Alors que certains s'accordent 5 ans par album, d'autres sont hyperactifs.
   Alex Turner est maintenant arrivé à un stade de sa carrière où il peut véritablement faire ce qu’il veut. Pourtant, il ne fait que la commencer, sa carrière. Mais il faut l’admettre, les Arctic Monkeys sont arrivés au firmament de la scène indie british, en seulement deux albums. Alors quand il décide de se lancer dans un projet parallèle avec son nouveau pote – Miles Kane, des Rascals -, les gens le laissent faire tout ce qu’il veut. Les deux compères s’isolèrent donc un moment chez nos amis les Ch’tis du nord de la France, et furent ainsi créés The Last Shadow Puppets, et son premier album titré The Age Of The Understatement sorti le 21 avril 2008.
    Et il faut bien l’admettre, je n’en attendais pas grand-chose, de ce disque. Certes, les deux albums des Arctic sont plutôt bons (et en particulier Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not), mais leur concert l’été dernier aux Arènes de Nîmes m’avait refroidi. Sûrement parce que j’avais dû lutter contre des armées de gamines en chaleur qui me beuglaient dans les oreilles, visiblement heureuses de contempler un groupe aussi à l’aise sur scène qu’un sèche-cheveux. En panne. (Mais c’était un sacrifice nécessaire pour voir les Arcade Fire, et leur extraordinaire performance vaut toutes les misères du monde.)
    Ainsi, avant même d’entendre le moindre morceau de The Age Of The Understatement, je savais que j’allais avoir droit à de la pop-rock rythmée sans beaucoup d’inspiration, plus ou moins pompé sur The Strokes / Blur / The Clash / Oasis (au choix). C’est donc avec une sorte de stupeur et de surprise que je me suis retrouvé avec de la pop symphonique et cinématographique, qui va chercher son influence dans les années 60, les premiers temps de Bowie et – surtout - les génériques de James Bond.

Ou quand le pop-rock anglais peut faire dans l'orchestral.
   Parce que ces gros malins de Alex Turner et Miles Kane, avant de partir vers le pays des Maroilles, des carillons et de Dany Boon qui se noie dans des océans de pétrodollars, ont sollicité la collaboration de rien de moins que le London Metropolitan Orchestra. Presque cinquante personnes, tout cela étant guidé par le chef d’orchestre, ici Owen Pallett. Oui, l’ancien violoniste d’Arcade Fire, parti pour fonder son propre groupe, Final Fantasy.
    The Age Of The Understatement est donc un album aux antipodes de ce que les Arctic Monkeys ont pu produire, et à l’opposé de la production anglaise actuelle en général. Beaucoup moins calibré pour les dance-floors et pour un public qui se nourrit à la pop légère et festive (Los Campesinos!, The Wombats, tout ça tout ça), mais sans aller vers le morbide « joy-divisionesque » (Editors, Interpol), The Last Shadow Puppets ont plus cherché à aller vers une musique rythmée mais mélodique, où les voix des chanteurs sont portées par un matelas de doux violons et contrebasses ou des rudes tambours.
    La chanson-titre, et premier single, débute ainsi sur les chapeaux de roues, les cordes se mêlant avec joie à une guitare sifflotante et une percussion rythmée qui rappelle les poursuites à cheval des plus grands westerns. Et pendant ce temps, « Kiss me properly and pull me apart » demandent Turner et Kane (ouais, ça vole jamais très haut). C’est efficace et fouillé, tout en restant suffisamment ouvert pour pouvoir servir de single efficace. Plus loin, des chansons comme Separate And Ever Deadly reprendront la même approche que The Age Of The Understatement, avec un tempo donné par les percussions, pour un rendu très rythmique et presque militaire.

Un album très agréable, mais qui ne restera pas dans les annales.
   Par contre, Calm Like You ou encore la sublime In My Room vont elle beaucoup plus chercher du coté de l’ambiance et des images que suggèrent la musique. Des douces mélopées jamais molles, qui feraient d’excellents génériques à James Bond. En effet, pas mal de rumeurs veulent que Amy Winehouse soit l’interprète de la chanson du prochain James Bond, mais un truc comme In My Room ferait déjà un excellent candidat, avec ces doux violons qui répondent aux voix des deux chanteurs qui se font très planantes et caressantes.
    Mais ce premier album des Last Shadow Puppets n’est pas parfait pour autant, et j’ai retrouvé encore ici l’inconsistance d’Alex Turner. Alors que plusieurs chansons sont très bonnes (Only The Truth est excellente), certaines sont beaucoup plus faibles, comme Standing Next To Me qui n’est pas terrible, ou encore The Time Has Come Again (clôturant l’album) qui est misérable. Du coup, l’album ne m’a jamais vraiment transcendé. En plus, je me demande ce que vaudra cet album en live ; je ne suis pas persuadé que le duo se trimbalera sur les routes d’Europe avec le London Metropolitan Orchestra dans le coffre de la 106. Et c’est bien dommage, parce que tout l’intérêt est justement là-dedans ; à coté, on ne peut pas dire que la guitare soit exceptionnelle, Alex Turner et Miles Kane n’étant pas vraiment des Jack White ou des Brian May en puissance.
    Mais The Age Of The Understatement est tout de même à saluer, parce qu’il est le fruit d’une volonté d’innovation, d’aller plus loin. Cela n’en fait pas un album mémorable pour autant, mais ce souhait de constituer un hybride entre plusieurs types d’orchestrations le rend intéressant et attirant. En plus, il est suffisamment bien composé et orchestré pour qu’il vaille le coup d’oreille, même pour ceux qui ne veulent pas entendre parler des Arctic Monkeys. Ah, et au fait, le dernier détail qui tue : durée de l’album, 34 minutes. Ca va qu'il ne coute "que" 14 euros.

    Quelques extraits de l'album



The Last Shadow Puppets - The Age Of The Understatement


The Last Shadow Puppets - Only The Truth