The Ting Tings.
   Lui, c'est Jules De Martino. La guitare et la batterie, c'est son truc. Des fois, il chante, aussi. Faut bien. Elle, c'est Katie White. Rien à voir avec Jack (cet être extraordinaire), ni Meg. Elle aime bien chanter avec un chapeau. Et jouer de la gratte, aussi. A eux deux, ils forment les Ting Tings. Et vous les connaissez, forcément. Si si. Vous savez, la dernière pub Apple où la gonzesse dit "Shut up and let me go" ? C'est eux. Parce que les Ting Tings sont de la génération digitale. L'époque 2.0 dans ta face. Leur renommée, ils l'ont gagné sur MySpace, même si leur première performance notable était lors du Glastonbury Festival 2007. Pour l’édition 2008 du Glasto qui vient de finir, ils étaient là en champions, et ont ameuté l’une des plus grosses foules que le John Peel Stage ait connu. Les têtes de série.
   Il faut dire que leur premier disque, We Started Nothing, fait déjà fort. Il n’est exceptionnel en rien, mais il a déjà une maturité dans sa prod qui est plutôt rare dans le métier. Les Ting Tings font dans la pop des dancefloors, la britpop indie qui fait bouger ton corps à grands coups de refrains martelés et de boite à rythmes. Y’a du Kills de Midnight Boom là-dedans. Du Talking Heads, aussi. Et quand Katie maugrée « They call me Jane, that’s not my name », on croit entendre du Blondie sous acides. Comme si elle en avait besoin. En tout cas, elles partagent la blondeur de leur chevelure. D’ailleurs, That’s Not My Name est très certainement l’une des perles de l’album, avec ses applaudissements en guise de tempo, ces cassures de rythme régulières dans la construction très pop fantaisiste du morceau, et ce crescendo… Jusqu’à arriver au feu d’artifice final.
   Tout n’est pas du même niveau, et c’est avec une sorte d’arrière goût acide que se clôt l’album, avec les deux navets Impacilla Carpisung et We Started Nothing, qui me tapent sur le système. Méskilfopahoublié, c’est qu’avant on aura eu droit à Fruit Machine, excellente pour son refrain entêtant et sa guitare qui s’emballe, Katie n’ayant de cesse de répéter « you keep playing me like a fruit machine »… Jusqu’à ce qu’on arrive Traffic Light, que les choses se calment, et que l’on joue aux enfants autour de percussions. Cocorosie-style. Une voix toute douce, de subtils arrangements ajoutant une sensation de douceur et de candeur… Un titre qui peut paraître mineur au milieu de l’album, mais qui prouve que le duo est doué pour autre que la simple dance. La production est fluide, les instruments jouent les uns sur les autres, formant un canevas intriqué et plus compliqué que la première écoute ne laisse paraître.
   En bref, The Tings Tings ont créé une sorte de témoin d’une époque. Une époque où tout se bouffe, où de plus en plus de groupes gagnent leur buzz grâce aux blogs musicaux et à MySpace. Ils doivent sûrement avoir un Facebook aussi, et plein d’amis dedans. Pour cela, le titre de leur album trouve toute sa justification. Ils n’ont effectivement rien inventé. Et, si on en parle aujourd’hui, on arrêtera très vite d’en parler, parce que leur style n’est pas celui qui évolue. Leur succès n’est pourtant pas volé ; ce buzz, aussi puissant et rapide soit-il, est là pour une raison. Parce que l’album est bon. Néanmoins, parfois, il faut attendre plusieurs années avant de connaître un soupçon de reconnaissance. Parce que tout n’est pas toujours immédiat. Et les Blood Red Shoes en savent quelque chose.

Blood Red Shoes.
   Le nom Blood Red Shoes vient d’une comédie musicale de Fred Astaire et Ginger Rodgers, dans laquelle cette dernière avait taché de sang ses ballerines blanches après s’être entraînée trop intensément. Ça dit à peu près tout de la culture de ces deux jeunes de Brighton, dont les influences revendiquées vont de PJ Harvey aux Pixies et Sonic Youth, plutôt que les Strokes et co. Evidemment, vu leur musique aux allures garage rock et leur formation, on les a très vite comparé aux White Stripes. Mais, comme le souligne très justement le NME, ce serait alors dans le cas où les Stripes auraient passé leur jeunesse avec Nirvana et les Fugazi, plutôt qu’avec Bob Dylan et Blind Willie Jefferson.
   Autre différence avec le groupe de Jack et Meg, les rôles sont ici inversés : le mec, Steve Ansell, est à la batterie et la fille, Laura-Mary Carter, est à la guitare. Un duo dont le cerveau est Ansell ; Carter est certes fort charmante d’un point de vue essentiellement physique, mais c’est pas vraiment une flèche. En tout cas, le style du groupe se fait très vite comprendre, dès Doesn’t Matter Much : les riffs de guitare sont très secs, le tempo est tout de suite donné par la batterie… Tout ça est très brut, très matière première. Très sexuel aussi, même si le duo n’a pas eu la bonne idée de maintenir une aura de sexualité autour de leur collaboration, comme Jack et Meg (ils ne se touchent pas, quoi). Dans ce premier titre, comme dans la majorité des autres, c’est Ansell qui chante, avec une voix fine et qui fait contraste avec les grosses guitares, finalement.
   Puis, Laura-Mary prend le micro pour You Bring Me Down, dans un single plus pop, toujours incisif et décollé mais plus conventionnelle. Le refrain, qui intervient tard pour mieux te percuter dans ta face, est efficace mais pas autant que sur A.D.H.D, un trip complètement hypnotique qui se répète et se répète, en cercle bien vicelard. “I! Can’t! Concentrate! On! Any! Thing! At! All!“ Un refrain qui tourne en boucle dans la tête, comme avec It’s getting boring by the sea et son putain de rythme contagieux. Les guitares tout en riffs, la batterie qui se montre juste pour imprimer le rythme, les paroles redondantes… Moi j’adore, d’autres ne le supporteront pas. C’est la life, bro.
   L’alternance de voix entre Carter et Ansell fait beaucoup dans la qualité, permettant un renouvellement et une fraîcheur constante. Et finalement, tout ça contribue à ce que Box of Secrets, le premier album du groupe en gestation depuis plus de trois ans, soit une belle réussite. On n’attendait plus rien des deux potes de Brighton, principalement parce que la scène indie britannique commence à être méchamment saturée, et pourtant ils arrivent à se faire une place, avec un style loin d’être original mais qui marche bien. Reste à voir l’avenir, maintenant ; pour se faire véritablement connaître et reconnaître, ils devront passer l’épreuve fatidique du deuxième album, où beaucoup de groupes se sont écroulés comme de grosses bouses. Mais allez, j’ai envie de dire que j’ai confiance. Je suis comme ça, moi.


Blood Red Shoes - I Wish I Was Someone Better