BD, blog, blog, BD... Mélangez, laissez reposer.
    Boulet est un type formidable. Dessinateur de BD que les journalistes qualifient sûrement d’ "appropriées à tous les âges" (comprenez par là que les thèmes paraissent enfantins, mais que tout le monde y trouve son compte), il s’est notamment fait connaître avec Ragnarok ou encore en contribuant au collectif de dessinateurs à la base de la série Donjons, menée par deux gars loins d’être des tacherons, puisqu’il s’agit de Joann Sfar et Lewis Trondheim. Mais si, vous avez sûrement dû en entendre parler : trouze cycles différents (Donjon Zénith, Donjon Mystère,…), des tomes à en ramasser à la pelle...
    Mais, plus que pour ses dessins dans des albums BD, Boulet est au jour d’aujourd’hui connu et reconnu pour… Son blog. Hé ouais bonhomme. Ainsi, certains (moi compris, d’ailleurs) n’ont appris son existence que grâce au blog qu’il tient sur http://www.bouletcorp.com. Un site absolument fabuleux, dont je voulais vous parler depuis des lustres. Mais, finalement, l’occasion ne s’est jamais présentée. En tout cas, je vous conseille de mettre l’adresse directement dans vos favoris : la tanière de Boulet, c’est beaucoup plus passionnant qu’un simple blog (bordel, que je hais ce mot… C’est laid et ça reste en bouche, un peu comme une expression gobée par un mec en train de bouffer).
    Ses dessins, toujours très stylés et vraiment typiques de leur auteur (on retrouve cette volonté de faire un graphisme unique et identifiable, que le bonhomme a hérité de Sfar et Trondheim), illustrent un peu tout ce que veut raconter l’auteur : des billets d’humeur, des anecdotes de vie… Des morceaux en vrac, sans fil conducteur mais seulement présents pour raconter des instants différents, exactement comme permet de le faire un blog. En plus, Boulet a un vrai talent de conteur dans les réparties et l’écriture des scènes. Tout cela rend ses nombreuses chroniques franchement excellentes, expliquant l’affluence sur son site.

Une véritable Intégrale, diverse mais cohérente.
    Et puis, comme la vie est une grand roue qui n’en finit jamais de rouler au-delà des limitations de vitesse, voilà qu’arrive nonchalamment Born To Be A Larve, le magnifique titre du premier tome des Notes. En somme, la version papier des premières chroniques du blog. Cela faisait un moment que les fans demandaient cet album : on aimerait pouvoir garder une trace physique de ce bien bel endroit, et puis lire un beau livre est tellement plus agréable que de scroller un écran… Le voilà donc enfin, retraçant la première année du blog, de juillet 2004 jusqu’en juillet 2005, accompagné évidement de quelques chroniques inédites.
    Ainsi, ces Notes de Boulet ne sont pas véritablement un album à part entière ; on n’a pas de scénarios, qui partent d’un point A à un point B, d’intrigues à base de personnages récurrents et autres choses de ce genre : c’est simplement une accumulation de différents éléments, sans aucun rapport les uns aux autres. D’où ce détail plus signifiant qu’il n’en a l’air : on ne retrouve aucune pagination, tout simplement parce que c’est un livre qui se grignote. On en prend des bouts, les uns après les autres, on s’imprègne de ces différentes histoires. Et on se régale.
    On retrouve tout de même une évidente chronologie, et également parfois de longues intrigues (si on peut appeler ça comme ça…), comme par exemple les fois où Boulet nous fait le compte-rendu en plusieurs parties de son voyage en Corée : l’histoire s’étend sur dix pages, là où d’autres histoires représentent simplement une page ou même un dessin. En plus de la taille, le style des dessins peut également varier : l’auteur s’amuse à faire des chroniques en plusieurs couleurs ou en noir et blanc, divisées en petites cases ou composées de quelques grands dessins, sur fond blanc, orange ou style « papier »… Une variété agréable, tout cela étant en plus aidé par l’impressionnante qualité du papier et de la couverture de la collection Shampooing de Delcourt.

En bref, un magnifique remontant littéraire, agréable entre deux lectures plus complexes.
    L’album est en effet splendide en tout point : d’un petit format qui le rend très ergonomique (et puis on peut le mettre dans son sac pour le lire dans le tram, c’est pas la classe ça ?), on le feuillette avec un plaisir constant. Il faut dire qu’il était indispensable de produire une édition papier de qualité : il faut arriver à convaincre les gens de lâcher une douzaine d’euros pour des choses qu’ils peuvent lire sur internet. Si vous voulez mon avis, vous pouvez y aller franco, il y a peu de chances que vous soyez déçus : on rit souvent, on sourit toujours et l’ensemble laisse une trace indélébile de bonne humeur.
    Malgré tout, même si les dessins restent globalement bons, on sent que Boulet a fait beaucoup de progrès en 4 ans : les premiers dessins sont beaucoup moins maîtrisés que les derniers. De même, certaines chroniques sans titre rendent la lecture un brin chaotique : on ne sait pas s’il s’agit de la continuation de la précédente, ou tout autre chose. Le fait que certaines scènes n’aient pas de chute ne facilite pas non plus les choses. Plusieurs petits détails qui ne sont pas franchement rédhibitoires au plaisir de la lecture, mais qui pourront en agacer certains, cela ne fait pas de doute. En tout cas, ça m’a permis de sortir le mot "rédhibitoire" donc j’ai rempli ma part du contrat.
    En fait, ce que je peux vous conseiller, vous l’aurez compris de vous-même : vous n’avez qu’à aller sur son blog, et voir si le style du sieur Boulet vous plait. Si c’est le cas, vous pouvez foncer vers votre brouzouferie du coin, et vous délester de douze petits euros qui devenaient tristes et dépressifs, de toute manière. En les donnant si chaleureusement, ils se retrouveront peut-être dans la poche d’un maraîcher de Saint-Tropez, pour finir leur vie à siroter des Bloody Mary en chantant Les P’tites Femmes De Pigalle. Franchement, ça ne vous intéresse pas de faire une bonne action ?