Hymne à la joie : Volume One, de She & Him
Par Anansi le vendredi 15 août 2008, 09:42 - Le canard et la musique - Lien permanent

Depuis que je l’ai vue dans The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy, je me suis juré de toujours garder un œil sur la carrière de Zooey Deschanel. Y’a des actrices, comme ça, qui crèvent l’écran. Beaucoup plus que des pseudos-stars qui passent leurs vacances à faire des trucs incroyables sur la côte de Malibu, bronzage intégral compris. Zooey, elle, passe ses étés à chanter, et il lui faudra rencontrer Matt Ward pour qu’elle monte finalement son groupe. Ca s’appelle She & Him (parce que y’a elle et lui, en fait. Hé ouais.), et c’est de la pop-folk très sixties, fine et planante. Une bien belle parenthèse de douceur, et le signe que décidément, cette fille sait tout faire, en plus d’avoir les plus beaux yeux de la Création.

Les grands esprits se rencontrent
toujours.
Ami amateur d’amplis triturés à l’extrême, de guitares
électriques beuglantes et martelées par un musicien en extase quasi-sexuelle,
de chanteurs qui crachent leur tripes dans un micro qui se demande ce qu’il a
bien pu faire pour mériter ça, va-t-en. Fuis. Aussi loin que tu le pourras.
Parce que ce qui suivra te traumatisera. En revanche, toi qui a un peu plus
d’ouverture d’esprit, oui toi là, tu peux rester. Voiiiiiiilà. Parce qu’après
les Duke Spirit, les Blood Red Shoes, les Kills ou encore les Stripes (Jack,
béni soit ton nom), je me suis dit qu’il était temps de calmer les choses, de
se poser, de regarder le train passer et de planer. Et pour cela, She & Him
est tout ce que je voulais. Une petite pilule de bonheur auditif.
She, c’est Zooey Deschanel. Plus connue pour ses talents
d’actrice, on l’a notamment vue dans l’extraordinaire Almost
Famous/Untitled dont je vous ai récemment parlé, dans l’excellente série
télé Weeds ou encore dans Phénomènes, le dernier navet de M.
Night « I’m a genius, you know » Shyamalan. (Elle est aussi la sœur d’Emily
Deschanel, l’actrice principale de Bones. Ouaip). Après avoir participé à
quelques chansons de l’album de Coconut Records, le groupe emmené par son
ex-boyfriend Jason Schwartzman (neveu de Francis Ford Coppola, cousin de
Nicolas Cage, et lui aussi acteur, qu’on a vu dans le très bon Darjeeling
Limited, ou dans le voluptueux Marie Antoinette de Sofia Coppola,
sa cousine, donc. Vous suivez ?), là voilà sur son propre projet.
Him, c’est Matt Ward, songwriter canadien de son état qui
navigue dans le folk acoustique. Programmeur plus que doué, le bonhomme joue
beaucoup sur les sons, comme avec son Transistor Radio, qui renvoie
aux années 30, à la poussière du désert, au son crépitant d’un radio
transmetteur qui a déjà vécu. Pour Post-War, il évoluait un cran plus
tard et on se croyait dans les années 50, avec ses guitares slides et sa
country rythmée, pour évoquer les affres de la guerre de manière moins
démoralisante qu’un Neil Young. Un jour, Zooey vient chez lui, ils font
quelques démos, et hop, ils forment She & Him. Ward n’a rien pu lui
refuser. Comme je le
comprends, le bougre.
"I'm alone, on a bicycle for
two."
Comme je vous l’expliquais avec le sourire mais la plus
grande des fermetés© un peu plus haut, le duo américain fait dans la
pop-folk, tantôt langoureuse, tantôt plus rythmée. En tout cas, l’élément
commun de ce Volume One est la vraie joie qui en résulte. Tous les
morceaux donnent une pêche incroyable. Pas cette déferlante d’énergie emmenée
par un bon gros morceau de rock, mais cette plénitude qui vous étreint le cœur,
et qui vous fait sourire comme un benêt dans votre lit. Définitivement, ce
n’est pas de la musique à emporter, que vous écoutez dans votre bagnole ou dans
le tramway.
Il n’y a qu’à écouter Sentimental Heart, qui ouvre
la galette. Dans un premier temps, la seule voix de Zooey Deschanel, cette
douce voix sucrée qu’on mangerait en barbe-à-papa, accompagnée par un piano.
Bientôt, un violon viendra, sur la pointe des pieds, se frotter à nous. Tout
est aérien, voltigeant, virevoltant… Dans la lumière, Deschanel brille de mille
