Un petit poisson, un petit oiseau...
   D’emblée, il faut que je vous le dise : je suis sorti de la projo de Wall·E, le sourire aux lèvres, le cœur léger et la conviction que ce putain de monde était beau, en fin de compte. Je vous l’accorde, le phénomène se produit une fois par an, à chaque fois que Pixar sort son film ; le studio est maintenant arrivé à une maîtrise prodigieuse de son art. Mais pourtant, ce dernier-né de la firme est encore au-delà de tous les autres, et pourrait bien rester dans l’Histoire. Et Andrew Stanton, réalisateur de l’œuvre (ainsi que des deux Toy Story, du Monde de Nemo, et co-auteur du meilleur Pixar jusqu’à ce Wall·E, Monstres et Cie), est à remercier. Ratatouille imposait déjà l’année dernière un niveau incroyablement élevé ; un peu comme la finale de Wimbledon 2008 ou 1981, si vous voulez. D’ailleurs, il est constamment cité dans le trio de tête des meilleurs films de l’année 2007. Mais Wall·E va encore plus loin. Yes sir.
    Wall·E, c’est un petit robot, spécialisé dans le nettoyage et le compactage des ordures. Waste Allocation Load Lifters - Earth Class. Parce que, dans ce futur ici dépeint, la Terre n’est plus qu’un immense tas d’ordures en tous genres, où les éoliennes s’entassent sur les montagnes de déchets et où l’air est devenu tellement pollué qu’il en est devenu toxique. Alors, du coup, tous les habitants se sont réfugiés dans l’espace, dans un immense vaisseau luxueux, et ont envoyé des robots sur Terre pour la nettoyer. Au fur et à mesure, tous sont tombés en panne. Sauf un exemplaire du modèle Wall·E, qui officie maintenant seul depuis 700 ans…Mais il ne sera pas seul longtemps, puisqu’il verra bientôt débarquer EVE, un robot bien plus évolué que lui, qui vient pour un mission inconnue.
    C’est un peu la Emma De Caunes robotique, cette petite. Wall·E y tombe immédiatement amoureux. Alors quand elle quitte la Terre, il va la suivre dans l’espace… Ca n’a l’air de rien comme ça, mais avec ce scénar’ les gars de Pixar ont créé très certainement l’une des plus belles histoires d’amour du cinéma. Pas d’animation, hein. Cinéma tout court. Le film est entièrement basé sur les sentiments, les sensations ; tout est basé sur le rapport à l’autre, la confrontation de deux personnages, chacun apprenant l’état d’esprit de l’autre. Ce n’est jamais mièvre, mais toujours beau et offrant une vraie sensibilité. Et puisque les sentiments n’ont pas besoin de paroles lorsqu’ils sont purs, le film est pratiquement entièrement muet. Les personnages principaux, qui couvrent toute la pellicule, ne s’échangeront en tout et pour tout que deux mots pendant 1h40.

