"Tout est provisoire : l'amour, l'art,...
   Je sais pas vous, mais pour moi, un bon film français, c’était un peu comme gagner au loto ou voir un supporter de foot intelligent : un doux mythe, tellement impossible et surréel que ça en devenait comique. Mais allez savoir, il reste un espoir : oui, j’ai trouvé un bon film français. Alors, je ne sais pas si je vais gagner des milliards de petrodollars dans la semaine, ou si les supporters de foot se comporteront un jour comme ceux du tennis, mais, oui, on peut y croire.
    Le bon film en question vient tout juste de sortir en dividi, et il s’agit de 99F. Adaptation du bouquin qui a valu gloire et renommée éternelle à Frédéric Beigbeder, la réalisation est assurée par Jan Kounen, le monsieur franchement barré à l’origine de Dobermann et Blueberry. Deux films qui, s’ils ont été loin de faire l’unanimité (surtout le deuxième, pour lequel les fans de la BD originelle se sont demandés ce qui s’était passé), ont eu le mérite de faire parler d’eux.
    Il en va d’ailleurs de même avec ce 99F, qui aborde l’état d’esprit que Kounen revendique : un décalage total avec la production actuelle et un goût prononcé pour le porte-nawak, aidé en ça par une réalisation qui privilégie les effets visuels à outrance. Il faut dire, le matériau de départ l’aide pas mal. L’histoire est ainsi celle d’Octave Parango, publicitaire travaillant pour la Ross & Wichcraft, agence de pub qui se fait des trouzaines de milliards de francs. Octave, lui, il est dans le département artistique. Il « décide aujourd’hui de ce que vous allez vouloir demain », comme il dit. Son inspiration, il la trouve évidemment dans la débauche totale, la drogue, l’alcool et la déchéance au sens global du terme. Bref, c’est un artiste.

...la planète Terre, vous, moi...
    Oui, mais voilà : conscient que la publicité s’enlise de plus en plus dans une bouillasse consumériste, Octave veut réécrire le monde à sa façon, et va progressivement devenir fada, pétant durite après durite. C’est donc par la voix du héros que Beigbeder puis Kounen critiquent cette société de consommation actuelle, dans un discours que certains n’ont pas hésité à qualifier de "Fight Club français".
    Pourtant, avant de s’emballer et de voir des Brad Pitt et Edward Norton partout, je dis "faisons attention". Ouais, je suis comme ça moi. Cash dans le lard. Parce qu’il ne faut pas oublier que le film 99F se positionne très clairement comme une comédie. Acide, acerbe et vitriolée, ouais, mais une comédie quand même. D’où ce manque de profondeur au film, Kounen privilégiant les gros délires visuels amenés par un héros en bad trip complet (images subliminales, délires cartoons, instants chamaniques), aux réflexions psychologiques d’une société marketée.
    Dans l’absolu, ce n’est pas un défaut. Mais ce ton de "Fight Club à la française" aurait justement eu beaucoup plus d’ampleur si le fond avait été plus travaillé. Et puis, il faut admettre que la cible de la critique n’est aujourd’hui plus tellement d’actualité. Si certains propos du film sont ultra-pertinents (la fameuse course aux alicaments), d’autre le sont moins : ces pubs de merde, mettant en place une famille parfaite dans un monde bisounours sont, à la réflexion, de moins en moins fréquentes.

...surtout moi."
   Il n'en reste pas moins que la critique est agréable à entendre, surtout parce qu'il est tellement rare qu'une comédie française dénonce quoi que ce soit (et le film français en général en fait)... Ca nous change du film sur un trentenaire qui n'arrive pas à s'engager dans la vie, avec en héros Clovis Cornillac et Audrey Tautou.
    Remarquez, niveau acteur "over-bankable de la muerte", 99F n'est pas mal : choisir Jean Dujardin pour héros, niveau prise de risque on a vu pire. Le bonhomme s'en tire en tout cas très bien, se mettant très facilement dans la peau de cette raclure d'Octave. Mais la vraie merveille du film, c'est Jocelyn Quivrin, qui interprète Charlie... Avec un naturel extrême, il arrive à jouer ce personnage "entre deux eaux" : en désaccord total avec le monde, mais pas aussi taré qu'Octave.  Une sorte d'hybride, qui se fout de tout, en fait.
    Au final, 99F est donc un très bon film, à la mise en scène sévèrement burnée (qui sera loin de plaire à tout le monde), aux dialogues juste excellents, et avec en bonus une bande originale de folie. Critiquant à tous les étages la société de consommation et ses dérives, Jan Kounen ne prétend pourtant pas détenir des réponses : il se contente de s'en servir pour livrer une comédie bien satirique. Et puis la fin est d'un tel cynisme que le film vaut d'être vu pour elle seule. A noter également que le DVD est à la hauteur des espérances : l'édition collector dans son sachet alu est ultime.