Les corruptibles.
    En grand fan de films de mafieux devant l'éternel (Casino est mon film de chevet. Martin, j'te kiffe grave, buddy), je me suis toujours demandé pourquoi je n'ai jamais accordé de l'attention à The Sopranos, cette série multi-récompensée de HBO. Heureusement, cette hérésie est en passe d'être traitée, puisque je viens de regarder la première saison et je suis d'ores-et-déjà fan.
    Il faut dire, dans un premier temps, le scénario est une merveille. La série est en effet centrée sur Tony Soprano, (merveilleusement joué par James Gandolfini) capo d'un gang du New-Jersey, qui doit mener de front sa vie de famille et ses affaires de mafieux. D'un coté, nous trouvons donc Carmela Soprano, sa femme, et ses deux enfants, Meadow et Anthony Jr. De l'autre coté se dresse la familia : Corrado "Junior" Soprano (l'oncle), le jeune fougueux Christopher Moltisanti, ou encore Silvio Dante et Paulie.
    Une situation plutôt difficile pour Tony, qui l'oblige à suivre une thérapie, dans des situations qui font rappeler le film Mafia Blues (la référence est d'ailleurs évoquée dans la série : "Come on, that's a fucking comedy !")... Et ça me permet d'ailleurs de commencer avec ce qui fait l'une des forces des Sopranos : les auteurs sont des fans des films de gangster, et ça sent. Chaque seconde de la série est un véritable hommage à des films tels que la trilogie du Parrain, Les Incorruptibles ou encore Les Affranchis ; non seulement par les personnages eux-mêmes, qui agissent avec cette classe mafieuse héritée d'hommes comme Joe Pesci ou Al Pacino, mais également par les dialogues, qui fourmillent de références à tous les étages.

Un scénario complexe mais passionnant.
    En effet, l'idée géniale des créateurs réside dans le fait que, la série se déroulant à notre époque, les personnages sont eux-mêmes fans de tous les films de gangsters. Les auteurs s'amusent donc comme des gamins, et se servent de leurs personnages pour parler de tous les films qu'ils ont adoré. Entre le prêtre local qui reprend un discours de Robert de Niro, ou les membres du gang de Tony qui discutent entre eux de telle ou telle réplique, tout ça est un véritable délice. Ils vont même pousser le vice jusqu'à faire apparaître Martin Scorsese dans un des films ! (Enfin, pas le vrai. Mais quand même.)
    Mais au-delà de ses nombreux hommages, l'intrigue n'en oublie pas d'être développée. Et pas qu'un peu : entre les affaires de famille que Tony doit régler (et notamment une mère loin d'être commode), les combats entre gangs, et les fédéraux qui sont à leurs trousses, le scénario est très complexe et met en scène une multitude de personnages. Si bien que l'on ne se souvient pas toujours de leur nom d'ailleurs, mais je suppose que ça viendra avec le temps.
    En tout cas, tout cela est intriqué mais pourtant très fluide, et se met en place tout au long des épisodes. C'est simple, depuis Six Feet Under je n'avais pas vu de séries avec autant de cohérence, avec un élément que l'on va retrouver à un moment donné, et qui va déclencher une cascade d'évènements dix épisodes plus tard. Et puis, autant vous dire, inutile de compter sur des "Previously on The Sopranos" ou autres choses du même tonneau : si vous ne suivez pas le déroulement de l'intrigue dans sa totalité, tant pis pour votre tronche de fainéant. En bref, la classe HBO, quoi.

Et vive l'Italie.
    Néanmoins, les épisodes sont assez inégaux, en tout cas dans cette première saison. Alors que certains sont regardables, sans beaucoup plus (A Hit Is A Hit), d'autres sont de pures merveilles, comme The Legend of Tennesee Moltisanti ou encore College. Je précise d'ailleurs au passage que ce dernier épisode a été écrit par James Manos Jr., qui fut producteur exécutif pendant six épisodes, pour ensuite quitter le navire et créer la série Dexter... Un bon monsieur.
    Sa patte est en tout cas très présente dans cet épisode, puisque Tony Soprano y traque un ancien "ami", Fabian Petrulio, et veut lui faire la peau. Une situation très "dexterienne" (oui, moi aussi j'invente des mots si j'veux). Mais le reste du crew n'est pas non plus dégueu : autour du créateur David Chase, on trouve par exemple Allen Coulter ou Tim Van Patten, qui réaliseront ensuite plusieurs épisodes d'une autre série de HBO, la merveilleuse Rome.
    Enfin bref, cette première saison des Sopranos remplit parfaitement ses objectifs, en posant les jalons d'une excellente série de mafieux. Il me faudra encore ingurgiter les cinq saisons restantes pour m'assurer qu'elle mérite bien tous ses honneurs et récompenses, mais à priori je me fais pas de soucis : ce premier acte est tellement concluant que je la vois mal me décevoir en route. Et puis ces mafieux ont vraiment trop la classe.



Et en prime, l'affiche pour le dernier épisode de la série, par Anton Corbijn (réalisateur de Control).