The Age Of The Understatement, des Last Shadow Puppets
Par Anansi le jeudi 24 avril 2008, 17:31 - Le canard et la musique - Lien permanent

Certains, à 21 ans, écrivent des articles sur internet, parce que a) ils cherchent à étendre leur culture, b) ils ont toujours eu une âme littéraire malgré leurs études scientifiques, et c) ils n’ont vraiment, mais alors vraiment pas de vie. Alex Turner, lui, a décidé de faire de la musique. Et comme il n’en a jamais assez, lorsqu’il ne joue pas avec son groupe, les Arctic Monkeys, il s’amuse à en monter un autre.
Alors que certains
s'accordent 5 ans par album, d'autres sont hyperactifs.
Alex Turner est maintenant arrivé à un stade
de sa carrière où il peut véritablement faire ce qu’il veut. Pourtant, il ne
fait que la commencer, sa carrière. Mais il faut l’admettre, les Arctic Monkeys
sont arrivés au firmament de la scène indie british, en seulement deux albums.
Alors quand il décide de se lancer dans un projet parallèle avec son nouveau
pote – Miles Kane, des Rascals -, les gens le laissent faire
tout ce qu’il veut. Les deux compères s’isolèrent donc un moment chez nos amis
les Ch’tis du nord de la France, et furent ainsi créés The Last Shadow Puppets,
et son premier album titré
The Age Of The Understatement sorti le 21 avril 2008.
Et il faut bien l’admettre, je n’en attendais pas
grand-chose, de ce disque. Certes, les deux albums des Arctic sont plutôt bons
(et en particulier Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not),
mais leur concert l’été dernier aux Arènes de Nîmes m’avait refroidi. Sûrement
parce que j’avais dû lutter contre des armées de gamines en chaleur qui me
beuglaient dans les oreilles, visiblement heureuses de contempler un groupe
aussi à l’aise sur scène qu’un sèche-cheveux. En panne. (Mais c’était un
sacrifice nécessaire pour voir les Arcade Fire, et leur extraordinaire
performance vaut toutes les misères du monde.)
Ainsi, avant même d’entendre le moindre morceau de The
Age Of The Understatement, je savais que j’allais avoir droit à de la
pop-rock rythmée sans beaucoup d’inspiration, plus ou moins pompé sur The
Strokes / Blur / The Clash / Oasis (au choix). C’est donc avec une sorte de
stupeur et de surprise que je me suis retrouvé avec de la pop symphonique et
cinématographique, qui va chercher son influence dans les années 60, les
premiers temps de Bowie et – surtout - les génériques de James
Bond.
Ou quand le pop-rock anglais
peut faire dans l'orchestral.
Parce que ces gros malins de Alex Turner et
Miles Kane, avant de partir vers le pays des Maroilles, des
carillons et de Dany Boon qui se noie dans des océans de pétrodollars, ont
sollicité la collaboration de rien de moins que le London Metropolitan
Orchestra. Presque cinquante personnes, tout cela étant guidé par le chef
d’orchestre, ici Owen Pallett. Oui, l’ancien violoniste
d’Arcade Fire, parti pour fonder son propre groupe, Final Fantasy.
The Age Of The Understatement est donc un album aux
antipodes de ce que les Arctic Monkeys ont pu produire, et à l’opposé de la
production anglaise actuelle en général. Beaucoup moins calibré pour les
dance-floors et pour un public qui se nourrit à la pop légère et festive (Los
Campesinos!, The Wombats, tout ça tout ça), mais sans aller vers le morbide «
joy-divisionesque » (Editors, Interpol), The Last Shadow Puppets ont plus
cherché à aller vers une musique rythmée mais mélodique, où les voix des
chanteurs sont portées par un matelas de doux violons et contrebasses ou des
rudes tambours.
La chanson-titre, et premier single, débute ainsi sur les
chapeaux de roues, les cordes se mêlant avec joie à une guitare sifflotante et
une percussion rythmée qui rappelle les poursuites à cheval des plus grands
westerns. Et pendant ce temps, « Kiss me properly and pull me apart » demandent
Turner et Kane (ouais, ça vole jamais très
haut). C’est efficace et fouillé, tout en restant suffisamment ouvert pour
pouvoir servir de single efficace. Plus loin, des chansons comme Separate
And Ever Deadly reprendront la même approche que The Age Of The
Understatement, avec un tempo donné par les percussions, pour un rendu
très rythmique et presque militaire.
Un album très agréable, mais
qui ne restera pas dans les annales.
Par contre, Calm Like You ou encore la sublime
In My Room vont elle beaucoup plus chercher du coté de l’ambiance et
des images que suggèrent la musique. Des douces mélopées jamais molles, qui
feraient d’excellents génériques à James Bond. En effet, pas mal de rumeurs
veulent que Amy Winehouse soit l’interprète de la chanson du
prochain James Bond, mais un truc comme In My Room ferait déjà un
excellent candidat, avec ces doux violons qui répondent aux voix des deux
chanteurs qui se font très planantes et caressantes.
Mais ce premier album des Last Shadow Puppets n’est pas
parfait pour autant, et j’ai retrouvé encore ici l’inconsistance d’Alex
Turner. Alors que plusieurs chansons sont très bonnes (Only The
Truth est excellente), certaines sont beaucoup plus faibles, comme
Standing Next To Me qui n’est pas terrible, ou encore The Time Has
Come Again (clôturant l’album) qui est misérable. Du coup, l’album ne m’a
jamais vraiment transcendé. En plus, je me demande ce que vaudra cet album en
live ; je ne suis pas persuadé que le duo se trimbalera sur les routes d’Europe
avec le London Metropolitan Orchestra dans le coffre de la 106. Et c’est bien
dommage, parce que tout l’intérêt est justement là-dedans ; à coté, on ne peut
pas dire que la guitare soit exceptionnelle, Alex Turner et
Miles Kane n’étant pas vraiment des Jack
White ou des Brian May en puissance.
Mais The Age Of The Understatement est tout de même
à saluer, parce qu’il est le fruit d’une volonté d’innovation, d’aller plus
loin. Cela n’en fait pas un album mémorable pour autant, mais ce souhait de
constituer un hybride entre plusieurs types d’orchestrations le rend
intéressant et attirant. En plus, il est suffisamment bien composé et orchestré
pour qu’il vaille le coup d’oreille, même pour ceux qui ne veulent pas entendre
parler des Arctic Monkeys. Ah, et au fait, le dernier détail qui tue : durée de
l’album, 34 minutes. Ca va qu'il ne coute "que" 14 euros.
Quelques extraits de l'album
The Last Shadow
Puppets - The Age Of The
Understatement
The Last Shadow
Puppets - Only The Truth


Commentaires
bien d'accord avec cette critique! cet album est une vraie perle rare, même si je ne pense pas qu'il restera en tête de ma playlist pendant des mois, il n'en est pas moins très frais et original! un achat plus que recommandable (avec le dernier Supergrass tant qu'on y est!)