L'un des meilleurs albums de tous les temps.
   Vous me connaissez : ici, vous avez un site à la pointe de l'actualité. Je me sens donc obligé de vous parler d'Elephant, l'album des White Stripes qui vient juste de sortir. Bon, il n'est pas si récent que ça en fait, mais vous n'êtes pas à cinq ans près, si ? Si ? Bah il n'empêche que j'ai quand même envie de vous parler des Stripes. Pour le coup, j’ai choisi Elephant, parce que cet album revêt une importance toute particulière. Déjà, il faut bien le dire, c’est lui qui a propulsé le groupe au sommet, et qui l’a fait exploser.
    White Blood Cell, sorti en 2001, avait déjà bien entamé le processus, avec des titres comme Hotel Yorba, ou encore Fell In Love With A Girl et son clip en Lego de Michel Gondry, multi-primé. Mais avec Elephant en 2003, ce sera le tremplin ultime. Parce que dans un premier temps, Elephant c’est Seven Nation Army. Un morceau qui a un peu gonflé tout le monde ces temps-ci à cause de ces italiens qui l'ont martelé jusqu'à en vomir, mais ça montre aussi que Seven Nation Army fait maintenant partie du patrimoine.
    Le genre d’œuvre qui bouffe son auteur, si bien que tout le monde connaît l’accord par cœur, la plus grande partie du grand public ne sachant même plus que les White Stripes sont les auteurs. Il faut le dire, sa construction est basique, donc aisément mémorisable : une pulsation simple de la batterie, et ce fameux riff de guitare que n’importe quel débutant apprend en faire en premier.

Jack, il a une tête de Hobbit mais il est trop fort.
   Pourtant, les quatorze chansons jouent toutes un rôle dans l’extraordinaire qualité d’Elephant. Déjà, le trio de tête formé par Seven Nation Army, Black Math et There’s No Home For You Here est un condensé de garage rock qui a fait la renommée du duo. Jack White triturant sa guitare électrique saturée à l’extrême, tandis que Meg White martèle ses caisses et ses cymbales avec une force tonitruante… Tout est calibré avec une osmose parfaite, et le résultat est jouissif.
    Puis, I Just Don’t Know What To Do With Myself, qui est aujourd’hui l’un de mes morceaux préférés du groupe correspond à une sorte de transition entre la force brute du début, et le calme qui va suivre. Un titre qui commence avec une douceur toute naïve, pour monter crescendo, Jack faisant cracher sa guitare et sa voix. Véritablement extraordinaire en live. Lui aussi est resté dans toutes les mémoires, avec ce fameux clip où Kate Moss joue à la gogo-danceuse devant la caméra de Sofia Coppola
    Et puis après… Après, c’est In The Cold, Cold Night. Ah la la. L’une des rares chansons où c’est Meg White qui occupe le lead vocal. Là, on s’éloigne complètement du rock saturé, et on plonge dans le blues entêtant et enivrant. Et quand Meg se pavane en disant « I don’t care what other people say, I’m gonna love you anyway » à coté de Jack qui caresse sa guitare, ça équivaut à une bonne dizaine de Prozac. Facile. De la beauté pure, et sans problème l'une des chansons les plus touchantes de toute la carrière des Stripes (avec la reprise de Jolene et We Are Going To Be Friends).

Une histoire d'innovation, de tradition, de conception.
   Une tendresse que l’on retrouve un peu plus tard avec Ball And Biscuit, un long morceau de blues-rock de plus de sept minutes, ou la gratte de Jack joue d’abord les langoureuses, pour se mettre soudainement à saturer, et revenir à son état intial. Un morceau construit comme une sinusoïde, ou comme un électron, si vous préférez les métaphores chimiques : tantôt excitée, tantôt au repos.
    Mais, là où Elephant est aussi très important, c’est qu’il constitue le dernier album des Stripes véritablement forgé autour de la batterie et la guitare, et seulement ça. Get Behind Me Satan, qui sortira deux ans plus tard, correspondra à un vrai contre-pied, où le groupe se mettra à expérimenter des dizaines et des dizaines d’instruments, et où la guitare sera beaucoup plus en retrait. Icky Thump abordera lui aussi cet état d’esprit, tout en faisant revenir la guitare sur le premier plan. Non pas que ces deux albums soient mauvais : mon avis sur Icky Thump est plus qu’élogieux, et il tourne encore régulièrement sur mon iPod.
    Elephant, lui, a encore cet aspect garage rock des débuts du groupe, bien qu’il soit son quatrième. Et des merveilles comme Girl You Have No Faith In Medicine, Little Acorns ou Black Math en sont les fiers étendards. Un regard brut sur un groupe qui a aujourd’hui évolué, dans le seul but d’élargir et bonifier son art, pour lui faire acquérir une sorte de quintessence. Et un duo qui est encore maintenant l’un des plus grands groupes de rock qui soient et aient été, et dont mon seul regret est de ne les jamais avoir vu sur scène. Qui sait, un jour peut-être ? Avec leur dernière tournée qui a été écourtée parce que Meg commence à un peu péter les plombs, c’est pas gagné, mais l’espoir fait vivre.

    Quelques extraits de l'album



The White Stripes - There's No Home For You Here


The White Stripes - Girl, You Have No Faith In Medicine