Des personnages bien débiles, comme on les aime.
   Ayant connu un certain succès lors de sa diffusion sur Channel 4 entre 1999 et 2001, la série Spaced s’est surtout fait connaître depuis que son réalisateur et son co-auteur/personnage principal ont créé Shaun of the Dead, puis Hot Fuzz. Histoire de voir le point de départ de la collaboration entre ces deux génies. Le pitch n’est pas très compliqué à vous résumer, parce qu’on est avec une sitcom : Tim cherche un nouvel appartement depuis que sa petite amie l’a larguée. Daisy, elle, en cherche également un, parce qu’elle veut quitter son squat. Les deux se rencontrent, et ne tombent pas amoureux. Ce qui est plutôt dommage, parce que l’appartement de leur rêve n’est accessible qu’à un couple… Alors on va faire semblant d’en être un, pour pouvoir emménager en coloc dans le flat.
    En partant de ce départ simpliste, Simon Pegg et Jessica Stevenson (les deux héros, et auteurs) peuvent créer une troupe de personnages tous plus fracassés les uns que les autres, à commencer par leurs propres personnages. Parce que Tim est le modèle même du geek : passant son temps devant sa Playstation (on est en 2001 hein), il est vendeur dans un magasin de comics, ainsi que dessinateur. Et il est effrayé par les chiens, les éclairs, et les bambous. Ouaip. Daisy, elle, est rédactrice, mais son manque de confiance et sa relative stupidité d’ordre général lui empêchent d’accéder à de grands postes. Dans l’immeuble où ils résident, ils feront la connaissance de Brian, artiste conceptuel complètement barré, qui passe son temps à peindre un peu n’importe quoi avec un peu n’importe quoi.
    On a aussi la propriétaire des lieux, qui fume comme un pompier et est secrètement amoureuse de Brian… Tandis que Twist, l’amie de Daisy, travaille dans la mode. Enfin, c’est ce qu’elle prétend ; en fait, elle bosse dans une laverie. Mais mon personnage préféré reste sans doute Mike, l’ami de Tim, joué par Nick Frost ; frustré de ne pas avoir été accepté dans l’armée, il se balade toujours en tenue de camouflage et avec des armes de toutes sortes, pour la sécurité. On a donc tout un groupe d’ami qui se forme, chacun ayant une spécificité particulière, et étant surtout très drôles.



Geeks will take over the world !! Hahahahaha !
   Mais là où Spaced est incroyable, c’est que Simon Pegg et Edgar Wright sont avant tout de bons gros geeks en puissance. D’où le fait que la série soit gavée à ras bord de référence au cinéma ou aux jeux vidéos, à un point tel qu’une piste de sous-titres sur le DVD les énumèrent toutes en temps réel. Que ce soit l’autre vendeur du magasin de comics qui a un artwork de Metal Gear Solid sur son t-shirt, les posters de Evil Dead et Lara Croft dans le salon, ou les discussions animées autour de Star Wars, les références fusent sans arrêt.
    Et tout ça fait partie intégrante de la série, comme dans cet épisode où Tim, ayant tellement joué à Resident Evil 2 (ouais, j’ai reconnu que c’était le 2. Et ça me fait peur) , se met à voir des zombies partout… Et on sent d’ailleurs les prémices de Shaun of the Dead. Dans un autre épisode, Tim joue à Tomb Raider 3, expliquant que, pour calmer sa colère, il s’amuse à couler Lara Croft… Et je pourrais continuer comme ça pendant des heures et des heures, tellement les deux auteurs et Edgar Wright se font plaisir à parler aux geeks, et à distiller des clins d’œil à longueur de temps, que seuls les nerds pourront relever.
    Mais, au-delà de ces aspects de séries à easter eggs, Spaced c’est surtout un vivier insondable de scènes mémorables, et tordantes de rire. Ainsi, un épisode entier peut être centré autour d’une scène en particulier, qui montre là aussi que les auteurs sont gavés de références en tout genre. Comme cette séance de paint-ball absolument mythique, où Simon Pegg et Nick Frost se prennent pour un commando d’élite, l’un finissant par pleurer sur l’épaule de l’autre, mort au combat… Tout simplement énorme. Et puis je vous détaillerai bien d’autres scènes du même tonneau, mais je ne veux pas non plus vous gâcher la surprise.



Bien plus intelligent et fouillé qu'une simple comédie.
   La série est donc une sorte de paroxysme d’humour britannique, avec tout ce que j’aime : l’absurde apporté ici par les situations (ah là là, cette séquence d’infiltration…), des personnages timbrés complètement surréels mais dans lesquels on reconnaît telle ou telle personnes, et puis il faut l’admettre, Simon Pegg et Jessica Stevenson forment un bien joli petit couple. Edgar Wright apporte lui aussi déjà sa touche avec une réalisation qui tue (« Three good Star Wars later… »), tout cela donnant une série non seulement drôle mais aussi intelligente, et qui ne se contente pas d’un débile humour premier degré comme la grande majorité des sitcoms américaines.
    D’ailleurs, un remake américain de Spaced a récemment été annoncé, ce qui a provoqué la colère de Pegg, qui n’a pas du tout été contacté. Et je crains sincèrement la repompe basique sans une once de classe, avec toute la perte du second degré, et une simple histoire autour d’un geek et ses amis (c’est plutôt tendance en ce moment, il paraît). Enfin on verra bien, « ne stigmatisons pas » comme dirait ce bon vieux Rhum, les remakes américains de séries britanniques n’ont pas toujours été pas des fiascos après tout, comme l’a montré The Office… Il n’empêche que l’humour anglais est beaucoup plus pointu que l’américain.
    Mais pour l’heure, la version britannique de Spaced est à prendre en tant que telle : une merveille d’humour britannique. En seulement quatorze épisodes de vingt minutes chacun, Pegg, Stevenson et Wright régalent tout le monde avec des personnages excellents, un comique de situation vraiment poussé et surtout ce gros plus-produit : les références innombrables à la pop-culture, au cinéma, à la télé, aux jeux vidéos… A tout ce qui les a fait grandir. En plus, les deux saisons en coffret 3 DVD sont disponibles pour à peine 15€ sur Play.com, dont c'est un gros plaisir à petit prix (ouais, j'ai pris des cours chez Bellemare). En fait, Spaced c’est un peu comme Sarah Neufeld qui joue du violon : c’est tellement puissant, beau et classe que l’on ne peut qu’applaudir la performance. Alors j’applaudis. Clap clap.