Fluorescent Adolescents : Oracular Spectacular, de MGMT
Par Anansi le samedi 30 août 2008, 11:36 - Le canard et la musique - Lien permanent

Ça a été le gros évènement du début d'année. Certains crièrent au génie, d'autres se contentaient de vaguement les apprécier, ou carrément les détester. Une chose est sûre : tout le monde écoutait MGMT. Parce que, si tu voulais être cool, tu écoutais MGMT. Tu pouvais en prime raconter deux-trois anecdotes, comme le fait qu'ils s'appelaient The Management auparavant, ou le fait que le chanteur se tape Kirsten Dunst en coulisse après chaque concert, et là tu brillais en société. Mais maintenant que le buzz est (un peu) retombé, que reste-t-il de ce supposé coup de génie ? Hé bien, beaucoup de choses : l'album est effectivement excellent, même s'il est trop inégal pour être inoubliable.

L'être contre le paraître, fameux
combat.
Si je vous parle de Brooklin, ça vous évoque quoi ? Des
poubelles et des gros blacks avec des chaînes en or qui font "yeah yeah". Oui,
moi aussi. C’est comme ça. Tout comme le fait que tous les mexicains ont des
sombreros, et toutes les italiennes sont belles. Oui, ben non, en fait. En tout
cas pour Brooklin. Parce qu’il parait que, dans ce quartier fantastique, y’a
une nouvelle scène psyché-rock qui émerge et qui déchire tout. C’est ce que les
gens disent, en tout cas : quand tu vas à Brooklin, boom, du psyché-rock. Comme
ça. La preuve : ils ont viré le clocher de l’église, pour mettre un synthé
cacochyme phosphorescent à la place. Etrange. Un peu comme si Créteil se
découvrait une passion pour Wagner et Mozart.
Au sommet de cette hiérarchie un brin paradoxale, les MGMT
se sont posés en Grand Maître Sauveurs De L’Humanité. C’est en fin 2007 qu’ils
sortirent Oracular Spectacular, leur premier album, mais leur
explosion ne se fit vraiment qu’au début de l’année 2008. Pourtant, ils n’ont
pas franchement de quoi plaire, à la base : de jeunes gamins de 19 ans qui
jouent avec des synthés, dans un atroce style vestimentaire bobo-hyppie, du
genre qui lit Paul-Loup Sulitzer et achète des tableaux avec des taureaux
dessus parce que ça "rappelle la Province". Bref, à l’époque, je poussai un
petit « mouais » dédaigneux, et préférai me tourner vers Vampire Weekend et
leur afro-rock.
Mais, maintenant que tout le buzz est passé et que je me
trouvai fort dépourvu lorsque la bise fut venue, il est temps de s’y
intéresser, à ce Oracular Spectacular. Hé bien, ça vous étonnera
peut-être, mais je vais oser dire quelque chose d’incroyable, que vous n’avez
jamais encore lu : cet album est excellent. Une véritable claque en pleine
poire, pleine d’insolence, de fulgurance, d’insouciance bienfaitrice. Même si
les MGMT ont signé chez Sony/Columbia Records, on a l’impression d’avoir
affaire à une vraie œuvre indépendante, sans consensus, mais avec l’explosion
de la jeunesse. Tout ça produit avec une précision chirurgicale par un Dave
Fridmann qui s’est visiblement remis du malheur qu’il a causé aux Flaming
Lips.
"The youth is starting to change. Are you starting
to change ?"
Evidemment, je ne peux que commencer par vous parler de
Time To Pretend, ouvrant l’album et propulsé premier single. Une
merveille. Le son, déjà, à la fois rock, pop, et électro, sonne un peu comme ce
qu’aurait rêvé de faire les Klaxons sans jamais avoir pu y arriver. Tous les
médias du monde entier se sont lâchés, sur cette œuvre
narvalico-psychédélico-pouèt, et il faut admettre qu’ils n’avaient pas tort. La
musique, simple dans sa construction avec ce riff mortel de synthé qui revient
constamment, se trouve en adéquation parfaite avec les paroles, probablement
les meilleures qu’on ait entendues depuis un bail.
