des limitations de vitesse, voilà qu’arrive
nonchalamment Born To Be A Larve, le magnifique titre du premier tome
des Notes. En somme, la version papier des premières chroniques du
blog. Cela faisait un moment que les fans demandaient cet album : on aimerait
pouvoir garder une trace physique de ce bien bel endroit, et puis lire un beau
livre est tellement plus agréable que de scroller un écran… Le voilà donc
enfin, retraçant la première année du blog, de juillet 2004 jusqu’en juillet
2005, accompagné évidement de quelques chroniques inédites.
Ainsi, ces Notes de Boulet ne sont pas
véritablement un album à part entière ; on n’a pas de scénarios, qui partent
d’un point A à un point B, d’intrigues à base de personnages récurrents et
autres choses de ce genre : c’est simplement une accumulation de différents
éléments, sans aucun rapport les uns aux autres. D’où ce détail plus signifiant
qu’il n’en a l’air : on ne retrouve aucune pagination, tout simplement parce
que c’est un livre qui se grignote. On en prend des bouts, les uns après les
autres, on s’imprègne de ces différentes histoires. Et on se régale.
On retrouve tout de même une évidente chronologie, et
également parfois de longues intrigues (si on peut appeler ça comme ça…), comme
par exemple les fois où Boulet nous fait le compte-rendu en plusieurs parties
de son voyage en Corée : l’histoire s’étend sur dix pages, là où d’autres
histoires représentent simplement une page ou même un dessin. En plus de la
taille, le style des dessins peut également varier : l’auteur s’amuse à faire
des chroniques en plusieurs couleurs ou en noir et blanc, divisées en petites
cases ou composées de quelques grands dessins, sur fond blanc, orange ou style
« papier »… Une variété agréable, tout cela étant en plus aidé par
l’impressionnante qualité du papier et de la couverture de la collection
Shampooing de Delcourt.
En bref, un magnifique remontant littéraire,
agréable entre deux lectures plus complexes.
L’album est en effet splendide en tout point : d’un petit
format qui le rend très ergonomique (et puis on peut le mettre dans son sac
pour le lire dans le tram, c’est pas la classe ça ?), on le feuillette avec un
plaisir constant. Il faut dire qu’il était indispensable de produire une
édition papier de qualité : il faut arriver à convaincre les gens de lâcher une
douzaine d’euros pour des choses qu’ils peuvent lire sur internet. Si vous
voulez mon avis, vous pouvez y aller franco, il y a peu de chances que vous
soyez déçus : on rit souvent, on sourit toujours et l’ensemble laisse une trace
indélébile de bonne humeur.
Malgré tout, même si les dessins restent globalement bons,
on sent que Boulet a fait beaucoup de progrès en 4 ans : les premiers dessins
sont beaucoup moins maîtrisés que les derniers. De même, certaines chroniques
sans titre rendent la lecture un brin chaotique : on ne sait pas s’il s’agit de
la continuation de la précédente, ou tout autre chose. Le fait que certaines
scènes n’aient pas de chute ne facilite pas non plus les choses. Plusieurs
petits détails qui ne sont pas franchement rédhibitoires au plaisir de la
lecture, mais qui pourront en agacer certains, cela ne fait pas de doute. En
tout cas, ça m’a permis de sortir le mot "rédhibitoire" donc j’ai rempli ma
part du contrat.
En fait, ce que je peux vous conseiller, vous l’aurez
compris de vous-même : vous n’avez qu’à aller sur son blog, et voir si le style
du sieur Boulet vous plait. Si c’est le cas, vous pouvez foncer vers votre
brouzouferie du coin, et vous délester de douze petits euros qui devenaient
tristes et dépressifs, de toute manière. En les donnant si chaleureusement, ils
se retrouveront peut-être dans la poche d’un maraîcher de Saint-Tropez, pour
finir leur vie à siroter des Bloody Mary en chantant Les P’tites Femmes De
Pigalle. Franchement, ça ne vous intéresse pas de faire une bonne action
?

Commentaires
Excellent, tout le monde y trouve son compte, de ma fille de 12 ans qui glousse à chaque page, à moi qui ai 25 ans de plus...
Le meilleur blog-bd de cet amas de galaxies.