Grand Theft Auto IV, de Rockstar North
Par Anansi le samedi 10 mai 2008, 10:55 - Canard sur canapé - Lien permanent

"Life is complicated. I killed people. Smuggled people. Sold people. Perhaps here things will be different."

Une oeuvre dépassant
largement le stade du jeu vidéo.
Tous les médias en parlent. Les spécialistes, les
généralistes, les journalistes, les chroniqueurs, et même ta tante. Libé en
fait sa une. LCI y accorde un sondage sur internet qui a pété les records de
participation. Le Grand Journal de Canal annonce la sortie du jeu avec une
misérable désinformation. On s’offusque, on s’impatiente, on l’appelle « le
Messie », on l’appelle « le Diable ». Grand Theft Auto IV. La fameuse
source des débats les plus futiles du XXIème siècle. Ou simplement le témoin
d’une déconnexion totale d’une société pour une forme d’art qu’elle ne
reconnaît pas.
Mais cette polémique joue aussi en faveur du jeu, et c’est
sans surprise que GTA IV se voit immédiatement propulsé aux sommets
des ventes, écrasant tout sur son passage. 2.1 Millions d’exemplaires vendus en
une semaine, aux seuls Etats-Unis. En Angleterre, 609 000 jeux en une journée.
Est-ce que c’est mérité ? Oh que oui. Parce que Grand Theft Auto IV
est un jeu aussi parfait qu’un jeu vidéo puisse l’être, dans l'acceptation
artistique du terme. Gavés aux films de gangsters et à toute une pop culture
qu’ils ont ingurgité jusqu’à l’explosion, les créateurs Ecossais ont créé un
véritable film interactif, où le joueur serait le héros de sa propre
réalisation.
L’histoire nous place donc dans la peau de Niko Bellic,
immigré serbe venu aux Etats-Unis pour retrouver son cousin Roman. Nous voilà
arrivés à Liberty City, lieu intégral de l’aventure… Et là, c’est la claque.
Liberty City, réplique exacte de New-York, est juste la plus belle ville que
l’on ait jamais vu dans un jeu vidéo. La plus détaillé. La plus fouillé. La
plus vivante. Les studios de Rockstar North ont créé une mégapole d’une taille
hallucinante, où chaque millimètre carré a été l’objet d’une attention toute
maternelle. Rien, mais vraiment rien, n’a été laissé au hasard.

Un héros charismatique dans
un univers crédible : ça change des moustachus.
Imaginez : vous êtes Niko Bellic. Vous découvrez Liberty
City. La pluie battante a déjà trempé votre survêtement dégueulasse. Le métro
ronronne non loin, couvrant à peine le brouhaha d’une population effervescente.
Les buildings ont eu l’air de pousser d’eux-mêmes, dans cette cité
tentaculaire. Ils recouvrent chaque parcelle que n’occupent pas les quelques
parcs, derniers remparts d’une nature qui n’a ici plus domination. Même l’eau a
été surpassée par l’homme : de gigantesques ponts la surplombent, gérant tant
bien que mal le flot ininterrompu de véhicules.
Vous y êtes, sur ce pont. Vous roulez à bord de votre Merco,
le pied au plancher. Parce que le casse a raté. Les flics vous poursuivent. Ils
klaxonnent derrière vous, veulent vous encercler. Les hélicoptères font vrombir
leurs hélices. Et vous, comme si l’Eden était à l’autre bout de ce pont, vous
tracez votre route. Sous la pluie battante, vous ne voyez rien, mais vous
roulez tout de même. A la radio, un talk show discute du grave problème de la
prostitution dans la ville. Vous changez de station, histoire de trouver du
réconfort dans de la bonne musique. Libery Rock Station, et Queen se fait
entendre, Freddie demandant du poulet frit. Les flics vous poursuivent
toujours, vous bousculant, cherchant à vous arrêter, ou vous faire tomber du
pont s'il le faut.
Et là, croyez-moi, vous êtes conscient que les scènes de ce
calibre ne se retrouvent nulle part ailleurs dans les jeux vidéos. Pour y
trouver un équivalent, c’est vers le cinéma qu’il faut se tourner.
Francis Ford Coppola et son Parrain,
Scorsese et ses Affranchis, ses Infiltrés et
son Casino, David Chase et ses Sopranos,
Cronenberg et ses Eastern Promises. Autant de
références qui sont obligées de venir à l’esprit de n’importe qui touche à
GTA IV. Et après tout, l’esprit cinématographique est on ne peut plus
revendiqué par les auteurs ; vous connaissez beaucoup de jeux vidéos possédant
un générique ? Le jeu possède également de nombreuses scènes de dialogues,
visant non seulement à établir une galerie de personnages très diversifiés
(beaucoup rappelant les seconds rôles magnifiques des films de Cronenberg),
mais aussi à développer le héros énigmatique, Niko Bellic. Un homme très
complexe, renfermé sur lui-même, peu confiant, traumatisé par les guerres, et
stigmatisé jusqu’à la moelle… Allez, je l’ose : le héros le plus charismatique
de tous les temps pour un jeu vidéo, tout simplement.