Savoir prendre des risques, pour toujours surprendre.
   Et là, déjà, on se dit que les mecs de Pixar sont des génies. Parce qu’ils n’ont jamais connu le sens du mot « facilité », ils cherchent constamment à aller là où il ne sont jamais allés, pour surprendre et étonner. Ne pas prendre les spectateurs pour des cons, en somme. Et le résultat est magistral. Parce qu’après tout, qui oserait de nos jours faire un film d’animation – donc censé être en priorité pour les enfants – mettant en scène deux héros muets ? Mais c’est là où Pixar montre sa différence. Ils ne font pas des films pour enfants. Ils font des films qui peuvent être vus par les enfants. Et la nuance est énorme. Dans Wall·E, les enfants verront une histoire d’amour entre deux robots. Les plus grands y verront en plus de nombreux questionnements sur la société de consommation, sur la robotisation, et sur le modèle américain.
    De nombreux thèmes sont ainsi brassés, et ça commence dès la première seconde du film. Alors que résonne une des chansons d’une obscure version cinématographique du Hello Dolly de Barbra Streisand, on voit la Terre, étouffée derrière des millions de satellite en orbite, qui n’est plus qu’un immense champ de déchets. Ils s’accumulent partout, en montagnes, en pyramides ou en vrac, faisant disparaître toute trace de végétation et teintant de gris ce monde ravagé. C’est également l’occasion de rendre compte à quel point les artistes de Pixar sont des génies des images : Wall·E est sans conteste l’un des plus beaux films en image de synthèse jamais réalisé. Tout y est sublime ; la Terre, tout le reste, les détails, les immensités ravagées, les explosions, la poussière…
    Et évidemment nos deux robots, non seulement superbes œuvres numériques mais également splendides héros. Il parait extrêmement difficile de pouvoir imprimer des émotions sur un personnage de synthèse, créé par un ordinateur et constitué de simples pixels (ce personnage étant en plus un robot industriel), mais c’est pourtant ce qu’on réalisé Stanton et son équipe. Les deux héros nous bombardent de sentiments, nous les renvoient à la face avec une facilité déconcertante. Par exemple, citons cette scène où Wall·E montre à Eve tous les objets de collection qu’il a amassé dans sa cabane : de la télé diffusant en boucle Hello Dolly, jusqu’au briquet Zippo, en passant par toutes ces babioles brillantes qu’il a trouvé jolies… Tous ces petits riens qui ne sont qu’à lui.

Hé bah, ça en fait des mélioratifs.
   Ce sont ces moments de pure candeur, où un personnage fait découvrir à l’autre son jardin secret, sans qu’aucun dialogue mièvre ou superflu ne vienne encombrer la scène, qui donne au film sa splendeur. Et la qualité reste constante du début à la fin. Les moments de calme succèderont à des scènes d’actions rapides auxquelles Pixar nous a habitué et qui sont toujours d’une qualité irréprochable… Parce que le voyage dans l’espace, jusqu’à une destination que je ne vous révèlerai pas (vous n’aurez qu’à regarder le film, ça vous fera la surprise) ne sera pas de tout repos, loin de là. Il y aura, en vrac, un méchant, des gentils, des robots fous, des obèses et un parapluie névrotique. Si si.
    Et, quand arrive l’heure du générique de fin (qui reconstitue le film en pixel), on est convaincus que Pixar ont créé là LE film d’animation. Une œuvre iconique, pleine de symboles, et si intelligentes que tout le monde s’y retrouve : les enfants, les ados, les jeunes, les vieux… Le studio de chez Disney en profite également pour montrer qu’ils sont à des années-lumière de leur supposé concurrent direct, Dreamworks. Quand on voit que l’un propose Wall·E, et que l’autre diffuse le même mois Kung-Fu Panda, il y a de quoi se demander comment on ose les comparer. De plus, comme d’habitude, on ne retrouve ici aucune star à deux balles pour doubler les personnages ; toute l’œuvre arbore une modestie qui ne la rend que plus marquante.
    Au final, je pourrai vous répéter une énième fois ce que je pense de Wall·E, mais vous l’aurez compris tout(e) seul(e) : oui c’est un chef-d’œuvre de l’animation, oui c’est le meilleur Pixar sorti à ce jour. Un vrai coup de cœur pour une œuvre ambitieuse dans sa construction, dans sa mise en scène, et dont l’immense beauté se retrouve à la fois dans les graphismes et dans les émotions transmises par les personnages. Les artistes de chez Pixar sont à la pointe des images numériques, oui, mais ce sont surtout des conteurs d’histoires, qui mettent leurs images au service d’une vraie fable. Maintenant, après avoir le film en avant-première de la mort (le 6 juillet, pas mal) grâce au multiplexe Kinepolis, il ne me reste plus qu’à attendre le 30 juillet, date de sortie officielle, pour aller le voir une deuxième fois.


P.S : et le court-métrage qui le précède, Presto, est une merveille. Comme toujours.