The Cosmos Rocks, de Queen + Paul Rodgers
Par Anansi le jeudi 18 septembre 2008, 14:16 - Le canard et la musique - Lien permanent

De leurs voyages, certains ramènent des spécialités régionales, des t-shirts à la con, ou des choses dans ce genre-là. Moi, de mes quinze jours en Ecosse, j’ai ramené le dernier Mojo Magazine, parce qu’il y avait Queen en couverture (et aussi le Nuts avec Gemma Atkinson et le Q avec une sublime couv’ de Noel Gallagher, mais c’est une autre histoire). Hé oui, aussi étrange que ça paraîtra aux non-initiés, le groupe anglais a encore une actualité, parce que son guitariste et son batteur ont démarré depuis 2005 une collaboration avec le chanteur Paul Rodgers. Leur premier album studio vient de sortir, et en immense fan de Queen que je suis, je suis obligé de vous en parler. Alors, oubliez toute notion d’ojectivité, et bienvenue chez eux. It’s a song about time…

Le retour des champions.
Il y a encore quelques années, ça aurait paru de la pure
science-fiction. Le genre de fantasme de vieux con, de celui qui ne vit que par
ses rêves et ses folies envolées. Et pourtant, on est bel et bien là : le
nouvel album de Queen. Rien que de l’écrire, ça me fait un petit pincement au
cœur. Alors, certes, ce n’est pas Queen au complet ; l’expérience aurait été un
brin morbide. But still. Brian May et Roger Taylor (le guitariste et
le batteur, pour les deux du fond qui n’ont pas de culture, le bassiste John
Deacon s’étant recroquevillé dans sa campagne) ne sont pas des vieux croûtons
bons pour la maison de retraite, et ils comptent bien le prouver.
La résolution prit véritablement jour début 2005, alors que
May et Taylor joue sur scène We Will Rock You et We Are The
Champions, accompagnés au chant par Paul Rodgers, ex-leader de Free et Bad
Company. Cela fut si bienfaiteur pour les trois hommes que, illico presto,
l’idée naquit de leurs cerveaux tout beaux : il fallait faire une tournée.
Reprendre la scène, et créer ce super-groupe, Queen + Paul Rodgers. Dont acte.
Un évènement supposé sans suite, pour pouvoir revivre une dernière fois la
folie des lives, et faire renaître tous les joyaux de Queen. Les mauvaises
langues disaient à l’époque qu’ils faisaient ça pour le fric. Les mauvaises
langues, on les coupe. L’émotion était là.
Une gigantesque tournée mondiale fut mise en place, avec
pour première date (après un premier concert à public réduit) un Zénith de
Paris. Et j’y étais, madame. Imaginez le pied pour un mec de 19 ans qui a tous
les CD de Queen, vingt-et-un 45 tours, seize 33 tours, et le coffret Crown
Jewels en velours bleu, mais qu’un stupide problème de concordance d’époque
l’aura empêché de voir son groupe préféré en vrai. Et puis, hop, après tout ça,
on passait à autre chose : la tournée avait été triomphale, mais pas question
d’un album studio. Seulement cette tournée live. Et puis… Et puis, de l’eau a
coulé sous les ponts. L’inspiration revient, la synergie entre les artistes
prend plus que jamais forme.
Une alchimie nouvelle et
libératrice.
Et voilà comment fut annoncé en 2007 la mise en chantier
d’un album studio, entièrement composé de nouvelles chansons écrites par le
trio. Ce sera The Cosmos Rocks (titre sûrement choisi par May, Docteur
en Astrophysique qu’il est), et il nous aura fallu attendre jusqu’à ce 15
septembre 2008 pour l’entendre. Alors, oui, comme je l’ai dit en introduction
de cet article, oubliez toute notion d’objectivité : quand il s’agit de Queen,
ça fait un bail que je l’ai roulé en boule et laissé au fond d’un placard, pour
qu’elle soit bouffée par les mites et les ragondins. Malgré tout, je vais quand
même me débrouiller pour vous faire comprendre que The Cosmos Rocks
est un excellent album. Parce que c’est le cas.
Pas seulement un timide sursaut de trois bonshommes qui
