Déclaration d'amour pour oeuvre inoubliable
Par Anansi le mardi 4 mars 2008, 17:15 - Pellicule aviaire - Lien permanent

On appelle ça le choc
post-traumatique.
Pourtant, j'avais été prévenu. Je veux dire, ce ne sont pas
les critiques dithyrambiques qui manquent. Entre les nuées d'applaudissements
pour Daniel Day Lewis, et les constellations de palmes un peu
partout dans le monde, j'avais de quoi me blinder. Pouvoir prendre la chose
avec recul. Redouter la déception, même. Mais rien n'y a fait. Le choc
There Will Be Blood est bel et bien présent, et avec une force
démoniaque. Le genre de trucs bouleversant, qui m'a retourné le coeur et
l'esprit, comme si tout un média s'alliait pour crier à l'unisson : "tiens,
prends-toi ça dans ta face !"
Dès la première seconde, on se dit qu'il y a quelque chose
de bizarre dans l'air, que ce n'est pas pareil. Une nappe musicale se
fait entendre, tout d'abord douce, puis de plus en plus forte, jusqu'à un
climax à la limite de l'assourdissant, tandis que le réalisateur ne nous montre
que des collines... Tellement simple. Tellement paradoxal. Tellement...
Beau.
Très vite, le héros nous est présenté : il s'agit de Daniel
Plainview, simple mineur. Que l'on retrouve un poil plus tard en magnat du
pétrole. Lorsqu'il entend parler d'une petite bourgade californienne, sous
laquelle coulerait un océan de pétrole, il n'hésite pas et y part aussitôt, en
compagnie de son fils H.W. Plainview. Ce sera un maelström de sentiments qui
l'attendra, avec l'amour, l'espoir, la richesse, la perte, l'ambition, la
violence. Et la foi. Parce que le très jeune prêtre des lieux, Eli Sunday, est
beaucoup plus étrange qu'il n'en a l'air.
Illusions bénies, maudit
pétrole.
J'aimerais pouvoir vous en dire plus sur le scénario, mais
je ne peux pas. Oh, ce n'est pas que je ne veux pas vous spoiler. C'est
simplement que There Will Be Blood ne peut pas se résumer en quelques
phrases. Vous avez déjà essayer d'écrire la beauté ? Si l'on voulait expliquer
avec le plus de précision possible le scénario de ce film, il faudrait pouvoir
mettre du lyrisme en flacon. Que l'on laisserait décanter, pour n'en retirer
que la phase totalement pure. C'est une quête initiatique d'une violence
absolue, qui emprunte autant aux westerns qu'aux grandes fresques historiques
et aux polars noirs. Le pétrole en plus. Cet or noir, que tout le monde veut.
Pétrole !
Bien évidemment, pour porter tout ça, les acteurs se doivent
d'être au-delà de l'exceptionnel. Et quand on regarde Daniel Day Lewis,
l'évidence nous fracasse le crâne à coups de pioche : ça ne pouvait être
que lui. Je ne vais pas m'étaler pendant des heures sur la performance
de l'acteur irlandais, parce que vous avez déjà du en entendre parler encore et
encore, donc je vais accumuler les adjectifs en vrac, dans un petit sac
d'admiration : habité, prodigieux, terrifiant, exceptionnel, magique,
somptueux, bouleversant. Et bien plus encore.
Mais il n'est pas tout seul, puisque le jeune Paul
Dano, qui joue le prêtre Eli Sunday, est lui aussi un monstre de
talent. Les scènes de paroisse sont parmi les plus poignantes du film (dont
LA scène), l'acteur jouant avec merveille cet être habité par Dieu. Et
puis, son personnage est tellement passionnant que l'on ne peut qu'applaudir.
Toujours au chapitre des acteurs, notons aussi la présence courte mais notable
de Ciaràn Hinds, le Jules César de la série télé
Rome... Cela relève du détail, d'accord, mais ça me fait plaisir, à
moi.
Une page se tourne.
Mais There Will Be Blood, c'est aussi et surtout
l'oeuvre d'un homme unique, un réalisateur rare. Au sens propre (seulement 5
films en 11 ans de carrière) comme au figuré. Paul Thomas
Anderson. Et le réalisateur de Magnolia s'est plongé corps et
âmes dans ce projet de fresque historico-pétrolière, puisqu'il l'a aussi écrit
de bout en bout (en adaptant le livre Oil ! d'Upton
Sinclair), et l'a produit. Et il le fait avec un génie qui surpasse
tout ce qui peut s'imaginer. There Will Be Blood possède ce cachet
particulier, cette âme si inhabituelle, qui fait de lui un classique
instantané. Une oeuvre de l'Histoire. A la sortie de la salle du cinéma VO de
quartier, la première chose que je me suis dite, c'est que l'on parlera encore
de ce film dans 50 (100 ?) ans, avec toujours la même passion.
Et si j'en viens à cette conclusion élogieuse, la musique y
est pour beaucoup. Parce que la bande originale est simplement hypnotique,
envoûtante. Ce n'est pas le genre de musique spectaculaire, ou entêtante, dont
on va acheter le CD après le film. Non, ici, la musique EST le film, elle ne
peut pas se concevoir si l'on y enlève les images. Ces violons distordus, ces
cuivres excentriques, stupéfiants de force et de rage, parfois en paradoxe
total avec l'image, sont magiques. Mais personne n'a le droit de les arracher
au film. Tout cela forme un ensemble divinement cohérent, parce qu'inattendu
(regarder le trailer qui suit pour avoir un aperçu).
Enfin bref, je pourrais encore écrire pendant des pages et
des pages sur ce que There Will Be Blood m'a fait vivre. Je pourrais
dire que la scène finale est l'une des plus fortes que j'ai vu dans ma petite
vie. Je pourrais palabrer sur ces immenses espaces de nature américaine, que
l'on n'avait pas vu si beaux depuis Il était une fois dans l'Ouest. Je
pourrais expliquer pourquoi There Will Be Blood est l'une des plus
belles choses qui soient arrivées au cinéma ces vingt dernières années, et pour
encore longtemps. Mais je me contenterai d'affirmer que je suis simplement
heureux d'avoir pu le voir au cinéma. J'y étais.


Commentaires
Hum well, je suis en train de le regarder et je suis plongé dans l'ennui, j'attend qu'il se passe quelque chose et on est bien à la moitié du film, j'accroche pas du tout...
Tu aurais du m'en parler d'abord, je t'aurais dit que c'est le genre de films que tu n'aimes pas