The Cottage, de Paul Andrew Williams
Par Anansi le jeudi 17 juillet 2008, 11:36 - Pellicule aviaire - Lien permanent

Deux gangsters pas très malins capturent une fille, et en demandent une rançon. Mais ladite donzelle, du genre bimbo hargneuse, réussit à s'enfuir et va se réfugier dans une ferme, poursuivie par les deux frères. Une ferme habitée, et pas par un ange. S'ensuivra du sang, des membres tranchés, et de la bonne rigolade. Un film comico-horrifique typiquement anglais, modeste (on va pas non plus trop s'emballer) mais hilarant. Y'a bon !
Une histoire de gros... sous.
The Cottage, le deuxième film de l’anglais Paul
Andrew Williams, a eu quatre étoiles dans le dernier Brazil (le seul et unique
VRAI magazine de ciné en France). Raison suffisante pour m’y intéresser. Jamais
entendu parler de ce monsieur, jamais vu London To Brighton (son
premier long-métrage) mais peutimporte, je veux le voir. Parce que le
synopsis promet du boudin : deux frères kidnappent la fille du patron du pub
local, pour demander une rançon. Mais, après le foirage total de l’enlèvement,
ils se retrouvent à courir dans la forêt by night, jusqu’à arriver à
un cottage (innit ?) qui abrite un fermier pas commode. Du genre
psychopathe.
Ca s’annonçait drôle et gore, et là-dessus il n’y a pas eu
vol sur la marchandise : The Cottage est drôle et gore. Ca tombe bien.
Plus encore, il arrive à marier à merveille le comique de situation et la
violence, dans un univers complètement parodique comme seuls savent les monter
les Anglais. Si vous voulez vous situer, on est dans Une Nuit En
Enfer, version bouseux anglais. Le film met ainsi en scène deux frères aux
tempéraments complètement opposés, empruntés dans la grande tradition
laurel-et-hardyesque : le maigroulet timide et pleurnichard, et le
bourru barbu qui donne les ordres et rattrapent les erreurs du p’tiot.
Le dernier, c’est
Andy Serkis (Sméagol/Gollum dans le Seigneur des Anneaux, et King
Kong) qui l’incarne, d’une manière impeccable. Montrant véritablement son grand
talent d’acteur, le voir tenir la tête d’affiche d’un film tel que celui-ci est
un régal. Reece Shearsmith, en
trouillard et gaffeur invétéré, est lui aussi incroyable. La confrontation
entre les deux frères est en fait à la base de beaucoup du potentiel comique du
film : c’est pas franchement original, c’est même une sacro-sainte tradition
chez les Anglais, mais c’est tellement bien mené qu’on a envie de dire bravo.
D’ailleurs, je le dis : bravo. Il n’y a vraiment que eux pour nous pondre des
personnages pareils.
Deux films pour le prix d'un.
La première partie de The Cottage traite du
kidnapping de la fille du
mafieux de la région par le duo. Une fille pas vraiment facile :
complètement délurée et teigneuse, elle est interprétée à la perfection par la
siliconée Jennifer Ellison, que les british ont plus l’habitude de voir dans
des tenues légères et positions lascives dans les pages du Zoo Magazine ou Nuts
lorsqu'elle était jeune, que dans des films. Pourtant, elle n’est pas une
débutante : oui, elle a joué dans Le Fantôme de l’Opéra, monsieur.
Même que ouais, d’abord. Mais le réalisateur joue à fond sur l’image de la
belle : alors qu’on s’attend à entendre une bimbo écervelée, c’est un réel
plaisir de la voir balancer des insultes à la pelle avec un accent anglais à
couper à la scie à métaux, et mettre des coups de boules au premier qui
s'approche.
