I want you to be crazy 'coz you're stupid baby when you're sane
Par Anansi le samedi 31 mai 2008, 17:41 - Le canard et la musique - Lien permanent

"C'est les Kills, ça ?" Voilà concrètement ce que tous les fans du groupe se sont demandés après avoir écouté Midnight Boom. Hé ben oui, bonhomme, c'est les Kills. Avec un chouïa plus de cristal dans le pif, mais c'est quand même eux. Alors évidemment, t'es étonné ; parce que ça a perdu de son garage-rock pour aller se balader du coté de la pop à moitié défoncée. Mais t'aimes quand même, parce que ça déboise la forêt amazonienne tellement c'est bien.
C'était le bon temps, j'vous
l'dis moi.
Ma première approche avec les Kills remonte à l’époque de
leur premier album, Keep On Your Mean Side. Souvenez-vous : nous
sommes en 2003. La musique connaissait l’une de ses grandes époques
générationnelles. Dans le domaine du rock, en tout cas ; depuis 2000, c’était
la déflagration totale des groupes en « the ». The White Stripes, évidemment,
peut-être ceux par qui tout est arrivé. The Strokes, forcément. The Libertines,
aussi. The Vines. Et, donc, The Kills. Très tôt, ces derniers se sont démarqués
plus ou moins volontairement du reste de la scène.
Déjà parce qu’ils ne voulaient pas faire comme les autres :
Alisson « VV » Mosshart et Jamie « Hotel »
Hince voulaient faire du rock brut et libidineux, seuls, à l’abri des
grosses majors et avec la seule aide d’un studio indie. Tout à leur honneur. Et
puis, une chose en entraînant une autre, je laissais le groupe, en tout cas
jusqu’en 2005, où je les retrouvais dans un album de Dionysos. Le groupe
montpelliérain les avait invité pour faire un duo sur leur nouvel album,
Monsters In Love. Old Child, qu’elle s’appelle, la chanson.
Vachement bien.
Revoilà donc le duo anglo-américain avec Midnight
Boom, leur troisième album, sorti en mars dernier. L’attente était alors
totale : après un premier album incroyable et un deuxième qui avait lui soulevé
beaucoup plus de critiques, l’heure était à l’absolution ou la lapidation.
Musicale, s’entend. Et finalement, après avoir fait tourner cette Midnight
Boom plusieurs fois, le verdict est sans appel : la cour invoque la grâce,
sans aucune restriction. Enfin, si, quelques-unes quand même, parce que l’album
n’est pas parfait. Mais cela ne l’empêche pas de tutoyer les sommets. Les deux
collègues, malgré leur âge qui commence à avancer, distillent un rock fiévreux
et plein d’érotisme salace, comme ils n’y ont habitué ; tout est transpirant,
haletant.

Dédoublement de personnalité,
paranoïa.
Dans une atmosphère souvent intimiste, Mosshart et Hince
changent de registre et de ton, comme deux ado tentant différents éléments. En
témoigne la jaquette de l’album : le groupe en train de jouer, dans la chambre
en bordel de VV. Très simple sans être aussi hideusement minimaliste que les
jaquettes de Vampire Weekend ou MGMT, cette image suggère un sentiment de
légèreté, de partitions amusées. Et c’est exactement ce que nous avons, tout
cela prenant parfois le chemin du rock, parfois celle de la pop édulcorée et
faussement naïve, comme par exemple avec l’excellente et entêtante Cheap
& Cheerful.
Parce que oui, autant prévenir, le dernier album des Kills
est beaucoup plus pop que les précédents. Moins énervé, moins atomisé, plus
inconscient, mais tout aussi drogué. Disons qu’ils ont cette fois préféré le
LSD à l’héro, si vous voulez. Leur son trituré se drape maintenant d’un apparat
« coffee & cigarettes ». Et ça leur va pas mal, finalement. La
voix rauque d’Alisson se marie toujours aussi dynamiquement avec les guitares
saturées et les boîtes à rythmes, ou les lignes de basse solitaires. Last
Day Of Magic en est le parfait exemple, correspondant à une alchimie
parfaite entre leurs débuts nihilistes et leur nouvelle approche pop-art
andy-warholienne. C’est surprenant au début, un poil déconcertant, mais
finalement ça marche à bloc. Parce que c’est de la bonne, camarade.
Le résultat n’est pourtant pas toujours convaincant ; en
particulier le morceau ouvrant l’album, qui constitue le premier single,
URA Fever. C’est trop décomposé et trop décousu pour être
véritablement agréable. Il en va de même pour la troisième piste, Getting
Down, où les voix de VV et Hotel se joignent dans des « ha ha haaaan, ha
ha haaaaan » juste stressants et enquiquinants. Rien à voir de ce coté-là.
Malgré ces deux fausses notes, le reste de l’album est lui d’une qualité
indéniable, démarrant dès l'excellente Tape Song.
The Kills - Last Day of Magic
Un album plus intellectuel,
plus construit.
Le groupe se fait aussi plus nerveux avec Hook and Line, où les
rythmiques sont soudainement plus violentes. Alisson en rajoute elle aussi, en
murmurant puis criant dans le micro. With your hook and line, I’ll still
blow away. Un peu plus loin, le groupe nous rappelle qu’il est l’un des
instigateurs du garage rock, et que son état d’esprit n’a pas changé, avec
M.E.X.I.C.O.(C.U.). En fait, comme le Aluminium du White
Blood Cells des Stripes ou encore le Meaning Of Soul du Don’t
Believe The Truth d’Oasis, ce morceau est un peu la parenthèse affolée de
l’album. Une courte ponctuation, majoritairement instrumentale, et franchement
jouissive.
Parfois, on va s’autoriser des petites pauses
contemplatives, douces et planantes. Juste pour calmer le jeu. On appelle alors
le Black Balloon, sublime de candeur et de fraîcheur, pour offrir le
parfait contrepoids aux Last Day Of Magic et Hook and Line
qui viennent de résonner. Chanson douce au tempo ralenti, elle possède une
véritable âme, et n’est pas seulement cette piste blafarde que tous les groupes
de rock doivent mettre dans leur album pour avoir le quota requis (cf Only
Ones Who Know dans le dernier album des Arctic Monkeys, par exemple).
Rompant totalement avec le reste de l’album, elle se targue de vouloir aller
chercher beaucoup plus loin que le bout de son pif, pour construire quelque
chose de mélodique et d’harmonieux.
Elle trouve véritablement sa place, d’autant plus qu’elle
n’est finalement que l’introduction de Goodnight Bad Morning,
clôturant l’album. Un morceau final qui, comme son titre l’annonce, se pose
comme un réveil, dur mais conscient. Après le Midnight Boom, « ce
moment où la lune se lève et où tout le monde va se coucher », il est temps
d’ouvrir les yeux. On n’est pas vraiment préparé, évidemment, parce que la nuit
a été agitée, convulsée, et érotique. Le réveil n’en est que plus difficile, à
la limite d’une progressive décomposition physique, et surtout mentale. On
aurait bien aimé que la nuit dure plus longtemps, même si on n’a pas toujours
pris son pied. Il n’empêche qu’on s’est bien régalé, ce soir-là.
Quelques extraits de l'album
The Kills -
Cheap & Cheerful
The Kills -
M.E.X.I.C.O.(C.U.)

