Juno, de Jason Reitman
Par Anansi le lundi 25 février 2008, 10:27 - Pellicule aviaire - Lien permanent

Jason Reitman, le très bon réalisateur de Thank You For Smoking, revient avec une deuxième comédie indépendante. Un film beaucoup moins cynique que son premier, pour un résultat tout public agréable mais un peu frustrant.
Little Miss Pregnant.
Juno, c'est un peu comme un Ferrero Duplo : c'est
pas franchement original, ça ne fait que reprendre une formule qui marche, mais
c'est tellement bon qu'on ne peut pas s'empêcher d'en dire du bien. Et y'a du
chocolat, par-dessus le marché. Alors, oui, qu'on se mette d'accord,
Juno n'est pas un mauvais film. Mais ce n'est pas un très bonne œuvre
pour autant : elle est simplement cette comédie simple sans beaucoup
d'ambitions.
Ça commence avec le scénario : Juno McGuff, intelligente et
futée adolescente de 16 ans se fait mettre enceinte par Paulie Bleeker, le geek
coincé du coin. La gamine, qui ne veut rien avoir à faire avec cet enfant,
décide d'attendre l'accouchement et de donner l'enfant à un couple qui en a
besoin, plutôt que d'avorter. Simple, je vous avais dit. On pourrait attendre
plus de la part d'une auteure punk-gothique (de son nom Diablo
Cody, elle fait une apparition dans le film pour vendre des
préservatifs parfumés), mais bon. Donc, non, l'atout du film n'est pas dans son
scénario.
L'intérêt, il est à aller chercher du coté des dialogues, de
haute voltige. Les répliques sont classes, vives et partent avec ce piquant
exaltant qui les rendent mémorables. Je ne compte même pas le nombre de
citations mémorables que l'on peut tirer de ce film, tellement tout ça fuse
avec une vitesse incroyable. Certes, Jason Reitman nous gonfle un peu quand il
veut nous faire croire que son film est aussi sentimental, mais on lui
pardonne, le reste étant tellement plaisant à regarder.
"Come on, I'm a sacred vessel ! All you got in your stomach is Taco Bell."
Sonic Youth et Homer Simpson.
Heureusement, le casting est lui aussi excellent, et rend
justice aux dialogues. Jennifer Garner (qui se décide à jouer
autre chose que des héroïnes de comics en cuir après Alias) est
géniale en femme désespérée, prête à tout pour avoir cet enfant qu'elle veut
absolument. Ce qui n'est pas franchement le cas de son mari, joué par
Jason Bateman, qui préfère lui se réfugier dans sa pièce
remplie de guitares électriques, pour écouter la reprise de Superstars
des Carpenters par Sonic Youth.
J.K Simmons (le directeur du Daily Bugle
dans les Spiderman), qui joue le père de Juno, vaut lui aussi son
pesant de cacahuètes, avec ce rôle de père décalé, cet exemple typique d'homme
sympathique mais bizarre, dont on ne comprend pas toutes les paroles mais
auxquelles on sourit, parce que ça lui ferait sûrement plaisir. Un petit coté
Homer Simpson, en clair, qui est pour beaucoup dans le potentiel comique du
film.
Et puis, il y a Juno. Ellen Page. (Remarquez le silence qui en
dit long.)
J'adore cette femme. Dans mes derniers Restes du Monde, je
me demandais si un film avec Ellen Page pouvait être véritablement mauvais. La
réponse est non. Parce que vous pouvez lui donner n'importe quelle réplique,
elle l'ingurgitera, la façonnera, lui donnera consistance et vie, et vous la
servira sur un plateau d'or blanc. En l'occurence, si vous lui faites dire des
dialogues déjà percutants à la base, le résultat ne peut être que mémorable.
Elle était excellente dans la série reGenesis, elle était stupéfiante
dans Hard Candy, et elle l'est au moins autant dans Juno
(elle garde d'ailleurs ce manteau rouge à capuche, qui lui donnait un air de
Petit Chaperon Rouge pervers et détraqué dans Hard Candy).
"You should've gone to China, you know, 'cause I hear they give away babies like free iPods. You know, they pretty much just put them in those t-shirt guns and shoot them out at sporting events."
Thank You For Smiling.
Du coup, je suis persuadé que sans Ellen Page, le film perd
facilement 50 % de son intérêt. En fait, le problème est que, derrière son
casting et ses dialogues drôles, le film ne propose finalement pas grand chose.
C'est d'autant plus étonnant que le précédent film de Jason Reitman, le
réalisateur, est Thank You For Smoking. Un modèle de cynisme,
d'ironie, teinté d'une critique au vitriol de tout un pan de la société. En
comparaison, Juno est beaucoup plus "grand public", très consensuel,
pour ne pas dire charmant, cet atroce adjectif pour un film.
Alors, oui, Juno est un film très agréable à voir,
et très drôle. Mais je ne comprends toujours pas cet engouement extrême des
médias, le film ayant récolté un
93% chez Rotten Tomatoes (site réunissant toutes les critiques de films
américaines, et en faisant une moyenne) et se voyant remettre récompenses sur
récompenses. Certains n'hésitent pas à le qualifier de film de l'année... Non
mais sans rire, les gens, vous avez vu No Country For Old Men ? Bon,
soyons sérieux deux minutes.
Après le cynique Thank You For Smoking, Jason
Reitman nous offre donc une comédie efficace mais un peu fade, heureusement
relevée de dialogue qui eux, pour le coup, sont étonnants d'ironie mal placée
(et c'est un compliment). La bande originale est elle aussi très bonne, la
musique prenant une part importante dans tout le film, et accompagnant avec
douceur le très bon casting. Et enfin, tout cela est bien sûr mené par une
Ellen Page incroyable, qui joue sans forcer et donne à elle seule toute son âme
au film.


Commentaires
Je pourrais faire tout un spitch sur mes sentiments après ce film, sur mon ressenti et tout le tintouin, mais je ne le ferais pas, d'une car je dois retourner bosser, et de deux par ce que tout le monde s'en contre balance de ce que je raconte.
Je ne dirais qu'une seule chose : Ce film est plus que BIEN, et je suis contente d'avoir pu le voir en VO, la traduction française ne permettant pas (j'en reste persuadée) de recracher l'humour caustique des répliques de Juno.
Sinon que rajouter de plus à part que cette fille, jouée par Ellen Page, est mon idole, et que c'est comme elle que j'aurais voulu être à 16 ans (non pas enceinte, pleine d'humour bien placée)
Vouaip, je ne l'ai pas précisé dans mon article mais il est évident que ce film n'est regardable qu'en VO, ne serait-ce que pour apprécier à sa juste valeur le jeu de Page. (et puis, les répliques sont tellement cultes !)