Flower power : Into The Wild, de Sean Penn
Par Anansi le mardi 22 juillet 2008, 10:05 - Canard sur canapé - Lien permanent

"Le chef-d'oeuvre de Sean Penn", le monsieur il dit dans la pub. C'est vrai que le film du moustachu avait fait partie de lui, à l'époque de sa sortie au ciné. Adaptant le livre Voyage au bout de la solitude de Jan Krakauer, Sean Penn y raconte l'histoire vraie de Christopher McCandless, qui décida de tout plaquer pour aller vers l'Alaska... Mais contrairement aux grands espaces américains, le film est plat et loin d'être bouleversant. Tant pis.
Ah ces altermondialistes, tous les
mêmes.
Sean Penn est grand. Sean Penn est beau. Si si, c’est ce que
les gens disent. Du coup, vu qu’on l’aime bien, le bonhomme, on le nomme
président du jury du festival de Cannes. Normal. Après tout, tous les plus
grands y sont passés. Il a vachement bien fait son boulot, le gars : lui et ses
compères ont élu pour la Palme d’or un film d’auteur joliment revendicateur que
tout le monde aura oublié dans un an. Comme toujours depuis pas mal d’années à
Cannes. La classe. Mais Sean est aussi un amoureux de la nature, un homme bio à
qui on ne la fait pas. Alors, quand il veut réaliser un film, il adapte
l’histoire vraie d’un gars qui avait pour ambition de quitter tout contact avec
la société pour aller faire un road trip jusqu’en Alaska.
Avec son courage et une paire de sandalettes comme seul
bagage, ou presque. C’est qu’il est malheureux, l’étudiant : il réussit
excellemment bien ses études mais elles ne l’intéressent pas, son autoritaire
et violent père lui offre une belle voiture pour qu’il aille draguer de la
minette mais il se contente très bien de son vieux tacot… En bref, il est
outragé par une société de consommation qui le bouffe. T’as raison mec, on les
aura ces pourritures de libéraux. Sa résolution est donc ferme : après avoir
fait brûler l’argent de sa bourse d’étude, il s’en va, laissant parents et sœur
derrière sans même les prévenir.
Ayant choisi un déroulement décousu de l’histoire, bien mené
quoiqu’un peu confus par moment, le réalisateur nous présente comme premières
images le héros au fin fond d’une cambrousse, qui trouve pour refuge
le fameux van que l'on voit sur l'affiche. Il s’octroie ainsi un
rudimentaire abri, un lit poussiéreux mais bel et bien présent, et quelques
accommodations… De quoi constituer du luxe pour un homme lancé à corps perdu
into the wild. Le reste du film constitue donc l’itinéraire de celui
qui s’est fait appeler Alexander Supertramp (le « Super vagabond » quoi, ou
alors « le groupe de musique qui tue », c’est vous qui voyez), de son départ de
Colorado jusqu’à ce van et les histoires qui s’ensuivent.
Et il va s'en passer, des choses, dans ce
van.
Sur son chemin, le routard rencontrera de nombreux
personnages et se forgera plusieurs amitiés. Cela passe donc par le couple de
hippies qui ne s’entend plus comme autrefois, le couple (hilarant) de
norvégiens, ou encore la jeune fille de 16 ans qui aimerait bien profiter de la
présence d’un beau jeune homme pour mettre ses hormones à l’honneur. Et c’est
là que vient en fait la faiblesse du film. Oh, pas dans l’histoire d’une
adolescente en train de… Bah de adolescer, mais plutôt dans le fait que ce que
l’on croirait être l’union d’un homme avec une nature sauvage, brisant tout
contact avec une société humaine dans laquelle il ne se reconnaît pas, n’est en
fait qu’une succession de rencontres.
Un voyage initiatique d’un homme où ses convictions seront
mises à rude épreuve, conté de manière très humaniste, et finalement très naïve
par un Sean Penn qui croit dur comme fer à ce qu’il dit. Et il a beau nous
présenter les choses de manière très littéraire, avec un héros en voix off
faisant de nombreuses introspections sur son voyage ou ses idées, il subsiste
cette sensation qu’il n’en fait pas assez, qu’il en fait trop dans la forme et
pas assez dans le fond. Comme me le disait ce bon vieux Nico, « mouais bouarf
j’sais pas, on sent qu’il manque un truc. C’est bizarre. Bon, il te reste des
Kinder Délice ? »
D’où un résultat pas vraiment convaincant, et qui brasse
carrément du vent ; là où on attendait une fable écolo nous montrant le combat
solitaire d’un homme pour rejoindre les grands paysages et les mirifiques
espaces purs, on a les ballottements candides d’un homme qui quitte une société
pour en rejoindre une autre. Ca se mord la queue, et ce n’est pas cette fin en
forme de retour en arrière qui viendra arranger les choses… Elle est peut-être
réelle, mais elle a l’air tellement romancée que cela lui enlève une partie de
sa crédibilité.
Il est où le grand air, là-dedans
?
Reste que Sean Penn se passionne pour son sujet, et sa
réalisation s’en ressent : c’est propre, c’est beau, rarement poétique mais
souvent émouvant. La musique est elle aussi un bon point, accompagnant
efficacement le road trip de cet homme et ses rencontres, toujours bien choisie
et jamais omniprésente. Eddie Vedder (chanteur des Pearl Jam) a vraiment fait
une BO de qualité indéniable, c’est évident. Emile Hirsch est également à
saluer ; il s’est véritablement impliqué dans son rôle, cela résultant par une
progressive métamorphose corporelle, un jeune homme ne passant pas des mois
dans la nature sans perdre quelques kilos et plusieurs bourrelets.
Etrange qu’il n’ait pas eu d’Oscar du meilleur acteur,
d’ailleurs, même s’il ne le méritait pas : en général, les Américains adore
qu’un(e) acteur(trice) se métamorphose pour son rôle (y’a qu’à voir Charlize
Theron pour Monster). Mais, en tout cas, ces quelques qualités n’effacent pas
la gênante sensation de frustration générale après la fin du film… J’ai
vraiment eu du mal à rentrer dans cette histoire, d’être touché par cet homme
qui décide de tout abandonner sur un coup de tête, d’une manière que l’on croit
radicale mais qui ne l’est en fait pas tant que ça.
Enfin bref, pour ma part le « chef-d’œuvre de Sean Penn »
restera dans ma mémoire comme une espèce de Jane Birkin cinématographique : ça
ne m’a pas franchement dérangé, mais c’était plat et vide de toutes émotions.
Donc, au final, je me fous un peu de ce qui peut lui arriver. Un road trip en
aucun cas aussi bouleversant qu’on le prétend, ou alors je suis devenu un vieux
con au cœur de pierre, va savoir Bernard. Malgré tout, je ne doute absolument
pas qu’un bon paquet de monde y a trouvé son compte, au vu des nombreuses
critiques dithyrambiques qui parcourent tous les milieux bien pensant de ce
milieu. Moi pas. Amen.

