Une histoire de gros... sous.
   The Cottage, le deuxième film de l’anglais Paul Andrew Williams, a eu quatre étoiles dans le dernier Brazil (le seul et unique VRAI magazine de ciné en France). Raison suffisante pour m’y intéresser. Jamais entendu parler de ce monsieur, jamais vu London To Brighton (son premier long-métrage) mais peutimporte, je veux le voir. Parce que le synopsis promet du boudin : deux frères kidnappent la fille du patron du pub local, pour demander une rançon. Mais, après le foirage total de l’enlèvement, ils se retrouvent à courir dans la forêt by night, jusqu’à arriver à un cottage (innit ?) qui abrite un fermier pas commode. Du genre psychopathe.
   Ca s’annonçait drôle et gore, et là-dessus il n’y a pas eu vol sur la marchandise : The Cottage est drôle et gore. Ca tombe bien. Plus encore, il arrive à marier à merveille le comique de situation et la violence, dans un univers complètement parodique comme seuls savent les monter les Anglais. Si vous voulez vous situer, on est dans Une Nuit En Enfer, version bouseux anglais. Le film met ainsi en scène deux frères aux tempéraments complètement opposés, empruntés dans la grande tradition laurel-et-hardyesque : le maigroulet timide et pleurnichard, et le bourru barbu qui donne les ordres et rattrapent les erreurs du p’tiot.
   Le dernier, c’est Andy Serkis (Sméagol/Gollum dans le Seigneur des Anneaux, et King Kong) qui l’incarne, d’une manière impeccable. Montrant véritablement son grand talent d’acteur, le voir tenir la tête d’affiche d’un film tel que celui-ci est un régal. Reece Shearsmith, en trouillard et gaffeur invétéré, est lui aussi incroyable. La confrontation entre les deux frères est en fait à la base de beaucoup du potentiel comique du film : c’est pas franchement original, c’est même une sacro-sainte tradition chez les Anglais, mais c’est tellement bien mené qu’on a envie de dire bravo. D’ailleurs, je le dis : bravo. Il n’y a vraiment que eux pour nous pondre des personnages pareils.

Deux films pour le prix d'un.
   La première partie de The Cottage traite du kidnapping de la fille du mafieux de la région par le duo. Une fille pas vraiment facile : complètement délurée et teigneuse, elle est interprétée à la perfection par la siliconée Jennifer Ellison, que les british ont plus l’habitude de voir dans des tenues légères et positions lascives dans les pages du Zoo Magazine ou Nuts lorsqu'elle était jeune, que dans des films. Pourtant, elle n’est pas une débutante : oui, elle a joué dans Le Fantôme de l’Opéra, monsieur. Même que ouais, d’abord. Mais le réalisateur joue à fond sur l’image de la belle : alors qu’on s’attend à entendre une bimbo écervelée, c’est un réel plaisir de la voir balancer des insultes à la pelle avec un accent anglais à couper à la scie à métaux, et mettre des coups de boules au premier qui s'approche.
   Malgré tout, le réalisateur voulait au départ une vieille femme, plutôt qu’une bimbo : parce que ce serait marrant, et surtout pour éviter le cliché teenager immédiatement créé lorsqu’on met en scène Madame Bellepaire, de Loches (argh, si j'en viens à citer Bouvard c'est qu'il y a un problème). Certes, voir une septuagénaire se démener contre ces deux frères aurait été marrant, mais finalement le changement de script de l’auteur n’est pas une mauvaise idée. Ca permet un contraste saisissant entre son apparence et ses paroles. Au résultat, on a une sorte de mélange improbable de Pamela Anderson, Uma Thurman et Asia Argento… Vous voyez l’idée ? Un personnage excellent à voir évoluer, hilarant et volontairement exagéré.
   Et puis, tout bascule. Switch. Paul Andrew Williams, comme un gosse avec un nouveau jouet, s’amuse à appuyer sur les boutons. Et il nous fait deux films en un. En effet, comme pour Une Nuit En Enfer que j’ai déjà cité, on va tout à coup changer totalement et radicalement de registres. L’arrivée des trois protagonistes au fameux Cottage sera le point de départ de la deuxième moitié du film, qui a décidé de remplacer le coté Fargo du début par du Massacre à la Tronçonneuse. C’est gore, ça tranche dans tous les sens, et ça fait bien flipper. Un véritable virage à angle droit, explosant les codes ou règles que l’on aurait voulu donner au film. Maintenant, ça charcle sévère, sans préavis.

Ou comment les Américains ne comprennent jamais rien à l'humour anglais.
   On assiste en fait à la liberté totale d’un réalisateur qui a décidé qu’il ferait son film comme il en a décidé, et qui ne s’inquiète pas des conséquences. Le bonheur de devoir travailler avec un budget réduit : on a moins de moyens, mais on peut l’utiliser comme on veut, car la perte d’argent sera moindre. En France, on n’est pas du tout habitué à ce genre d’écriture, et beaucoup ne le comprendront pas. Mais le réalisateur s’y attend. « Je ne pense pas qu’il sera un succès retentissant. Les Américains ne l’ont déjà pas compris, alors… » a-t-il dit dans le dernier numéro de Brazil (je vous ai dit que c’était un magazine extraordinaire ?)
   Mais l’humour anglais si agréable que l’on avait depuis le début du film se retrouve jusqu’à la fin, peu importe les membres tranchés. Une façon de désacraliser la violence affichée, de montrer qu’on fait ça avant tout pour se marrer. Et puis, Williams s’amuse avec le public, que ce soit avec le gag du râteau vu pour la énième fois, ou pour cette scène exquise où un personnage approche la tête de la porte, alors qu’un autre se trouve derrière avec un couteau. Le réalisateur joue avec le spectateur, le fait rentrer dans son jeu, et ça marche. Du coup, on est totalement dans son univers, et on ne s’étonne même pas que toute cette violence soit accompagnée de musique classique et de trompettes plutôt que par du hard rock.
   The Cottage est donc une très belle surprise venue d’Angleterre, une de plus. Comique, parodique à mort et violent, il est en plus porté par un trio de tête parfait sur tous les points. Un très bon slasher en forme d’hommage à un bon paquet de films de séries B (voire Z), et montrant surtout que les anglais sont les seuls à pouvoir donner de vraies et belles comédies qui n’ont pas peur de sortir des codes en place, de les transformer pour mieux les éviter. Alors faites-vous plaisir, rares sont les films intelligents qui peuvent faire rire et faire peur à la fois.