L'être contre le paraître, fameux combat.
    Si je vous parle de Brooklin, ça vous évoque quoi ? Des poubelles et des gros blacks avec des chaînes en or qui font "yeah yeah". Oui, moi aussi. C’est comme ça. Tout comme le fait que tous les mexicains ont des sombreros, et toutes les italiennes sont belles. Oui, ben non, en fait. En tout cas pour Brooklin. Parce qu’il parait que, dans ce quartier fantastique, y’a une nouvelle scène psyché-rock qui émerge et qui déchire tout. C’est ce que les gens disent, en tout cas : quand tu vas à Brooklin, boom, du psyché-rock. Comme ça. La preuve : ils ont viré le clocher de l’église, pour mettre un synthé cacochyme phosphorescent à la place. Etrange. Un peu comme si Créteil se découvrait une passion pour Wagner et Mozart.
    Au sommet de cette hiérarchie un brin paradoxale, les MGMT se sont posés en Grand Maître Sauveurs De L’Humanité. C’est en fin 2007 qu’ils sortirent Oracular Spectacular, leur premier album, mais leur explosion ne se fit vraiment qu’au début de l’année 2008. Pourtant, ils n’ont pas franchement de quoi plaire, à la base : de jeunes gamins de 19 ans qui jouent avec des synthés, dans un atroce style vestimentaire bobo-hyppie, du genre qui lit Paul-Loup Sulitzer et achète des tableaux avec des taureaux dessus parce que ça "rappelle la Province". Bref, à l’époque, je poussai un petit « mouais » dédaigneux, et préférai me tourner vers Vampire Weekend et leur afro-rock.
    Mais, maintenant que tout le buzz est passé et que je me trouvai fort dépourvu lorsque la bise fut venue, il est temps de s’y intéresser, à ce Oracular Spectacular. Hé bien, ça vous étonnera peut-être, mais je vais oser dire quelque chose d’incroyable, que vous n’avez jamais encore lu : cet album est excellent. Une véritable claque en pleine poire, pleine d’insolence, de fulgurance, d’insouciance bienfaitrice. Même si les MGMT ont signé chez Sony/Columbia Records, on a l’impression d’avoir affaire à une vraie œuvre indépendante, sans consensus, mais avec l’explosion de la jeunesse. Tout ça produit avec une précision chirurgicale par un Dave Fridmann qui s’est visiblement remis du malheur qu’il a causé aux Flaming Lips.

"The youth is starting to change. Are you starting to change ?"
    Evidemment, je ne peux que commencer par vous parler de Time To Pretend, ouvrant l’album et propulsé premier single. Une merveille. Le son, déjà, à la fois rock, pop, et électro, sonne un peu comme ce qu’aurait rêvé de faire les Klaxons sans jamais avoir pu y arriver. Tous les médias du monde entier se sont lâchés, sur cette œuvre narvalico-psychédélico-pouèt, et il faut admettre qu’ils n’avaient pas tort. La musique, simple dans sa construction avec ce riff mortel de synthé qui revient constamment, se trouve en adéquation parfaite avec les paroles, probablement les meilleures qu’on ait entendues depuis un bail.
    “I'm feeling rough, I'm feeling raw, I'm in the prime of my life. Let's make some music, make some money, find some models for wives. I'll move to Paris, shoot some heroin, and fuck with the stars.” Les deux gamins nous annoncent, le sourire aux lèvres, qu’on finira étouffés dans notre vomi et que ce sera la fin. Parce qu’on est condamnés à faire semblant. Un peu foutage de gueule, de la part de musicos qui n’ont jamais trop galéré ? Complètement. Et c’est ça qui est bon. Ben Goldwasser and Andrew VanWyngarden (hé bah) nient tout en bloc, plus ou moins implicitement, et veulent s’affranchir de leurs aînés, des modèles de la musique. Ils sont la relève, for fuck's sake. Ni dieu, ni maître, en somme.
Pourtant, quand on écoute Oracular Spectacular, on peut pas s’empêcher de le comparer avec ce qui a été fait. Par exemple, il est évident que des hommes comme David Bowie ont beaucoup influencé l’éveil musical des deux bonshommes de Brooklin, non seulement pour le look si particulier (Aladdin Sane, quelqu'un ?), mais aussi dans la musique glam-rock. L’extraordinaire Weekend Wars sonne complètement comme une chanson qu’aurait pu sortir Bowie, au début des seventies. Il faut dire que la voix de VanWyngarden (merci le copier-coller) ressemble étrangement à celle de l’Araignée de Mars.

Mais tout n'est pas parfait au pays des synthés.
    Le même constat sera fait avec The Youth, gardant encore de subtils arrangements de synthés tout en calmant les choses. Une ballade artificielle, pleine de virtualité, et pourtant tellement terre-à-terre… “This is a call of arms to live and love and sleep together. We could flood the streets with love or light or heat. Whatever. Lock the parents out, cut a rug, twist and shout. Wave your hands. Make it rain. For stars will rise again.” Puis, tout reprend vie avec le très bon Electric Feel, ici montrant clairement l’autre influence principale du groupe, à savoir Prince. Du funk rythmé qui marchera à coup sûr dans les dancefloors de Paname ou dans n’importe quelle soirée fournie avec alcool fort.
    Bon, par contre, on va pas se mentir : la prodigieuse qualité des premières chansons de l’album ne se retrouve pas jusqu’à la fin, et on obtient au final une certaine inégalité, obligée par la jeunesse du groupe. Même si 4th Dimensional Transition est stupéfiante dans son délire psychédélique (du vrai bon Bowie, pour le coup), Of Moons, Birds and Monsters est franchement anecdotique et dispensable, notamment à cause d’un loooooooong solo instrumental à la fin qui enquiquine plus qu’autre chose. Pour The Handshake, c’est la même : aussitôt entendue, aussitôt oubliée. Une tentative de morceau plus expérimental que le reste, pas franchement réjouissante.
    En bref, en mettant de coté le fait qu’ils sont récupérés de partout par tous ces bobos trop heureux d’être dans la hype, et en oubliant leur look directement sorti d’un catalogue La Redoute, les MGMT nous ont sorti un excellent premier album. Maintenant, reste à voir s’ils réussiront à poursuivre leurs efforts sur les albums suivants, pour montrer à tout le monde qu’ils sont là dans la durée, et pas seulement pour avoir jeté un caillou dans la mare. Histoire qu’on ne les oublie pas, quoi. Il faut donc le reconnaître : tout comme les huîtres, ces idiotes bestioles gélatineuses, peuvent donner de splendides perles, ces deux couillons ont fait un truc énorme avec ce Oracular Spectacular.

    Quelques extraits de l'album



MGMT - Time To Pretend


MGMT - Weekend Wars