La caméra subjective est décidément à la mode.
   Fuir. Se cacher. Mais ne jamais cesser de filmer. Ca c’est la tagline, mais aussi la substance même du film. Film a petit budget réalisé par Jaume Balaguero et Paco Plaza, [• REC] constitue l’un des témoins du retour en forme du cinéma fantastique espagnol, avec L’Orphelinat, auréolé de son statut de « plus grand succès espagnol de tous les temps ». Mais, plus que fantastique, [• REC] est en réalité un film horrifique, misant tout sur l’ambiance, la claustrophobie, l’inconnu.
    Et pour renforcer l’immersion du spectateur dans leur histoire glauque, les réalisateurs ont pris le choix de tout tourner caméra au poing, en temps réel. Blair Witch Project-style. Parce qu’ils voulaient quelque chose de vraiment original. Bon, manque de pot, Cloverfield est passé juste avant eux, anéantissant tout effet de surprise. Pourtant, les deux films ne suivent pas tout à fait la même réalisation, puisque tandis que Cloverfield était filmé par la caméra classique d’un habitant lambda, [• REC] suit lui une journaliste et son caméraman, venus faire un reportage sur le travail des pompiers.
    Mais, alors qu’ils les suivent lors d’une intervention, les voici pris au piège dans un immeuble soudainement mis en quarantaine, sans qu’ils ne sachent pourquoi… A l’intérieur de l’immeuble, des cris effraient les habitants, des grincements étranges se font entendre. Et très vite, ils vont devoir faire face à des créatures bien loca de la cabeza : des zombies, tout ce qu’il y a de plus putréfiés. Mama !

Une narration en dent de scie, mais avec de vrais moments de flippe.
   Et c’est aussi là que [• REC] (j’adore les titres avec des signes de ponctuations bizarres) est bien différent du film de Matt Reeves, au cas où les deux du fond qui n’ont rien compris voudraient encore les comparer. Parce que Cloverfield est un film spectaculaire où un monstre attaque la ville, mais n’est pas là pour faire peur ou effrayer. Mais le film de Balaguero et Plaza est lui un film qui s’inscrit directement dans la tradition des grands films d’horreur, avec les attaques surprise, le sang et les gens à moitié décomposés qui vont avec. Et par le choix de réalisation, la tension est constamment palpable, personne ne comprenant ce qui se passe. Ça crie, ça pleure, ça cherche à survivre.
    Un huis-clos infernal, filmé en temps réel par le caméraman (ce qui explique la courte durée du film : 1h15) et la présentatrice, qui veulent à tout prix continuer à filmer pour garder une trace physique, et pouvoir demander des comptes par rapport à cette surprenante quarantaine qui leur est infligée. Le résultat est supra-dynamique, même si on peut regretter quelques grosses baisses de régime à certains moments ; notamment ce passage où la présentatrice interviewe certains habitants de l’immeuble. On comprend que c’est pour mieux nous présenter les protagonistes ou nous immerger dans l’histoire, mais c’est téléscopé et, en fait, on se fait juste chier.
    Toujours au chapitre des déceptions, certains dialogues frisent, et font même un brushing et une permanente au ridicule. On filtre parfois vers le nanar le plus grotesque, comme ce passage où un personnage demande à un autre comment il compte ouvrir la porte : « avec la clé », répond l’autre. Ouahou, quelle puissance, quelle classe, quel héros. Ainsi, au début du film je me demandais si je ne devais pas affronter une œuvre mal amenée, mal racontée, plate. Mais finalement, quand le film se termine on rend compte que la sauce a prise, et que [• REC] est un très bon film.

Sans être originale, une oeuvre efficace et submersive.
   Cela grâce à un élément primordial pour moi dans un film : l’ambiance. Et pour ça, Jaume Balaguero et Paco Plaza se révèlent être des virtuoses. Grâce à la caméra au poing, oui, j’en ai parlé. Mais aussi par ce suspens constant, où les mystères nous sont révélés peu à peu. Pourquoi cette quarantaine a-t-elle été instaurée ? Pourquoi les gens deviennent-ils fous ? Alors, oui, la solution de l’intrigue est tout ce qu’il y a de plus bateau, surtout pour ceux qui ont déjà joué à des jeux vidéos comme Resident Evil. Mais l’important n’est pas de savoir la fin de l’histoire. Non, ce qui compte c’est comment l’histoire est racontée.
    Tandis que la présentatrice et les pompiers avancent dans les appartements, on ne sait pas ce qui les attend, ce qui pourrait se nicher dans la pièce suivante. Et le film trouve toute son horreur là-dedans. En ce qui me concerne, [• REC] ne m’a pas effrayé à un point incroyable, mais j’enfonce des portes ouvertes quand je dis que certain(e)s sortiront de la salle de cinoche avec une boule au ventre, pas encore bien rassuré(e)s. Il faut aussi dire que, niveau violence et sang, les espagnols ne font pas vraiment dans le consensuel ni l’aseptisé, et il faut les en remercier.
    Bien entendu, les américains ne supportant pas diffuser un film étranger doublé sur leur territoire, le film sera bientôt l’objet d’un remake… Avec la très rachitique Jennifer Carpenter (la sœur de Dexter dans la série du même nom) pour remplacer la sublissimale (mais vraiment, hein) Manuela Velasco. Un remake plan par plan, renommé Quarantine pour l’occasion, et qui est juste scandaleux, si vous voulez mon avis pourri. Avant cela, courez au ciné voir [• REC] si vous n’avez pas le cœur fragile, vous ne le regretterez pas, même si tout n’est pas parfait.