"Je veux le monde, Chico. Et
tout ce qui va avec".
Ce serbe étrange est également le réceptacle d'une critique au
vitriol de toute la société de consommation, et du rêve américain en
particulier. Et tandis qu'il était venu dans la terre des opportunités pour se
faire un peu d'argent et prospérer, il va bientôt se voir devenir un simple
pion de la pègre. Une descente aux Enfers orchestrée par l'Oncle Sam, gavant sa
populace aux hamburgers surdimensionnés et aux publicités omniprésentes et
omnipotentes...
Malgré tout, tout au long de l'aventure, le joueur pourra
développer le personnage de Niko Bellic, par le biais de très nombreux
éléments. Le fameux téléphone portable qui est primordial (c’est par celui-ci
qu’on peut établir des contacts avec la pègre, acquérir des missions…), mais
aussi toutes les activités offertes au joueur ; aller jouer au bowling, au
billard, aux fléchettes, voir un spectacle de strip-tease, de cabaret… Ou tout
simplement (et c’est là où je prends un pied immense), se balader dans cette
ville immense, sans aucun autre but que s’offrir un trip complètement
hypnotique. Faire partie d’un univers magistralement développé, et se forger un
moment de pure contemplation.
GTA IV, c’est de l’art. Pas un art visuel comme
peuvent l’être Bioshock ou Okami, ni dans le design comme
Final Fantasy XII, mais un art brut de décoffrage, qui n’offre son
Valhalla qu’à ceux suffisamment mûrs pour la supporter. Il ne fait pas dans la
dentelle, ne prend pas le joueur pour un gamin, et ne joue pas les consensus.
En gros, il s’inscrit fièrement dans la directe lignée des plus grands films ou
des intemporelles séries de Showtime et HBO. Ainsi, étant données toutes les
qualités de ce GTA IV, il est d’autant plus triste de le voir pointé
du doigt par tous les médias, qui ne se contentent que de marteler qu’il s’agit
d’un jeu violent.
Oui, il est effectivement violent, sexuel et amoral. Mais
rien de ce qu’il s’y passe n’a pas déjà été vu au cinéma. Donc, tout comme on
va faire voir Bienvenue chez les Ch’tis à un enfant au lieu de
Orange Mécanique ou A History Of Violence, il faut dire aux
parents de mieux éduquer leurs enfants, et de leur interdire ce jeu vidéo. Tout
simplement. L’éducation. Et qu’on laisse aux adultes le plaisir de jouer à
Grand Theft Auto IV, et de se prendre pour un mafieux russe au
charisme éblouissant, dans une ville gigantesque aux possibilités inouïes.
P.S. : pour lire l'article surpuissant d'un ami qui ne l'est pas moins, dirigez-vous ici !

Commentaires
Ce jeu mais ce jeu!
Mon dieu en tant que squatteur de première division chez monsieur le DECH je tenais à dire : MON DIEU!
Du sang, du meurtre, des belles bagnoles, des péripatéticiennes, de la pure poésie dans ce décor de rêve. On s'arrête chaque minute et hop un tour de joystick pour contempler ces graphismes de dingues!
YAHOOOOOOOOOOO!!!!!
Excellente article bravo Canard... mais na j'déconne j'peux pas le lire XD le miens arrive peut-être plus tôt que prévu...
Nico : Monsieur, j'ai pris la liberté de censurer vos propos qui, bien qu'entièrement recevables et appréciables, me semblent fort peu courtois, et quelque peu cavaliers en ce lieu de calme et scolastique participation. Wesh, gros.
Rhum : finis-le bientôt, ton article, fainéant !
je ve jouer a gta4