"I wanna do bad things with you" : True Blood, d'Alan Ball
Par Anansi le samedi 28 juin 2008, 11:43 - Le coin-coin des séries - Lien permanent

Nouvelle oeuvre du dieu créateur de Six Feet Under,
True Blood débarquera sur HBO le 7 septembre 2008... Mais la magie de
l'internet et des vilains petits piratins étant ce qu'elle est, le Pilote est
déjà disponible sur la toile. Un premier épisode non finalisé (le générique
n'est pas fini et quelques scènes manquent), qui laisse augurer de belles
choses mais qui peine à convaincre complètement.
Une histoire de morts.
Avec Six Feet Under, Alan Ball est
rentré dans le cercle très fermé des auteurs adulés, des créateurs révérés. Il
faut dire que son histoire d’une famille tenant des Pompes Funèbres est une
merveille à tous les égards ; une rigueur et une constance dans l’écriture qui
renvoyait n’importe quelle autre série sur le carreau, un humour noir laissant
parfois la place à une tragédie incroyablement bien dépeinte, des thèmes très
nombreux qui interrogent sans cesse le téléspectateur, et surtout ces
personnages d’une finesse et d’une complexité troublante dans leurs
comportements et leurs interactions… Un véritable bijou, qui laissa orphelins
des millions de fans en 2005, lors d’un ultime épisode qui prit la forme d’une
épitaphe, l’auteur enterrant sa série avec tous les sentiments que cela
suppose.
Mais, puisqu’HBO ne comptait laisser partir comme ça l’une de
ses plus fines plumes, la chaîne lui commanda une autre série. C’est ainsi que
fut annoncée peu après True Blood, adaptation de la série de bouquin
La Communauté du Sud (Southern Vampire Mysteries) de
Charlaine Harris, par un Alan Ball qui venait de lire le
premier tome et qui crevait d’envie de le porter à l’écran… Et nous y voilà, le
Pilote de la série ayant décidé d’aller faire un petit tour sur le net avant
d’atterrir sur HBO le 7 septembre prochain. Se plaçant à mi-chemin entre la
réalité et le fantastique, l’histoire se place en Louisiane, et dépeint la
co-existence des humains et des vampires. En effet, les japonais ayant réussi à
créer du sang humain synthétique – le Tru Blood –, les vampires ne
sont désormais plus obligés de sucer le sang des humains, et peuvent révéler
leur existence au grand jour.
Sookie Stackhouse, serveuse au bar-restaurant du coin et
possédant la faculté d’entendre les pensées de ceux qui l’entourent, va elle
voir sa vie basculer quand elle va tomber amoureuse d’un de ses vampires… Voilà
en quelques mots le scénario de départ de True Blood. On voit donc que
pour sa deuxième série, Alan Ball change totalement de registres, délaissant le
réalisme, le concret et la facilité d’identification de Six Feet Under
pour flirter vers le rapport au fantastique et un ensemble beaucoup plus léger
et plus « soap ». Le résultat est à mi-chemin entre du Buffy et
Entretien avec un vampire.
Des personnages trop simples.
Du coup, le truc un peu foireux dans cette histoire, c’est
que les personnages en ressortent tous plus ou moins caricaturés. Prenez le cas
de Sookie Stackhouse, la serveuse qui tombe amoureuse de Bill, le vampire de
service. Même si elle est superbement interprétée par Anna
Paquin (Malicia dans les
deux premiers X-Men, et Oscar du meilleur second rôle à 12 ans pour son
rôle dans le Pianiste), on a l’impression que son histoire d’amour est
seulement dictée par l’histoire et le scénario, plutôt que par une réelle
attirance. Dès le premier regard, boom, là voilà amoureuse. Bill, de son coté,
n’est pas beaucoup mieux : froid, sombre et calculateur, il est l’archétype
même du fameux homme que rien n’atteint, mais qui va finalement tomber sous le
charme de la petite jeunette qui n’a d’yeux que pour lui.
