Une annonce qui sentait bon l'opportunisme.
   Iron Man a toujours été l’un de mes héros de comics préféré. Déjà, il partage cette singularité avec Batman de ne posséder aucun pouvoir surnaturel. Il tire toutes ses qualités de super-héros de son intelligence et son agilité d’esprit, et ça m’a toujours plu. En plus, Tony Stark s’est développé au fil des épisodes une classe monstrueuse (avec en apogée le cycle des Avengers et surtout de Civil War), avec un mélange d’ironie, d’inconscience, et de pur je-m'en-foutisme. Un personnage complètement décalé de pas mal d’autres super-héros de la compagnie : normalement, Stan Lee prend plaisir à dépeindre un homme timide et sans charisme, qui obtient des super-pouvoirs qui lui permettent d’agir enfin comme bon lui semble. Tony Stark, lui, est un homme riche et arrogant, qui prend tout le monde de haut.
    Autant dire que l’annonce de son adaptation au cinéma ne m’avait pas franchement convaincu. Déjà parce que ça sent l’opportunisme à plein naseau, surfant sur l’immense vague des adaptations Marvel. Après Spideman, X-Men, les 4 fantastiques, Ghost Rider, Daredevil, et tant d’autres, voilà arriver Iron Man… Bref, ça n'annonçait rien de vraiment réjouissant, malgré tout l’optimisme que je possède. Et pourtant ça marche, et même très bien. Déjà parce que, je ne sais pas qui a eu l’idée d’embaucher Robert Downey Jr pour incarner le héros, mais ce mec devrait avoir une augmentation très vite. Quelle idée de génie !
    En effet, Robert Downey Jr n’était plus tellement en odeur de sainteté à Hollywood depuis ses arrestations à répétition pour consommation de drogues et d’alcools. En bref, un mec tout ce qu’il y a de torturé, et donc un acteur immensément doué, mais que l’on ne s’attend pas à retrouver dans un blockbuster hollywoodien. Et le résultat est juste bluffant, l’acteur jouant à merveille, et arrivant à parfaitement retranscrire toute l’ambiguïté du génial Tony Stark.

Une main de fer dans un gant de fer.
   Mais revenons en arrière, pour ceux qui ne connaîtraient pas le comics. Tony Stark, inventeur de génie, playboy milliardaire et vendeur d’arme par le biais de sa compagnie, Stark Industries, est capturé en Afghanistan. Retenu prisonnier pour construire une arme dévastatrice, Stark va à la place créer une armure pare-balle et quasi-indestructible pour s’évader. Cela constituera le déclic : désormais il ne construira plus d’arme, mais va mettre au point une armure ultrasophistiquée, fruit des toutes dernières technologies qu’il est le seul à posséder dans sa luxueuse demeure, lui permettant de sauver des vies, et casser la djeule aux méchants.
    Notons que dans le comics original, Stark n’est pas capturé en Afghanistan, mais lors de la guerre du Vietnam. Une volonté d’actualisation du réalisateur, qui est très recevable, étant donné que Marvel avait fait la même chose auparavant, changeant la genèse du héros pour le faire combattre non plus au Vietnam mais en Chine. Ainsi, on voit que le film est très fidèle à la BD, et ce sur beaucoup de points. En fait, ce qui saute aux yeux dès les premières secondes du film, c’est qu’Iron Man s’éloigne considérablement de toutes les autres productions Marvel au cinoche. Jon Favreau (pourtant réalisateur du navet Elf) livre une réalisation dynamique et stylée, qui met incroyablement en valeur Tony Stark.
    En plus, l’ensemble est classe, et plus ancré dans la réalité : on parle ici d’une guerre et de trafic d’armes, pas d’un surfeur d’argent. On peut tout de même regretter que la critique d’une Amérique gouvernée par les armes ne soit pas plus virulente, mais je suppose que ce n’est pas le but du film. Je regrette également quelques facilités de scénario, Favreau n’ayant visiblement pas vraiment l’intention d’être rigoureux sur certains points. Ne serait-ce que lors de la captivité de Stark : il est impensable que les Afghans ne l’aient pas vu fabriquer son armure, avec toutes leurs caméras de surveillance…

Une excellente adaptation Marvel, vraiment plaisante à voir.
   Du point de vue des effets spéciaux, on est encore dans le très haut de gamme, blockbuster oblige. L’armure d’Iron Man est donc de toute beauté, scintillante et rutilante. On peut d’ailleurs remercier le réalisateur de prendre le parti pris de développer considérablement les séquences de création de l’armure ; finalement l’armure finale comme on la retrouve dans le comics n’est visible que tard dans le film. D’où un plus grand impact lors de sa première construction, et également le fait que Iron Man possède moins de scènes de combat que dans les autres films du genre, ce qui est tout à son honneur.
    Favreau a préféré prendre le temps de présenter Tony Stark et sa lente transformation en Iron Man, ce qui est d’autant plus malin que Robert Downey Jr est une pure merveille. Jusqu’au combat final, opposant Stark et son grand rival, Obadiah Stane, plus connu sous le nom de Iron Monger dans le comics… Finalement, le film se situe à mi-chemin entre le pur spectaculaire qui en met plein les yeux, et le psychologique. Pourtant, Favreau ne se lance pas dans une pseudo-introspection à deux balles (Peter Parker, si tu me lis), ni dans un psychodrame gluant, même si on n’évite pas la règlementaire loi du « je t’aime, moi non plus » de tous les Marvel, ici reliant Tony Stark et sa secrétaire, Pepper Potts (incarnée par la trop rare Gwyneth Paltrow). Mais c’est beaucoup mieux amené que dans Spiderman ou les 4 fantastiques. Ici, pas de mièvrerie, pas d’amourettes pleurnichardes pour ados et jeunes filles en fleur.
    Iron Man est donc un excellent divertissement. Bon, on ne va pas se mentir pour autant : ce ne sera certainement pas le film de l’année. Mais, avec des dialogues plus évolués que la moyenne de ce genre, des effets spéciaux spectaculaires, un goût du « cool » bien prononcé (le film débute sur du AC/DC et finit sur du Black Sabbath) et un Robert Downey Jr dantesque, il constitue une vraie vague de fraîcheur au milieu de cet océan de médiocrité des adaptations Marvel. En trois mots : vivement la suite.