“I'm feeling rough, I'm feeling raw, I'm in the prime of
my life. Let's make some music, make some money, find some models for wives.
I'll move to Paris, shoot some heroin, and fuck with the stars.” Les deux
gamins nous annoncent, le sourire aux lèvres, qu’on finira étouffés dans notre
vomi et que ce sera la fin. Parce qu’on est condamnés à faire semblant. Un peu
foutage de gueule, de la part de musicos qui n’ont jamais trop galéré ?
Complètement. Et c’est ça qui est bon. Ben Goldwasser and Andrew VanWyngarden
(hé bah) nient tout en bloc, plus ou moins implicitement, et veulent
s’affranchir de leurs aînés, des modèles de la musique. Ils sont la relève,
for fuck's sake. Ni dieu, ni maître, en somme.
Pourtant, quand on écoute Oracular Spectacular, on peut pas s’empêcher
de le comparer avec ce qui a été fait. Par exemple, il est évident que des
hommes comme David Bowie ont beaucoup influencé l’éveil musical des deux
bonshommes de Brooklin, non seulement pour le look si particulier (Aladdin
Sane, quelqu'un ?), mais aussi dans la musique glam-rock. L’extraordinaire
Weekend Wars sonne complètement comme une chanson qu’aurait pu sortir Bowie, au
début des seventies. Il faut dire que la voix de VanWyngarden (merci le
copier-coller) ressemble étrangement à celle de l’Araignée de Mars.
Mais tout n'est pas parfait au pays des
synthés.
Le même constat sera fait avec The Youth, gardant
encore de subtils arrangements de synthés tout en calmant les choses. Une
ballade artificielle, pleine de virtualité, et pourtant tellement
terre-à-terre… “This is a call of arms to live and love and sleep together.
We could flood the streets with love or light or heat. Whatever. Lock the
parents out, cut a rug, twist and shout. Wave your hands. Make it rain. For
stars will rise again.” Puis, tout reprend vie avec le très bon
Electric Feel, ici montrant clairement l’autre influence principale du
groupe, à savoir Prince. Du funk rythmé qui marchera à coup sûr dans les
dancefloors de Paname ou dans n’importe quelle soirée fournie avec
alcool fort.
Bon, par contre, on va pas se mentir : la prodigieuse
qualité des premières chansons de l’album ne se retrouve pas jusqu’à la fin, et
on obtient au final une certaine inégalité, obligée par la jeunesse du groupe.
Même si 4th Dimensional Transition est stupéfiante dans son délire
psychédélique (du vrai bon Bowie, pour le coup), Of Moons, Birds and
Monsters est franchement anecdotique et dispensable, notamment à cause
d’un loooooooong solo instrumental à la fin qui enquiquine plus qu’autre chose.
Pour The Handshake, c’est la même : aussitôt entendue, aussitôt
oubliée. Une tentative de morceau plus expérimental que le reste, pas
franchement réjouissante.
En bref, en mettant de coté le fait qu’ils sont récupérés de
partout par tous ces bobos trop heureux d’être dans la hype, et en
oubliant leur look directement sorti d’un catalogue La Redoute, les MGMT nous
ont sorti un excellent premier album. Maintenant, reste à voir s’ils réussiront
à poursuivre leurs efforts sur les albums suivants, pour montrer à tout le
monde qu’ils sont là dans la durée, et pas seulement pour avoir jeté un caillou
dans la mare. Histoire qu’on ne les oublie pas, quoi. Il faut donc le
reconnaître : tout comme les huîtres, ces idiotes bestioles gélatineuses,
peuvent donner de splendides perles, ces deux couillons ont fait un truc énorme
avec ce Oracular Spectacular.
Quelques extraits de l'album
MGMT -
Time To Pretend
MGMT -
Weekend Wars

