Présentation d'une famille pas commune.
   Nouvelle création de Seth McFarlane, auteur de Family Guy (ou Les Griffins en France), American Dad est un véritable petit bijou de dessin animé. Depuis sa première diffusion sur la Fox en 2005, on compte maintenant 3 saisons, et ce n’est pas près de s’arrêter. Le synopsis a déjà tout pour plaire : se focalisant sur la vie de la famille Smith, elle retrace ses mésaventures avec un humour absolument hilarant, proche de celui des Simpsons. Il faut dire, la famille est assez particulière : le père de famille, Stan Smith (difficile de faire plus américain) est un agent de la CIA, et représente l’archétype même de l’ultra-conservateur patriote républicain.
    Véritable héros Bushiste des temps modernes, il voit tous les étrangers comme des terroristes, et n’hésite pas à sortir son flingue adoré à la moindre occasion. Evidemment, un immense drapeau américain est cloué au-dessus de son lit, et il a une admiration dévote pour Ronald Reagan. Sa femme, Francine, est plus mesurée : ex-groupie et femme au foyer pas forcément désespérée, elle subit tant bien que mal les lubies de son mari, mais également celles de leur fille, Hayley, qui est le contraire exact de son père : démocrate, amoureuse de la nature et de la non-violence. « Une saleté d’hippie » résumera Stan.
    Le fiston de la famille, Steve, est lui un ado en pleine croissance, et aux hormones en suractivité… Ce qui amène des épisodes cultissimes, comme celui où Stan cherche à lui faire comprendre les méfaits de la masturbation. Deux éléments viennent se greffer à cette famille déjà bien barrée : tout d’abord Roger, un extraterrestre hydrocéphale sarcastique et plutôt efféminé, qui passe ses journées dans le grenier à regarder la télé (il est fan de Dynastie) et s’envoyer de l’alcool par pintes. Et puis, last but not least, nous trouvons l’extraordinaire Klaus, un poisson rouge dans lequel la CIA a greffé le cerveau d’un champion est-allemand de saut à ski… Si si.

Avec de vrais morceaux de cynisme dedans.
   Ce qui fait la force de la série, c’est ce ton grinçant et cette critique constante, notamment emmenée par Stan. Parce que, là où Seth McFarlane est très fort (et on l’avait déjà remarqué avec Family Guy, que je trouve moins drôle que American Dad même si je n’ai pas vu assez d’épisodes pour vraiment la juger), c’est qu’il profite de tous ces épisodes pour balancer des critiques, qu’elles soient misogynes, racistes ou autres. Ce n’est jamais mesquin ni extrêmement méchant, mais toujours très drôle, beaucoup plus que chez Les Simpsons, que j’adore au demeurant. Désireux de créer un brûlot rigolard rentrant dans le lard du politiquement correct, les auteurs ne lésinent pas sur les thèmes abordés : les étrangers, les psychopathes, la religion, l’anorexie, la famille, les geeks, le jeu vidéo, les gays (« I’m a pilgrim in an unholy land !! »), les ados, les parents, la guerre, le communisme… Tout y passe.
    Par exemple, je pourrais vous citer cet épisode de la deuxième saison où Stan, apeuré par ses nouveaux voisins qu’il considère forcément comme des terroristes parce qu’ils sont iraniens, transforme son jardin en véritable camp de concentration pour les obliger à lui révéler leur prochaine attaque… Dans un autre épisode, où la famille est mutée en Arabie Saoudite, Francine prend un malin plaisir à danser à moitié nue sur la place du village, dans ce pays où la femme est un objet qui ne peut pas sortir sans son mari. Et pendant ce temps, Stan s’amuse à collectionner les femmes, évidemment.
    En fait, la série joue à fond sur les clichés, Stan étant un véritable réservoir à préjugés. Donc, les français sont sales et vulgaires, les chrétiens sont attirés par le sexe (ils ont même fait faire un calendrier où Dieu pose à moitié nu), les démocrates sont tous des sales pacifistes dégoulinant, les jeunes ne sont tous que des pervers… Et surtout, tous les américains sont beaux et intelligents, souvenez-vous de ça. Ainsi, McFarlane et tous les auteurs distillent un humour vraiment intelligent, qui ose beaucoup plus de choses que les Simpsons (les fans de Groening accusent d’ailleurs McFarlane de plagiat, les séries des deux hommes étant relativement proches) mais sans aller vers un grand n’importe quoi comme chez South Park (qui ne m’a jamais fait marrer).

Le juste milieu, quoi. La perfection, si vous voulez.
   De plus, American Dad a su dès le départ se distinguer de sa série sœur cadette en jouant beaucoup plus sur le comique de situation et les différences d’opinions dans la famille, en donnant beaucoup plus d’importance aux personnages. La famille Smith est ainsi beaucoup plus intéressante que la famille Griffin ; les personnages sont beaucoup plus drôles, plus charismatiques, et ont des opinions très marquées. Ils sont également mieux dessinés : même si la patte de l’auteur est toujours très reconnaissable, il me semble plus inspiré pour American Dad, d’un point de vue graphique.
    Par contre, on a encore d’innombrables références à la pop culture, comme c’est le cas pour Family Guy. Les héros sont donc constamment en train de citer des personnalités connues, ou de les faire participer directement à l’action, comme le season finale de la première saison mettant en scène George Clooney, ou cet épisode de la deuxième saison où Roger se fait passer pour Kevin Bacon… A cela, il faut bien évidemment ajouter les répliques cinglantes envoyées directement à la tronche des politiques et des gouvernements, américains ou non (« You mean a good routine like 200 years of democracy, or a bad routine like unicef ? »).
    Donc, pour résumer, et pour reprendre la première phrase de cette chronique, American Dad est un petit bijou. Et même beaucoup plus. Elle a des personnages charismatiques et possédant cette point de débilité plus ou moins marquée qui me fait marrer. Un humour pince-sans-rire, parfois même british, qui se renouvelle sans cesse et ne s’encroûte jamais. Des intrigues fortes et intelligentes, qui ne sont pas qu’une suite de gags. Des références constantes à différents pans de la société, qui s’amusent tendrement avec le politiquement correct. Et surtout, un nain dans un airbag. Avec tout cela, comment voulez-vous qu’American Dad ne soit pas une authentique merveille ?