feux, tandis que M. Ward travaille dans l’ombre, comme un projectionniste. On
ne le sent pas, mais sans lui tout se casserait la gueule : ses programmations
sont magnifiques, trouvant leur apogée dans un final en crescendo réjouissant.
Au vrai sens du terme.
Juste après, Why Do You Let Me Stay Here ouvre une
période plus rythmée, moins dépouillée et plus riche en instrument. Tout ça est
bondissant, et le tempo donné par la guitare électrique se fait joueur, brisant
les allures, laissant s’échapper les pianos, une gratte électro-acoustique, les
cymbales, ou encore ces chœurs, qui ne sont au départ qu’un simple
accompagnement de la si belle voix de Zooey Deschanel, mais qui viendront
ensuite tout arrêter… Pour que tout reparte de plus belle. This Is Not A
Test sera sur les mêmes bases, avec la guitare sèche de Ward très en
avant, et la chanteuse rejointe subtilement par des chœurs qui nous ramènent
dans les années 60, du temps de Nancy Sinatra ou Nina Simone. Et probablement
d’autres chanteuses avec des N dans leurs noms.
"Why don't you come and play here
?".
Ce sentiment de dépaysement, de détemporalité
(j’invente des mots si je veux), c’est l’autre dénominateur commun de tous les
morceaux de l’album. Une volonté bien réelle de partir sur des bases
poussiéreuses, antiques et coincées dans l’ancien temps, qui ne nous étonne pas
de la part de Deschanel qui a passé une bonne partie de sa jeunesse à jouer
dans des cabarets, et encore moins de la part de Ward qui est toujours allé
chercher dans le passé pour construire sa musique. Change Is Hard en
est le parfait exemple, et la voir jouée en live par une Zooey Deschanel toute
timide et impressionnée ne fait qu’ajouter au charme de l’ensemble… Une chanson
qui doit beaucoup au sens du rythme de sa chanteuse, d’ailleurs.
Parfois, par contre, le tempo sera donné par les
percussions, comme en témoigne I Was Made For You, entièrement guidée
par la caisse de Ward, et le chant d’une Deschanel qui se prend pour une
Loretta Lynn sous amphet. Sweet Darlin’ fait elle encore plus fort,
avec ses violons dégingandés, et la voix multipliée de la chanteuse… On a
immédiatement envie de sourire, de taper du pied, et de faire la danse du chien
de la banquette arrière, si chère à Emilie Simon. Une dernière explosion de
joie, avant Untitled, clôturant l’album. Co-écrite par Deschanel et
Schwartzman, elle se fait extrêmement acoustique et brute, avec cette voix
lointaine du micro et les bruits de pluie qui ramène au Love, Reign O’er
Me des Who.
She & Him est donc une excellente surprise, que je
n’attendais pas vraiment mais qui m’a frappé en plein dans mon cœur tout doux.
Pour tout vous dire, alors que j’étais en train d’écouter l’album de Wolfmother
(pas franchement la plus subtile des musiques, donc), je suis tombé dessus
grâce au bon goût de certaines
personnes, et j’ai dû tout mettre en suspens, accaparé que j’étais par ce
folk langoureux et rythmé, cette douce voix, ces arrangements calibrés à la
perfection. Et surtout, cette sensation de plénitude joyeuse qui en résulte, et
qui ne m’avait pas envahi avec autant de ferveur depuis le premier album de
Norah Jones. Si ça c’est pas un signe de qualité.
Quelques extraits de l'album
She & Him -
Black Hole
She & Him -
I Was Made For You
She & Him - Change Is Hard (live)


Commentaires
Alors là, je dois te témoigner joie et gratitude parce que j'adore que mes bandes-sons servent à quelque chose et manifestement, en choisissant ce morceau-ci j'ai tapé là où il fallait. J'aime également beaucoup l'album et je le sens déjà bien parti pour le top 20 2008, affaire à suivre.
(belles bios de la dame et du monsieur, au passage, que je me permets de compléter en précisant que Zooey n'a a priori pas de lien de parenté avec Paul Deschanel le président tombé du train, je disais juste ça pour rappeler qu'on a eu un président qui tomba de son train, ça arrive assez peu souvent pour qu'on l'évoque, tudieu.]
Effectivement, tu as tapé où il fallait, et je t'en remercie, mon cher. Il tourne encore en boucle, ce Volume One !
(Importante précision, ouais. Heureusement que le père Popaul n'a pas connu les TGV.)