Malgré tout, le réalisateur voulait au départ une vieille
femme, plutôt qu’une bimbo : parce que ce serait marrant, et surtout pour
éviter le cliché teenager immédiatement créé lorsqu’on met en scène Madame
Bellepaire, de Loches (argh, si j'en viens à citer Bouvard c'est qu'il y a un
problème). Certes, voir une septuagénaire se démener contre ces deux frères
aurait été marrant, mais finalement le changement de script de l’auteur n’est
pas une mauvaise idée. Ca permet un contraste saisissant entre son apparence et
ses paroles. Au résultat, on a une sorte de mélange improbable de Pamela
Anderson, Uma Thurman et Asia Argento… Vous voyez l’idée ? Un personnage
excellent à voir évoluer, hilarant et volontairement exagéré.
Et puis, tout bascule. Switch. Paul Andrew Williams,
comme un gosse avec un nouveau jouet, s’amuse à appuyer sur les boutons. Et il
nous fait deux films en un. En effet, comme pour Une Nuit En Enfer que
j’ai déjà cité, on va tout à coup changer totalement et radicalement de
registres. L’arrivée des trois protagonistes au fameux Cottage sera le point de
départ de la deuxième moitié du film, qui a décidé de remplacer le coté Fargo
du début par du Massacre à la Tronçonneuse. C’est gore, ça tranche
dans tous les sens, et ça fait bien flipper. Un véritable virage à angle droit,
explosant les codes ou règles que l’on aurait voulu donner au film. Maintenant,
ça charcle sévère, sans préavis.
Ou comment les Américains ne comprennent jamais rien
à l'humour anglais.
On assiste en fait à la liberté totale d’un réalisateur qui a
décidé qu’il ferait son film comme il en a décidé, et qui ne s’inquiète pas des
conséquences. Le bonheur de devoir travailler avec un budget réduit : on a
moins de moyens, mais on peut l’utiliser comme on veut, car la perte d’argent
sera moindre. En France, on n’est pas du tout habitué à ce genre d’écriture, et
beaucoup ne le comprendront pas. Mais le réalisateur s’y attend. « Je ne pense
pas qu’il sera un succès retentissant. Les Américains ne l’ont déjà pas
compris, alors… » a-t-il dit dans le dernier numéro de Brazil (je vous ai dit
que c’était un magazine extraordinaire ?)
Mais l’humour anglais si agréable que l’on avait depuis le
début du film se retrouve jusqu’à la fin, peu importe les membres tranchés. Une
façon de désacraliser la violence affichée, de montrer qu’on fait ça avant tout
pour se marrer. Et puis, Williams s’amuse avec le public, que ce soit avec le
gag du râteau vu pour la énième fois, ou pour cette scène exquise où un
personnage approche la tête de la porte, alors qu’un autre se trouve derrière
avec un couteau. Le réalisateur joue avec le spectateur, le fait rentrer dans
son jeu, et ça marche. Du coup, on est totalement dans son univers, et on ne
s’étonne même pas que toute cette violence soit accompagnée de musique
classique et de trompettes plutôt que par du hard rock.
The Cottage est donc une très belle surprise venue
d’Angleterre, une de plus. Comique, parodique à mort et violent, il est en plus
porté par un trio de tête parfait sur tous les points. Un très bon slasher en
forme d’hommage à un bon paquet de films de séries B (voire Z), et montrant
surtout que les anglais sont les seuls à pouvoir donner de vraies et belles
comédies qui n’ont pas peur de sortir des codes en place, de les transformer
pour mieux les éviter. Alors faites-vous plaisir, rares sont les films
intelligents qui peuvent faire rire et faire peur à la fois.


Commentaires
ça m'a plutot donné envie, l'humour anglais y a bon, puis l'actrice est plutot agichante, et puis faudrait que j'arrête de dire puis et plutot, mais ça m'a l'air plutot pas mal ^^
Ouais et puis il est plutôt bien, c'est vrai :nerd:
En tout cas, c'est clair qu'il est à voir, ne serait-ce que pour le fait d'avoir un film de genre drôle et qui ne pète pas plus haut que son joli derrière, contrairement à la quasi-totalité des films français.