King takes Queen : The Tudors, de Michael Hirst
Par Anansi le dimanche 13 avril 2008, 09:12 - Le coin-coin des séries - Lien permanent

Alors qu'elle vient d'entamer sa deuxième saison sur Showtime, The Tudors est récemment arrivée sur Canal +, toujours sur la brêche. Et les quelques épisodes déjà diffusés annoncent une très bonne série, même si beaucoup de gens ne pourront pas lui excuser ses (nombreux) défauts.
Une fiction historique, loin
d'être rigoureusement proche de l'Histoire.
Si on devait définir The Tudors le plus clairement
possible, je suppose qu’il faudrait parler du « Rome de Showtime ». Il
faut dire qu’elle partage beaucoup d’aspect avec la défunte série historique
d’HBO : une reconstitution de l’Histoire à un moment précis, de très nombreux
personnages, des décors qui prennent une place très importante… Et pourtant,
ces deux shows ont beaucoup moins de choses en commun que l’on pourrait croire.
Mais commençons par le commencement : The Tudors raconte l’histoire de
Henri VIII, et plus précisément sa jeunesse, dont beaucoup d’éléments sont
restés inconnus. Les auteurs de la série en profitent donc pour broder autour
des vrais faits historiques, et « créer » les premiers temps du roi Henri VIII.
Un Roi volage, attiré par la guerre, et courant après les femmes. Mais très
vite, il va s’enticher de celle qui restera également dans toutes les mémoires
: Anne Boleyn. La
magnifique. La perverse, aussi. Anne Boleyn qui deviendra sa femme, et mettra
au monde Elizabeth Ière d’Angleterre.
En narrant cette part de l’Histoire, The Tudors se
veut donc avant tout une fiction, inventant plusieurs éléments, mais se basant
tout de même sur des faits bien réels. Il faut dire qu’elle a été créée par
Michael Hirst, que certains connaissent déjà car il est
l’auteur des deux films
Elizabeth et Elizabeth
L’âge d’or, réalisés par Shekhar Kapur et retraçant la vie
de… bah, Elizabeth Ière d’Angleterre (incarnée par Cate
Blanchett). Un homme qui reste dans son élément, donc. Ici, le héros,
en la personne de Henri VIII, prend les traits de Jonathan Rhys
Meyers, et c’est là que le bât blesse. Que le premier défaut se fait
voir. Non pas que l’acteur soit mauvais, ou qu’il me sorte particulièrement par
les yeux ; au contraire, je partais d’un avis très positif grâce au Match Point de Woody Allen
dans lequel il était très bon.
Le problème vient plutôt de son look général : je ne suis
pas persuadé que faire un Roi
métrosexuel qui aurait tout à fait sa place au sein des Queers soit
franchement la chose à faire. Heureusement, justement, l’acteur lui-même sauve
la mise pas mal de fois grâce à son jeu impeccable, mais il subsiste cette
sensation de superficialité et de non respect de l’Histoire. Notamment lorsque
le Roi, lorsqu’il décide de se laisser pousser la barbe pour montrer son amour
au Roi de France, se retrouve avec un bouc parfait calibré au millimètre près.
Je veux bien qu’il soit Roi d’Angleterre, mais quand même, faut pas pousser non
plus.

