Une affaire de lapin.
   Il y a peu de groupes actuels pour lesquels je sais que je peux aller acheter l'album dans une FNAC du coin, en étant sûr de ne pas être déçu. En fait, à bien y réfléchir, ça se compte sur les doigts de la main du Bradypus tridactylus : Arcade Fire, et The White Stripes. Et The Raconteurs, donc. Parce que The Raconteurs, c'est l'autre groupe de Jack White, la moitié des White Stripes. Et rien que ça, moi je dis banco. Oui madame. Plus exactement, le quatuor gravite autour de Jack White III (comme il aime à se nommer dans le booklet) et Brendan Benson qui, non content d'avoir un prénom digne des héros de Beverly Hills, est un singer/songwriter from Tennesee.
   Ainsi, après la claque Broken Boy Soldiers en 2006, voici leur deuxième album, Consolers of the Lonely. Un album qui, avant même d'être sorti, a une histoire de folie. Explications : nous sommes à la mi-mars 2008. Les Raconteurs annoncent qu'ils viennent de finir d'enregistrer leur deuxième album. Et qu'il sortira dans une semaine. Boom. Tranquillou. Dans une espèce de surprise générale, les quatre bonshommes ont exterminé tous les intermédiaires, et ont immédiatement porté le CD en duplication après l'avoir fini.
   Si bien qu'en l'espace de quelques jours, le voilà disponible partout dans le monde, dans tous les formats possibles et imaginables, hormis la gravure sur lapin de Garenne. Aucune promotion, aucun envoi aux magazines spécialisés pour critiques, aucune annonce. Rien. Les mecs ne voulaient même pas annoncer la sortie de l'album : voir simplement les disques apparaître dans les étals les aurait fait marrer. De grands malades.

Guitares, pianos et violons.
   La galette commence ainsi avec Consoler of the Lonely, qui met direct dans le bain. La guitare crissante de Jack White. La batterie de Patrick Keeler très mise en avant, dans un traitement qui rappelle les arrangements de Meg White chez les Stripes. Puis Benson se ramène, pour être ensuite rejoint par un Jack White bien motivé. Un premier morceau de folie, gavé de riffs fiévreux menés tambour battant, qui serait comme une sorte de mélange entre Eric Clapton et Led Zep.
   Puis, on reste dans la même ambiance avec Salute Your Solution, le premier single de l'album que j'ai déjà pu vous faire écouter, parce que je suis grand seigneur. Une basse psychédélique, des riffs de gratte endiablés, un Jack White qui s'amuse, il n'en faut pas plus : sûrement l'une des meilleures chansons de l'album. Puis, le piano fait son apparition dans You Don't Understand Me, qui met tout à plat et calme les choses, avec un Jack White qui se fait très mélodique. Mais alors que le morceau veut se faire doux, le piano monte de plus en plus en puissance, jusqu'à atteindre son paroxysme à la fin de la chanson, dans un solo ahurissant, qui m'a rappelé ces pépites de Queen, genre Man on the Prowl.
   La volonté du duo leader d'élargir leurs horizons s'étend sur Old Enough, qui elle va voir du coté de l'Ecosse et ses violons un peu tordus. Le ton se fait ainsi plus celtique, comme pour certaines des chansons de l'énormissime Icky Thump (Prickly Thorn, But Sweetly Worn !), le dernier album des Stripes. Arrive après The Switch and the Spur, véritable merveille... Tandis que le piano débute, des trompettes démoniaques de l'enfer rugissent, avec une beauté qui me donne encore la chair de poule. Nous atterrissons ici dans une sorte de Western Spaghetti, Benson finissant en nous narrant un conte fantastique.

Explorations, portes.
   Mais le groupe n'a pas oublié les gros riffs de bourrins, et c'est ainsi que Hold Up arrive, tout content et fier de lui. Avec ses guitares saturées, son groupe qui crie le titre à tue-tête, voire à tire-larigot (et à l'emporte-pièce, aussi), ses cymbales qui claquent, Hold Up constitue certainement ce qui sera l'une des chansons les plus jouissives à voir en live... J'imagine déjà la foule scander "Hold Up ! Hold Up !"
    Enfin bref, inutile que je continue de rentrer en détail dans chaque chanson, je pense que vous avez compris le message que je veux faire passer (ou pas) : ce qui fait la force de Consolers of the Lonely, c'est avant tout son éclectisme. Parce que Jack White (oui, il n'y a que lui a bossé dessus, toutes les idées viennent de lui et de personne d'autre, c'est un génie, arrêtez) est gavé de tellement de références, de courants musicaux, qu'il nous les recrache tous à sa sauce.
    Ce deuxième album des Raconteurs est ainsi un mélange d'influences diverses : rock démonté des années 70 bourré aux Who, Queen et Led Zeppelin, country écossais chanté autour d'un feu de bois, blues réchauffant et mélodieux à la Son House ou The Black Keys, pour finir sur du Bob Dylan tordu avec Carolina Drama, qui restera ancré dans ma mémoire pendant des années et des années. Consolers of the Lonely, c'est un peu tout ça, et bien plus encore. Merci Jack, merci Brendan, merci les Raconteurs.



Deux extraits, parce que c'est vous


The Raconteurs - Consoler Of The Lonely


The Raconteurs - Five On The Five