Evidemment, il va sans dire que le patron du bar est lui
amoureux en secret de Sookie, et voit d’un très mauvais œil son rapprochement
avec le Vampire. Ah ben alors ça, quelle originalité ! Désormais, j’espère
juste que ça ne se développera pas dans les épisodes suivants en un triangle
amoureux à la Grey’s Anatomy… Par contre, l’originalité on ira plutôt
la chercher du coté des autres personnages, qui ne manquent pas. En effet, dès
ce premier Pilote on retrouve une multitude de protagonistes, tous plus ou
moins reliés entre eux. L’un des plus drôles restant le frère de Sookie.
Beau gosse prétentieux et arrogant, sa première scène le
place en train de faire des galipettes avec une femme, qui lui affirme un peu
plus tard qu’elle a récemment couché avec un Vampire… Et lui montre la cassette
vidéo de leurs ébats. D’ailleurs, ce dernier point est assez bien représentatif
de l’état d’esprit général ; tous les personnages ont une sexualité bien
développée et veulent en profiter, sauf Sookie Stackhouse, timide et en
retrait, qui représente finalement tout le contraire des personnages
habituellement dépeints par Alan Ball. De plus, les Vampires représentent un
danger grisant : plutôt que de vouloir les éviter, on va au contraire vouloir
les voir et interagir avec eux.
Une série qui devra s'installer dans la
durée.
La première scène du Pilote rend très bien cela, en
présentant le vendeur d’une boutique, cheveux longs sales, habits gothiques et
croix un peu partout, qui se fait passer pour un Vampire afin d’effrayer deux
jeunes venues acheter du Tru Blood… Les « vamps » sont hypes, ils sont
beaucoup plus intéressants que notre simple humanité. Ils doivent se nourrir de
sang, ils sont immortels, ils sont froids et mauvais… Ils nous prennent de
haut, mais doivent se mêler à l’humanité pour survivre. Alors nous, on les
accueille et on cherche à leur ressembler. D’où ce débat télévisé au début de
l’épisode, où une représentante des Vampires parle à un représentant humain ;
en plus d’expliquer le principe du Tru Blood, cela nous permet de
constater qu’un réel débat social subsiste.
C’est une sorte de confrontation éthique ou politique qui se
met en place, chaque parti se jaugeant et tentant de comprendre l’autre.
J’imagine donc (et j’espère) que cela sera plus développé dans les épisodes qui
vont suivre, ce qui serait l’occasion de mêler les histoires sociales de ces
deux types de vie, et les aventures de Sookie dans l’atmosphère si typique de
la Nouvelle-Orléans. Une atmosphère très bien rendue, avec ce coté poisseux et
bouseux, ces noms français hérités d’une longue époque de colonisation, et
cette musique black-bluesy extraordinaire. Ceux qui ont aimé des films
comme Black Snake Moan apprécieront notamment le générique, et sa
musique… I wanna do bad things with you.
Avec ce premier épisode de True Blood, Alan Ball
prend donc le risque de frustrer sa base bien établie de fans, en passant d’une
série mature et coulant de source à une histoire fantastique archétypale… Les
intrigues sont pourtant très nombreuses dès ce premier épisode (j’ai
volontairement occulté plusieurs points), tout comme les personnages, certains
pas assez réalistes mais méritant d’être développés. Finalement, ne reste plus
qu’à attendre le 9 septembre prochain et le début officiel de la série pour
voir le reste et se rendre compte de sa réelle qualité… Qui ne saute pas aux
yeux, à l’heure qu’il est.


Commentaires
Encore des vampires ouais bof, mais vu que c'est Hbo pourquoi pas. La question est que va-t-on avoir à se mettre sous la dent à la rentrée comme série ?! (nb sous la dent... vampire.. blague... je sors)
Oh on aura quand même de quoi faire à la rentrée, déjà avec la saison 3 de Dexter, la saison 2 de Californication, et la saison 1 de ce True Blood. Ce sera chargé !
(Et note que je ne parle pas de ta blague, je préfère te laisser dehors !)