veulent refaire un album ensemble, mais un vrai grand et bel album de rock,
avec juste ce qu’il faut de blues et de mélodies pour en faire une œuvre à
géométrie variable. Brian May et Roger Taylor sont – pour ceux qui en doutaient
– d’une forme olympique, tandis que Paul Rodgers est définitivement le chanteur
rêvé pour s’allier aux deux compères : sa voix, forte et rocailleuse, offre une
élasticité héritée de sa musique blues qui convient tout à fait au style de May
et Taylor. Et, surtout, tout comme on a pu s’en rendre compte au concert, il ne
cherche à aucun moment à remplacer Freddie Mercury, ou lui ressembler.
Il apporte sa propre contribution, sa propre énergie, pour
former un mélange final d’une texture unique, qui ne ressemble non seulement
pas à Queen mais pas non plus à tout ce qui peut se faire actuellement. Et ça,
on s’en rend compte dès qu’il entame Cosmos Rockin’, qui débute
l’album. Après une introduction typique de Brian May à base de nappes de
guitares, de bruits étranges et de voix trafiquées, la guitare se fait plus
franche, riffée, tandis que Roger Taylor arrive la tête la première
avec ses grosses cymbales. Devant, Paul Rodgers imprime d’entrée son style,
avec une voix très rythmique qui parait posséder son propre métronome. What
planet is this, mmm ? Let there be rock’n’roll !
Plus une fontaine de jouvence qu'un album de
musique.
Et puis Time To Shine verra l’apparition du piano,
qui vient se fondre à la guitare. Un deuxième morceau plus posé que l’explosant
premier, mais véritablement de toute beauté : la musique se fait planante, tout
en gardant la pêche. Le refrain est particulièrement mémorable, Rodgers criant
"Raise up your mind, It’s time to shine". Je voix d’ici tous les fans
crier en chœur lors des concerts pour la tournée de l’album. Plus loin, la
musique se fera plus folk avec Still Burnin’ et bluesy avec la géniale
Warboys ou encore la très old-school Call Me, des joyaux
marqués notamment par des solos de Brian May qui font pâlir n’importe quel
jeune groupe de rock actuel. Une manière de dire qui est le patron, en
somme.
Et puis, au milieu de ces titres fiévreux et enlevés, on
trouve des ballades mélancoliques, oscillant entre l’acceptable (Some
Things That Glitter) et l’extraordinaire dans le cas de Small et
son solo de guitare ahurissant… Dans tous les cas, ces petites parenthèses
mélancoliques font leur effet, rappelant du Cat Stevens ou du Johnny Cash. Et
même, quelques fois, du Queen. Si si, fou, hein ? Mais tout ça servira à mieux
nous préparer, nous hypnotiser, avant la claque finale, le nirvana ultime que
représente Surf’s Up… School’s Out! clôturant l’album (si on ne tient
pas compte de la reprise de Small en version instrumentalo-planante).
Un dernier titre exceptionnel, démarrant par une nappe timide avant que tout
n’explose pour le meilleur et le meilleur.
En fin de compte, après avoir écouté ce Cosmos
Rocks, il faut se rendre à l’évidence : oui, Queen + Paul Rodgers ont
véritablement fait un album de haute voltige. Ils ont su se réinventer pour
accoucher d’un rock nerveux et puissant, parsemé de voix divines, de solos de
guitares extraterrestres et d’une batterie martelée jusqu’à l’agonie. On avait
peur du résultat, on craignait un truc un brin ringard, la jaquette plus atroce
que l’atrocité elle-même ne nous avait pas rassuré, mais les faits sont là :
Roger Taylor est toujours l’un des meilleurs batteurs qui soient, Brian May est
toujours le plus grand guitariste de tous les temps, et Paul Rodgers est
toujours le catalyseur d’une alchimie atemporelle et intemporelle. Freddie, tu
nous manques, cela ne fait aucun doute. Mais tu peux être fier, de là où tu
es.
Quelques extraits de l'album
Ca arrive bientôt, bande de sacripants.


Commentaires
Mon dieu ce concert, mon dieu ce concert....^^
!!!!!!!!!!QUEEN POWER!!!!!!!!!!!!!