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qualité, je vous offre un défaut en cadeau ! Promotions exceptionnelles
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Il s’agit donc avant tout d’une faute de goût qui se retrouve
parfois sur certains éléments. En eux-mêmes, ils ne sont pas vraiment graves,
mais ça commence à faire un peu trop lorsqu’ils sont mis bout à bout.
Néanmoins, parallèlement à ces défauts, certains costumes sont
véritablement travaillés et splendides, conférant une très belle
photographie à l’ensemble. Les décors sont également très beaux : voir le Roi
et sa troupe descendre le Val d’Or au grand galop, avec les collines les
entourant, bah c’est juste la classe.
En fait, tout cela est un peu symptomatique à toute la série
: plusieurs excellents éléments se trouveront systématiquement proches d’un
défaut, qui viendra un peu tâcher le beau tableau, et faire de The
Tudors ce qu’elle est : une très bonne série, mais qui aurait pu être
vraiment meilleure. Prenons par exemple le scénario : il se révèle évidemment
extrêmement bon, grâce au matériau de base : pouvoir retranscrire la vie de
Henri VIII, quoi de mieux ! Dès le début, nous découvrons donc un Roi qui, tout
en passant de lit en lit, veut aller faire la guerre aux français, ces raclures
mangeurs de grenouilles prétentieux et arrogants.
Mais, sur les bons conseils du Cardinal Wolsey, il fut mis
sur pieds un Traité de Paix Universelle, unissant les deux pays et certains
autres d’Europe. Une simili-alliance qui ne durera pas bien longtemps… Ainsi,
si le scénario est passionnant en soi, j’aurai malgré tout aimé le voir plus
fouillé, plus complexe. Si on le compare à Rome, où les guerres
intestines se mêlaient aux luttes des classes et aux combats pour le Trône,
tout est ici plus simple, plus linéaire. En ce sens, les personnages sont eux
aussi très archétypaux : le gentil est très gentil, le méchant est très
méchant, le français est très français, le Roi est très royal… L'originalité ?
Elle est allée boire un coup. Ceux qui n’aiment pas les intrigues complexes
seront ravis, mais en ce qui me concerne il m’a manqué ces strates
supplémentaires d’un scénario à tiroir, même si les choses deviennent plus
développées à partir du troisième épisode.

Un rythme soutenu, qui ne
s'attarde jamais trop longtemps.
Néanmoins, et à la décharge de la série, il faut préciser que
The Tudors ne se place pas tout à faire au même niveau que
Rome. En effet, cette dernière n’est pas centrée sur un seul
personnage, mais sur tout un peuple : il n’y a pas de personnage principal à
proprement parler, puisque l’intrigue se focalise tantôt sur une personne,
tantôt sur une autre. Par contre, ici, Henry VIII est bel et bien le seul héros
principal, et la caméra lui est dévouée tout entière. Il est donc normal que
les intrigues soient moins nombreuses, puisqu’elles ne s’attardent pratiquement
pas sur les éléments extérieurs au Roi et Anne Boleyn.
D’où le fait que les épisodes soient également plus nerveux,
plus « agités » que chez sa sœur d’HBO. Ceux qui n’aimaient pas les longs
passages de dialogues ou d’éléments qui traînent en longueur chez Rome
(et que je trouvais extraordinaires pour ma part) seront ici ravis puisque les
choses vont très vite. De plus, les épisodes en eux-mêmes durant longtemps
(plus de 55 minutes, comme presque toujours sur Showtime), il est commun de
voir une situation dont on aurait pu croire qu’elle allait s’étendre sur cinq
épisodes, finir un peu plus tard dans le même épisode. Ce n’est pas un défaut
en soi : simplement une volonté de proposer une Histoire dynamique, et créer
des ellipses narratives sur certains moments, pour pouvoir s’attarder sur des
monceaux de l’Histoire plus importants.
Bon, me voilà arrivé au dernier paragraphe, et le moment est
donc venu de conclure en vous donnant une vue d’ensemble à tout ça. Je vous le
dis d’emblée : si on doit se poser la question « The Tudors est-elle
une bonne série ? », la réponse est oui. Parce qu’elle est passionnante et très
bien faite. En plus, elle ne se permet aucun consensus ou censure sur la
violence ou (surtout) le sexe, Showtime oblige. Malgré tout, quelques éléments
comme des fautes de mauvais goût ou certains personnages secondaires
caricaturaux viennent ternir l’ensemble, et nous rappeler l’élément primordial
qui fait qu’une série passe du stade de la très bonne qualité (The
Tudors) à l’excellence extrême (Rome) : le souci du détail. Hé
ouais.

