Un souffle d'originalité, et de génie.
   Imaginez : le ciel est d’un noir d’encre. Des éclairs trouent les nuages, baignant les lieux d’une lueur malsaine. La pluie est bientôt remplacée par des grêlons, tombant en cascade sur les toits des maisons, sur les voitures. Les impacts sont visibles. Le tonnerre rugit à en faire fuir les animaux. Le sort s’acharne. Le monde est triste. Hé bien s’il n’y avait qu’une seule chose sur Terre capable de redonner de la couleur au monde, ce serait Vampire Weekend. C’est un peu comme une pilule de bonheur, ce groupe. Vous la prenez, et immédiatement vous vous sentez mieux, comme porté par une aura qui vous fait planer.
    Vampire Weekend fait partie de cette immense masse de groupes, principalement anglo-saxons, qui font de la pop qui fait bouger ton popotin et qui se sont fait connaître par internet : Blood Red Shoes, The Wombats, Los Campesinos!, The Ting Tings,… Tout ça tout ça. Mais que l’on se comprenne bien : Vampire Weekend est finalement très (mais genre très très, hein) éloigné des groupes que je viens de citer. Leurs influences, les 4 new-yorkais vont les chercher du coté des Beatles du temps de leur Sgt Pepper, du coté de Paul Simon, ou encore du coté des musiques africaines. Eux-mêmes l’affirment : c’est en écoutant un vieil album de musique malgache qu’ils se décidèrent à monter leur groupe.
    Pas vraiment le cliché du rocker de base. Ainsi, on va retrouver dans cette première galette des orientations vraiment très diverses, pour un mélange qui pourrait paraître indigeste, mais où tout finalement s’emboîte à merveille, et surtout ça donne un résultat incroyablement novateur, qui ne doit rien à personne. Parce qu’ils s’éloignent avec dédain de ce cliché des post-adolescents formant un groupe de rock parce qu’ils viennent de s’acheter leur première Les Paul, le groupe a tout de suite intéressé un bon paquet de gens, si bien qu’ils se sont retrouvés à faire les premières parties des Shins, avant même d’avoir sorti leur premier album…



Quand les tam-tams s'amuse avec les synthés et les contrebasses.
   Un album qui n’a justement fait qu’asseoir leur notoriété, tellement il cristallise tout ce que le groupe revendique. Tout y est très coloré, et chaque morceau – sous couvert d’une simplicité enfantine – est travaillé avec une intelligence peu commune. Ainsi, l’album débute sur Mansard Roof, ballade mid-tempo très planante portée par la voix de Ezra Koenig, sur laquelle viennent se juxtaposer un synthé et des percussions très présentes dans un premier temps, pour ensuite faire la part belle à la guitare sur un petit solo qui réchauffe le cœur. Un premier titre qui fait l’éloge de l’architecture baroque… Pour ce qui est finalement un reflet de l’album.
    Et l’album dans son entièreté continue sur la même lancée, avec un subtil mélange de divers éléments. Le résultat est ainsi un maelström de couleurs, toujours chaleureuse, belles et fruitées. C’est frais, c’est beau, ça contient de subtiles douceurs derrière un voile d’acidité, et c’est extrêmement bon. Prenez le single, A-Punk : dès les premiers accords de guitare, on a envie de dire au monde qu’il est beau. Ce titre est finalement le plus mainstream de l’album ; pas étonnant qu’il s’agisse d’un single. Mais, puisqu’on est avec les Vampire Weekend, le simple trio guitare - batterie - voix est très vite rejoint par des flûtes de pan et des tin whistles.
    Et puis, parfois, la pop se mêlera à des influences africaines, comme avec cette merveille qu’est Cape Cod Kwassa Kwassa : des percussions très présentes, une guitare rythmée et joyeuse qui ne se joue que dans les aigus, et un chanteur tantôt calme, tantôt se faisant plus entendre, dans un timbre proche de celui de Roger Daltrey. Le résultat est vraiment étonnant pour un groupe de pop américain ; tout le monde n’aimera pas, c’est une certitude, c’est un style tellement rare par les temps qui courent.

Un premier album révélation, qui n'est qu'un début (faut espérer).
   Une espèce de souffle de beauté un poil kitsch (au sens noble du terme) plane constamment sur tout le disque, comme par exemple sur M79. Drapé d’un style victorien franchement jouissif, le synthé lui imprime une volupté, un rythme royal bientôt rejoint par les violons, heureux. Elle constitue l’un des bijoux de l’album, joyeuse qu’elle est, et pouvant très certainement amener du soleil dans le plus déprimant des paysages. Au fil de la mesure, les violons se font de plus en plus entendre, jusqu’à constituer un lit de notes distendues, portant les voix de Koenig et ses camarades.
    Dans le même ordre d’idée, Walcott, que l’on entend un peu plus tard, serait sans aucun doute ce que ferait les Arcade Fire s’ils décidaient de faire une chanson joyeuse… La comparaison est flatteuse, oui, mais elle est surtout pertinente, avec une construction similaire, à base d’un crescendo de différents éléments jusqu’à arriver à un final explosif. Et ce piano… Oh maman, ce piano ! Walcott explique d’ailleurs en détail le pourquoi du choix du groupe de s’appeler Vampire Weekend ; au départ, il s’agit du titre d’un film réalisé par les 4 membres, et racontant l’histoire d’un homme, Walcott, qui devait aller tuer des vampires sévissant à Cape Cod. Tout est lié, c’est magnifique. La vie est belle.
    Ce premier album des Vampire Weekend est donc une véritable merveille de beauté et de fraîcheur, trempée dans de l’originalité. Je ne sais pas encore ce que nous réserve cette année 2008, mais je peux vous garantir qu’il sera bien placé dans ma liste des albums de l’année. Parce que c’est tellement rare de nos jours de jouer la carte de l’originalité, dans un paysage musical qui commence sérieusement à tourner en rond, l’apparition de quatre petits intellos qui décident de mêler pop anglaise (A-Punk), musique un chouïa celtique (Bryn), musique traditionnelle africaine et rock des années 70 imposent forcément le respect. Merci les mecs.


    Quelques extraits de l'album



Vampire Weekend - A-Punk


Vampire Weekend - M79


Vampire Weekend - Walcott