The Sopranos, de David Chase
Par Anansi le jeudi 21 février 2008, 11:45 - Le coin-coin des séries - Lien permanent

Le 10 juin 2007, après 6 saisons et 86 épisodes, The Sopranos s'arrêtait, laissant des hordes de fans bien dégoutés de la vie. Pour ma part, je viens à peine de finir la première saison, mais je les comprends : la famille Soprano est extraordinaire.
Les corruptibles.
En grand fan de films de mafieux devant l'éternel
(Casino est mon film de chevet. Martin, j'te kiffe
grave, buddy), je me suis toujours demandé pourquoi je n'ai jamais accordé de
l'attention à The Sopranos, cette série multi-récompensée de HBO.
Heureusement, cette hérésie est en passe d'être traitée, puisque je viens de
regarder la première saison et je suis d'ores-et-déjà fan.
Il faut dire, dans un premier temps, le scénario est une
merveille. La série est en effet centrée sur Tony
Soprano, (merveilleusement joué par James Gandolfini) capo
d'un gang du New-Jersey, qui doit mener de front sa vie de famille et ses
affaires de mafieux. D'un coté, nous trouvons donc Carmela
Soprano, sa femme, et ses deux enfants, Meadow
et Anthony
Jr. De l'autre coté se dresse la familia : Corrado "Junior"
Soprano (l'oncle), le jeune fougueux Christopher Moltisanti, ou encore Silvio
Dante et Paulie.
Une situation plutôt difficile pour Tony, qui l'oblige à
suivre une thérapie, dans des situations qui font rappeler le film Mafia
Blues (la référence est d'ailleurs évoquée dans la série : "Come on,
that's a fucking comedy !")... Et ça me permet d'ailleurs de commencer
avec ce qui fait l'une des forces des Sopranos : les auteurs sont des
fans des films de gangster, et ça sent. Chaque seconde de la série est un
véritable hommage à des films tels que la trilogie du Parrain, Les
Incorruptibles ou encore Les Affranchis ; non seulement par les
personnages eux-mêmes, qui agissent avec cette classe mafieuse héritée d'hommes
comme Joe Pesci ou Al Pacino, mais également
par les dialogues, qui fourmillent de références à tous les étages.
Un scénario complexe mais
passionnant.
En effet, l'idée géniale des créateurs réside dans le fait
que, la série se déroulant à notre époque, les personnages sont eux-mêmes fans
de tous les films de gangsters. Les auteurs s'amusent donc comme des gamins, et
se servent de leurs personnages pour parler de tous les films qu'ils ont adoré.
Entre le prêtre local qui reprend un discours de Robert de
Niro, ou les membres du gang de Tony qui discutent entre eux de telle
ou telle réplique, tout ça est un véritable délice. Ils vont même pousser le
vice jusqu'à faire apparaître Martin Scorsese dans un des
films ! (Enfin, pas le vrai. Mais quand même.)
Mais au-delà de ses nombreux hommages, l'intrigue n'en
oublie pas d'être développée. Et pas qu'un peu : entre les affaires de famille
que Tony doit régler (et notamment une mère loin d'être commode), les combats
entre gangs, et les fédéraux qui sont à leurs trousses, le scénario est très
complexe et met en scène une multitude de personnages. Si bien que l'on ne se
souvient pas toujours de leur nom d'ailleurs, mais je suppose que ça viendra
avec le temps.
En tout cas, tout cela est intriqué mais pourtant très
fluide, et se met en place tout au long des épisodes. C'est simple, depuis
Six Feet Under je n'avais pas vu de séries avec autant de cohérence,
avec un élément que l'on va retrouver à un moment donné, et qui va déclencher
une cascade d'évènements dix épisodes plus tard. Et puis, autant vous dire,
inutile de compter sur des "Previously on The Sopranos" ou autres
choses du même tonneau : si vous ne suivez pas le déroulement de l'intrigue
dans sa totalité, tant pis pour votre tronche de fainéant. En bref, la classe
HBO, quoi.
Et vive l'Italie.
Néanmoins, les épisodes sont assez inégaux, en tout cas dans
cette première saison. Alors que certains sont regardables, sans beaucoup plus
(A Hit Is A Hit), d'autres sont de pures merveilles, comme The
Legend of Tennesee Moltisanti ou encore College. Je précise
d'ailleurs au passage que ce dernier épisode a été écrit par James
Manos Jr., qui fut producteur exécutif pendant six épisodes, pour
ensuite quitter le navire et créer la série Dexter... Un bon
monsieur.
Sa patte est en tout cas très présente dans cet épisode,
puisque Tony Soprano y traque un ancien "ami", Fabian Petrulio, et veut lui
faire la peau. Une situation très "dexterienne" (oui, moi aussi
j'invente des mots si j'veux). Mais le reste du crew n'est pas non plus dégueu
: autour du créateur David Chase, on trouve par exemple
Allen Coulter ou Tim Van Patten, qui
réaliseront ensuite plusieurs épisodes d'une autre série de HBO, la
merveilleuse Rome.
Enfin bref, cette première saison des Sopranos
remplit parfaitement ses objectifs, en posant les jalons d'une excellente série
de mafieux. Il me faudra encore ingurgiter les cinq saisons restantes pour
m'assurer qu'elle mérite bien tous ses honneurs et récompenses, mais à priori
je me fais pas de soucis : ce premier acte est tellement concluant que je la
vois mal me décevoir en route. Et puis ces mafieux ont vraiment trop la
classe.

Et en prime, l'affiche pour le dernier épisode de la série, par Anton Corbijn (réalisateur de Control).

